Un amour impossible : Niels Schneider, portrait d'un jeune acteur

Brigitte Baronnet [Url href='https://twitter.com/BBaronnet'](@bbaronnet)[/Url]

AlloCiné : Comment cela a commencé pour vous ? 

Niels Schneider, comédien : J’ai commencé par faire du théâtre en amateur au lycée. Et puis j’ai été repéré par un directeur de casting sauvage au Québec pour un film qui s’appelle Tout est parfait. Et puis ça a marché. Ensuite, j’ai rencontré Xavier Dolan qui préparait son premier film, J’ai tué ma mère. On a fait deux films ensemble. Oui, j’avais la volonté de faire ça, ça ne m’est pas tombé dessus par hasard ! 

Vous souvenez-vous du premier film qui vous a marqué ? Peut être le premier film que vous avez vu au cinéma ?

Je ne me souviens plus très bien du premier film que j’ai vu au cinéma. Ca devait être Un Indien dans la ville. 

Y a-t-il un film qui a été déclencheur dans votre envie d’être comédien ?

Ce n’est pas à travers un film que j’ai eu envie d’être comédien. C’était mon grand frère aussi qui était acteur, qui faisait beaucoup de théâtre. C’était pour faire comme lui en fait ! Je l’admire énormément. C’est quelque chose qui le rendait vraiment très heureux, donc j’ai voulu essayer un peu pour l’imiter. 


Vous souvenez-vous de la première fois que vous vous êtes vu sur grand écran ?

Oui, je m’en souviens, c’était horrible ! J’ai vraiment un problème avec ça, je crois. Je me souviens d’une grande tétanie, et d’entendre ma voix, c’était vraiment quelque chose d’épouvantable. Mais même encore aujourd’hui, c’est très très dur de me voir. J’ai un grand problème avec le miroir. Et puis, je vois toute la fabrication, ce n’est pas évident de s’émouvoir soi même ! 

Y a-t-il des comédiens qui vous inspirent particulièrement ?

Oui, beaucoup. En France, j’aime énormément Jean-Louis Trintignant. Depardieu évidemment. Dans ma génération, par exemple, Vincent Macaigne, Vincent Lacoste aussi. 

Est-ce que parmi ces comédiens de votre génération il y en a qui sont devenus des amis ?

Non, pas tellement. Je garde contact avec mes partenaires. Mais étrangement, je n’ai pas tant d’amis proches comédiens. J’aime bien aussi d’être proche de gens qui sont d’autres milieux aussi. Sinon on tourne un peu en rond à ne parler que de cinéma.


Niels Schneider dans Diamant Noir d'Arthur Harari (2016)

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

Je pense que c’est simplement de persévérer. C’est un métier dans lequel on peut passer 20-30 castings sans avoir de rôles. C’est un métier où vous êtes confronté au rejet. Persévérer, continuer à croire en soi. 

Est-ce que la musique peut vous aider dans votre travail ?

Oui, pour rester dans sa bulle. Parce que la musique peut faire rêvasser aussi. Ca stimule votre imaginaire. Oui, j’écoute toujours de la musique quand je tourne. J’écoute beaucoup de musique de variété italienne, même ce qui est ultra kitsch. La langue rend ça magnifique. 

Est-ce que de passer à la réalisation, c’est une tentation ?

C’est une tentation, bien sûr. De pouvoir assumer un film en entier, bien sûr que c’est une tentation. Je ne sais pas si je le ferai, mais c’est une tentation. 


Niels Schneider dans Un peuple et son roi (2018)

Passons à votre actualité, Un amour impossible. Catherine Corsini, la réalisatrice, dit que cela n’a pas été facile de trouver un acteur qui accepte ce rôle. Avez-vous eu une certaine hésitation, d’accepter un rôle qui n’est pas aimable ?

Ma peur portait sur autre chose. La perversité du personnage, je trouve ça jouissif à jouer. Le machiavélisme, je trouve ça extraordinaire à jouer. Je trouve que ce sont des personnages fascinants. Ca me déprimerait de jouer des personnages toujours sympathiques. De travailler mon capital sympathie au cinéma, ce n’est pas une chose qui m’intéresse. J’ai tendance à aller vers des personnages plus ou moins ambigus, dont les lignes ne sont pas claires. Des personnages qui nous glissent un peu entre les doigts. 

Et ce personnage garde une part de mystère même le film terminé…

On en a énormément parlé avec Catherine Corsini. Le personnage comporte une énigme. J’étais totalement obsédé par lui. J’essayais de comprendre ses pensées. Je pense que c’est un personnage vraiment très complexe. On peut comprendre certaines choses mais je pense qu’il est fou quelque part. On ne peut pas totalement raisonner la folie. Même pour moi qui l’ai joué, il y a une part de lui qui m’échappe. C’est un personnage extrêmement sombre. On voit ses qualités, son érudition… Difficile d’imaginer le diable là-dedans. Et pourtant, les gens sont comme ça, ne sont pas constitués d’une seule facette. 


Qu’est-ce qui s’annonce pour vous ces prochains mois ?

Il y a la série de Thomas Cailley, Ad Vitam, qui était au Festival de Toronto. J’ai tourné également un premier film de Lou Jeunet, qui s’appelle Curiosa, qui sortira début 2019. J’ai tourné en septembre un premier film de Jessica Palud. C’est une autre adaptation d’un livre qui s’appelle L’amour sans le faire de Serge Joncour. C’est avec Adèle Exarchopoulos. Je joue le fils d’un paysan qui est parti de sa campagne pour aller vivre à Montréal, qui s’est brouillé avec sa famille et qui revient parce que sa mère est condamnée, très malade. Et il tombe sur la veuve de son frère, qui est joué par Adèle. 

Un amour impossible - Catherine Corsini : "Cette femme se relève tout le temps" 

Propos recueillis par Brigitte Baronnet au Festival du film francophone d'Angoulême 2018