Un ancien conseiller de Yannick Jadot étrille une campagne "trop ennuyeuse et sans attrait", les Verts se défendent

Denis Pingaud décrypte "une occasion manquée" pour Yannick Jadot de se "différencier". L'entourage de la campagne du candidat écologiste critique "un vice de forme" dans le travail de ce conseiller. Le porte-parole de Jadot préfère, lui, expliquer leur échec par la communication offensive des autres forces à gauche.

"Il avait un boulevard. Il a fini dans une impasse". Dans une note de trente-cinq pages, écrite pour la Fondation Jean Jaurès, un proche conseiller de Yannick Jadot, Denis Pingaud, propose une analyse "à froid" de la défaite des Verts à l'élection présidentielle.

Éliminé au premier tour avec moins de 5% des voix (4,58% précisément) - un sore en deçà des espérances et qui ne dépasse le record du vote vert, détenu par Noël Mamère en 2002 - Yannick Jadot n'a pas réussi à transformer les aspirations écologistes de la société civile en force politique motrice à une élection nationale. Et ses frais de campagne n'ont pas été remboursés.

Le conseiller en communication, Denis Pingaud, ancien spin doctor de l'ex-président de Radio France Matthieu Gallet et à l'origine de sa condamnation pour favoritisme, fait le constat d'"une occasion manquée". Et s'explique en quatre parties dont le mot-clé est à chaque fois "trop peu": "Une stratégie trop peu lisible", "Un positionnement trop peu disruptif", "Une machinerie trop peu professionnelle", "Une incarnation trop peu collective", titre-t-il.

Un candidat "trop classique"

L'analyse fait état d'une stratégie de communication "trop peu" identifiée. Tout en prenant sa responsabilité dans cet écueil, ce conseiller, président du cabinet Balises, expert en stratégie d’opinion et de communication, décrit un Yannick Jadot tiraillé entre sa volonté de satisfaire un électorat radical et celle d'appliquer une écologie de gouvernance fondée sur la transition climatique et la justice sociale.

Sa base électorale oscillant elle-même entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, le but de l'eurodéputé a été de la faire fructifier en la convainquant "d'un projet réformiste susceptible d’emporter une majorité".

Pour les convaincre, le candidat aurait joué sur le sérieux de son programme, son financement précis et un entourage d'experts. "Inédite de la part d’un prétendant venu de l’écologie, l’application à exécuter avec minutie les figures imposées d’une campagne et d’un projet présidentiel laissent toutefois le jury électoral de marbre", constate toutefois Denis Pingaud.

"Une campagne présidentielle se gagne sur trois critères : l’originalité de la posture, la crédibilité du projet, l’attractivité du propos", ajoute-t-il. Et là-dessus, le conseiller estime que Yannick Jadot a été "trop classique", "un peu trop conventionnel et un peu trop catalogué", privilégiant une "incarnation sérieuse toute entière tournée vers la crédibilité", alors même que "la présidentielle exige une bonne dose de différenciation et un zeste raisonnable de provocation", analyse l'auteur.

"Les observateurs, et bientôt les adversaires internes à Europe Écologie-Les Verts, ne se privent pas de regretter une campagne trop ennuyeuse et sans attrait", décrit-il encore, ajoutant, lapidaire: "Il n’y a pas eu d’effet Jadot consécutif à la primaire". 

En mettant une cravate, en étant policé et en refusant de prononcer le mot "décroissance", Yannick Jadot aura eu, selon Denis Pingaud, "le redoutable inconvénient de rendre le récit politique moins radical et passionnant". Et a ainsi souffert du manque d'"appui manifeste de personnalités ou de représentants de la société civile", suscitant "moins d’attraction mobilisatrice que de regards polis", achève d'étriller le conseiller.

"Sur l'éthique il y a à redire"

Le porte-parole de Yannick Jadot, Hubert Julien-Laferrière, contacté par nos soins, relativise le rôle du candidat dans la défaite des Verts et invoque la pression des autres forces de gauche autour d'eux: "On a fait une campagne centrée sur le climat et la défense du vivant. (...) On a expliqué dans notre programme que le pouvoir d'achat était l'allié du climat. Mais il est vrai qu'avec la communication très offensive de Jean-Luc Mélenchon, nous avons eu du mal à être entendu, en particulier sur notre programme pour réduire les inégalités", se défend-il auprès de BFMTV.com.

"Les débats sur la primaire populaire et sur la candidature de Christiane Taubira nous ont empêché pendant des semaines d'être offensifs sur le fond. À partir du moment où la dynamique pour Jean-Luc Mélenchon était enclenchée, ce fut très compliqué de résister à celle du vote utile", ajoute-il.

Sur le fond de la note, "il y a des choses avec lesquelles je suis d'accord", nous confie toutefois un écologiste qui a œuvré pour la campagne du candidat. Mais ce petit manuel de décryptage d'une défaite "présente un vice de forme" prévient-il. "Déjà, Denis Pingaud n'est pas du premier cercle de Jadot comme il le prétend. Et sur l'éthique de sa méthode, il y a à redire".

"C'est présenté comme un travail académique alors que c'est le fruit d'un agent double", fustige le Vert qui connaît le conseiller en question. "Denis Pingaud était dans les réunions, a participé à des discussions internes... Si on avait su qu'il était stagiaire infiltré pour faire un livre sur nous, on aurait fait autrement. J'ai le sentiment que c'est pas très réglo tout ça", ajoute-il.

Selon lui, l'entourage de Yannick Jadot avait eu connaissance de la publication d'une note à la fondation Jean Jaurès par celui qui n'avait aucun rôle officiel auprès du candidat et le conseillait bénévolement. "Mais on ne savait pas du tout que ça portait comme ça sur la campagne", déplore l'écologiste.

Article original publié sur BFMTV.com

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