Un an après la révolte d'octobre, des milliers d'Irakiens à nouveau dans les rues contre le pouvoir

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À l'occasion du premier anniversaire de la "révolution d'octobre", des milliers d'Irakiens se sont réunis dimanche pour demander des réformes politiques et un meilleur accès aux services de base. Ils se sont rassemblés à Bagdad, sur la place Tahrir, ou aux abords de la Zone verte, où siègent Parlement et gouvernement. Dans la soirée, quelques heurts limités ont éclaté, sans provoquer d'incidents graves.

Un an après le premier anniversaire de la "révolution d'octobre", des milliers d'Irakiens ont manifesté à Bagdad, dimanche 25 octobre, pour dénoncer un pouvoir incapable de se réformer et de leur fournir les services de base.

À Bagdad, des accrochages d'une ampleur limitée ont opposé les forces de l'ordre à des jeunes manifestants qui ont tenté de rallier la Zone verte, un quartier ultra-sécurisé où siègent les autorités et l'ambassade américaine, depuis l'emblématique place Tahrir. Les deux camps se faisaient toujours face en soirée, aux abords du village de tentes de Tahrir.

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Sur les ponts al-Joumhouriya, qui relie Tahrir à la Zone verte, et Senek, qui va tout droit vers l'ambassade d'Iran, jeunes armés de Molotov et de pierres et policiers tirant grenades lacrymogènes et assourdissantes avancent et refluent au gré des charges des uns et des autres. Et de celles, plus vigoureuses, d'un canon à eau.

Une cinquantaine de blessés

Si, à Bagdad, une cinquantaine de policiers et de manifestants ont été légèrement blessés, de sources policières et médicales, aucun incident n'a été signalé dans les défilés de Najaf, Hilla, Bassora, Kout, Diwaniya, Nassiriya et Amara, ont rapporté les correspondants de l'AFP à travers le sud du pays.

En prévision des défilés, des barrages militaires quadrillent le centre de Bagdad, empêchant tout véhicule d'approcher de la place Tahrir et des ponts menant à la Zone verte.

Des cordons de policiers anti-émeutes, campés derrière leurs imposants boucliers, ont barré les accès à des manifestants brandissant des drapeaux irakiens.

Le Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, nommé en avril pour tenter de sortir le pays du marasme, n'a cessé de répéter avoir donné l'ordre aux forces de sécurité de ne recourir ni aux armes ni à la force létale.

Maytham al-Yasseri, venu de Diwaniya, a été empêché d'entrer à Bagdad. "Kazimi pratique une répression douce", accuse ce manifestant de 32 ans.

"Il n'a réalisé aucune de ses promesses, le gouvernement ne veut pas révéler qui a tué les manifestants l'an dernier parce qu'il ne veut pas s'attirer les foudres des milices", renchérit Athir Malek, un autre manifestant, promettant plus de manifestations à Bagdad les jours prochains.

Le risque de la violence pèse toujours dans un pays allé de conflit en conflit depuis des décennies et où les groupes armés n'ont cessé d'étendre leur influence, tandis que les armes sont partout, comme le reconnaît Moustafa al-Kazimi qui n'a pu faire cesser tirs de roquettes, assassinats et menaces de factions armées.

"Nous voulons la dissolution du Parlement, des élections transparentes, une loi sur les partis et le contrôle des armes par l'État", énumère Sajjad Salam, avocat et militant à Kout, dans le sud du pays.

Il y a un an, une répression sanglante

Cette nouvelle mobilisation, qui a surpris l'opinion par son ampleur, ouvre tous les possibles dans un pays où la colère des jeunes a été réprimée dans le sang en 2019, avec près de 600 manifestants tués, 30 000 blessés et des centaines d'arrestations. La répression des forces de l'ordre a été accompagnée d'une campagne d'assassinats et de rapts de figures de la révolte, menée selon l'ONU par des "milices".

Ali Ghazi, qui manifeste à Nassiriya, dans le sud du pays, bastion de toutes les révoltes en Irak, a affirmé à l'AFP qu'il manifestait "pour redire qu'on veut arriver à notre objectif : construire un nouvel Irak".

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En octobre 2019, d'abord la première semaine, puis de nouveau à partir du 25, avec les autres manifestants, il réclamait déjà un renouvellement total du système politique, la fin de la corruption endémique et des emplois et services pour tous.

La révolte populaire avait été éclipsée par les tensions entre l'Iran et les États-Unis, pays ennemis et principales puissances agissantes en Irak, puis par la pandémie de Covid-19.

Plus de précarité depuis le confinement

Les manifestants veulent marquer l'anniversaire de leur révolte, car ils estiment que rien n'a changé. Eux qui réclamaient des emplois pour les jeunes assurent même que leurs conditions se sont dégradées.

Les cours de pétrole ont chuté, le confinement sanitaire a privé de revenus les travailleurs journaliers et les salaires des fonctionnaires et pensionnés, un Irakien sur cinq, sont arrivés en retard.

Moustafa al-Kazimi a dit samedi travailler à rendre justice aux "martyrs" d'octobre 2019 et à redresser l'une des économies les plus dépendantes au pétrole du monde.

Mais jusqu'ici il n'a présenté aucune réforme et le Parlement dominé par les pro-Iran n'a toujours pas voté la carte électorale ou le budget 2020, les deux projets majeurs du gouvernement accusé par les plus radicaux des pro-Iran d'être "l'agent" des Américains.

La grande inconnue de dimanche reste le comportement des factions pro-Iran qui accusent les manifestants d'être à la solde des États-Unis qu'elles considèrent comme un "occupant".

Avec AFP