Amir Reza Koohestani, classé secret d’enfance

Libération.fr

Dans le sublime «Summerless», le metteur en scène prend pour cadre une cour de récréation pour livrer un portrait en transparence des filles en Iran.

On désigne par «palimpseste» un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire à nouveau. Par extension, le mot a fini par désigner tous les objets et textes qui conservent l’historique des traces anciennes. Et on n’en finit pas d’utiliser la métaphore pour évoquer, par exemple, l’urbanisme des villes ou les secrets d’une famille. En ce moment, un bel exemple de palimpseste - au sens propre comme figuré - se trouve sur un mur d’école, dans une fiction, en Iran. Le mur est représenté sur la scène de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, dans l’entêtant Summerless. Et ce mur a beau être peint, repeint, re-repeint par le personnage de l’homme, puisque telle est la mission que la surveillante générale de l’école a confié à cet enseignant aussi employé comme peintre en lettres, il y a visiblement toujours un dessin gênant en dessous qui finit par transparaître. L’actuelle fresque commandée par l’école dissimule mal l’ancienne, peinte par l’homme de façon à recouvrir elle-même la citation d’un martyre de la révolution tagué sur le muret.

Bizarrement, alors que la métaphore paraît élémentaire a posteriori, on a mis du temps à réaliser que mais bien sûr, ce dont parle au fond Summerless, c’est de ces couches et sous-couches de secrets et d’interdits qui composent le mille-feuille sociétal iranien. Et si l’on a tardé à comprendre de quel type de secret il s’agissait, c’est peut-être moins par déficience neuronale de notre part que par cet art que maîtrise à merveille Amir Reza Koohestani, celui de la fausse piste et du détournement d’attention. Car Summerless est une pièce que l’on prend d’abord pour une charge contre l’évolution inégalitaire du système éducatif, avant de la lire comme un drame amoureux entre le peintre et cette surveillante que l’on comprend peu à peu être son (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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