Pour un ancien diplomate, "Poutine essaie de sauver sa peau, mais le sol se dérobe sous ses pieds"

Le président russe Vladimir Poutine s'adresse aux médias après le sommet des dirigeants de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Samarkand, le 16 septembre 2022.  - Sergei BOBYLYOV / SPUTNIK / AFP
Le président russe Vladimir Poutine s'adresse aux médias après le sommet des dirigeants de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Samarkand, le 16 septembre 2022. - Sergei BOBYLYOV / SPUTNIK / AFP

Un électrochoc. Alors que "l'opération militaire spéciale" russe a débuté depuis maintenant plus de sept mois, Vladimir Poutine a plongé un peu plus son pays dans le conflit en ordonnant une mobilisation partielle de 300.000 hommes censés épauler les soldats déjà engagés en Ukraine. Depuis, le pays fait directement face à une guerre qui jusque-là restait abstraite pour une large partie de la population, entraînant une forte vague de contestation.

La figure de Poutine fragilisée

Invité sur BFMTV ce lundi soir, Alexandre Melnik, ancien diplomate à Moscou, estime que la Russie connaît actuellement "un moment de bascule." Depuis mercredi passé, on estime à 260.000 le nombre d'hommes à avoir quitté le pays afin d'éviter la mobilisation, tandis que les actes de violence ou de désespoir, se multiplient aux alentours des bureaux de recrutement. "Cela prouve l'incurie, le désordre existant au sommet du pouvoir. C'est l'agonie. Poutine n'a aucune feuille de route, il essaie de sauver sa peau mais le sol se dérobe sous ses pieds", explique le diplomate.

"Il s'agit de la guerre de Poutine, pas celle de la Russie", conclut-il.

Selon Alexandre Melnik, le président russe en poste depuis 2000 (hormis une parenthèse au poste de Premier ministre entre 2008 et 2012, ndlr) a brisé le contrat tacite qu'il avait avec sa population.

"Poutine assure la sécurité et la stabilité et peut empiéter sur les libertés publiques, or on voit qu’il n’assure rien du tout."

"Poutine avait fondé sa stratégie sur la verticalité du pouvoir pour assurer la solidité de la Russie. Les révoltes ont lieu dans des républiques isolées, la verticalité s’effondre. Poutine appelle au patriotisme, mais la mayonnaise ne prend pas, il n’y a plus d’élan patriotique", explique encore Alexandre Melnik, qui reproche également au dirigeant de "ne pas avoir incarné son message" de mobilisation, d'être resté "froid."

Fronde inédite

L'autre élément à prendre en compte dans cette situation de tension est le fossé générationnel qui peut exister entre le gouvernement en place et les jeunes russes "éduqués, 'globalisés', avides de voyages, qui veulent communiquer avec l'étranger, continuer à vivre".

"Poutine prive la Russie, les jeunes, les forces vives de son pays, d’avenir", explique Alexandre Melnik.

"C’est le facteur déclencheur la mobilisation. Avant c’était abstrait, mais là la guerre frappe à toutes les portes des maisons russes, entre dans les foyers, réveille la conscience. La société est en ébullition, on vit dans un monde de plus en plus rapide où tout peut s’accélérer. Les Russes ont une aspiration à vivre une vie normale", conclut le diplomate.

Comme un aveu ou une volonté d'arrondir les angles, le Kremlin a ce lundi reconnu des "erreurs" lors de la mobilisation de centaines de milliers de réservistes. Sans expliquer comment, le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, a promis que celles-ci seraient corrigées.

Article original publié sur BFMTV.com