Non, Alysia Montaño n'a pas remporté le championnat américain du 800m enceinte, mais y a participé

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La coureuse américaine Alysia Montaño a gagné six fois les championnats nationaux de 800 mètres et y a participé deux fois enceinte. Mais, contrairement à une rumeur qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, elle n’a jamais gagné ce titre lorsqu'elle était enceinte. Elle avait participé aux épreuves afin de combattre les stéréotypes sur la grossesse des athlètes, et avait fini dernière.

Cette photo de l’athlète américaine Alysia Montaño enceinte de plusieurs mois en train de participer à une course circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Selon la légende qui accompagne la photo, on y verrait Alysia Montaño remporter le championnat national américain.

La rumeur apparait d’abord début août, sur plusieurs comptes Twitter basés au Ghana. "Une athlète américaine, Alysia Montana, enceinte de cinq mois, a remporté le 800 mètres aux championnats nationaux américains. Cela mérite un milliard de likes", indique en anglais un tweet du 7 août qui a déjà amassé depuis plus d’un demi-million de "likes", et quelques 50 000 retweets, en plus d'être amplement repris sur Instagram (ici et ici) et Facebook (ici ou encore ici).

L’image est authentique, mais ancienne. La légende, elle, est entièrement fausse. La photo date en fait de 2014 : elle montre l’athlète participer au championnat national américaine du 800 mètres, discipline dans laquelle elle a déjà été plusieurs fois championne des États-Unis. Mais en 2014, elle est arrivée dernière de la course.

On retrouve le contexte de la photo grâce à une recherche d’image inversée (voir ici comment procéder) qui permet de retrouver plusieurs articles datés de juin 2014 dans lesquels la photo, créditée AP, apparaît. "Une femme enceinte impressionnante court le 800 mètres aux championnats américains", titrait alors un article de Buzzfeed.

La légende de la photo en question indique : "Alysia Montano, à gauche, participe aux quarts de finale du 800 mètres lors des championnats américains d'athlétisme en plein air à Sacramento, en Californie". L’article précise qu'elle était alors enceinte de huit mois et demi et qu'elle était arrivée dernière de la course.

L’athlète renouvèle l’expérience en 2017, cette fois-ci enceinte de cinq mois. Elle finira encore une fois dernière, mais sera plus rapide qu’en 2014 (deux minutes vingt-et-une secondes contre deux minutes et trente-deux secondes).

La photo circule actuellement sur les réseaux sociaux placée dans un faux contexte : Alysia Montano a bien couru enceinte lors des championnats nationaux américains. Elle a déjà remporté plusieurs fois la course, mais pas quand elle était enceinte.

Une athlète engagée pour la maternité des sportives de haut-niveau

Alysia Montaño a gagné six fois les championnats nationaux américains du 800 mètres, y compris en 2015, juste après sa première grossesse. Elle s’est également rendue aux mondiaux de Pékin en 2015 alors qu’elle allaitait toujours son bébé.

En participant aux compétitions en 2014 et 2017 alors qu'elle était enceinte, Alysia Montaño entendait "renverser les stéréotypes sur la grossesse," qui selon elle ne cessent de plomber les carrières des athlètes souhaitant devenir mère. Lâchée par son sponsor Nike, qui avait "mis en pause" son contrat lorsqu’elle attendait son premier enfant, elle dénonce le fait que la grossesse soit presque traitée comme une maladie par les sponsors et par le comité olympique américain, alors qu’une athlète peut revenir à son niveau initial d’avant sa grossesse. L'athlète raconte son combat dans les colonnes du New-York Times en 2019.

Peu après cette tribune, suivie d'une enquête du Congrès américain, Nike a annoncé avoir changé sa politique vis-à-vis des femmes enceintes qu’il accompagne.

"Avec un entraînement adapté lors de la grossesse, on peut même revenir plus performante"

Aux États-Unis comme en France, la question de la grossesse des athlètes de haut-niveau commence peu à peu à gagner en visibilité. Depuis 2015 en France, les femmes athlètes restent par exemple inscrites sur la liste des sportives de haut niveau pendant un an après la déclaration de leur grossesse, ce qui leur permet de garder un certain nombre de droits d’assurance notamment, et de faire leur retour dans de bonnes conditions.

Carole Maître est gynécologue au sein de l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance). Elle a déjà accompagné plusieurs sportives de haut niveau dans leur désir de maternité. Selon elle, la grossesse ne devrait pas être perçue comme un frein pour la carrière des athlètes de haut-niveau :

"En suivant un entraînement adapté pendant la grossesse on a toutes les chances de retrouver sa performance en haut niveau dès six mois après l’accouchement, on peut même revenir encore plus performante qu’avant."

Peut-on cependant pratiquer un sport à haut-niveau à un stade de grossesse avancé sans risque ? Dans les commentaires de la publication Twitter virale et erronée sur Alysia Montaño, certains s’inquiètent ou plaisantent au sujet de potentiels risques dans la démarche de l’athlète pour le bébé.

Carole Maître estime qu’après le troisième mois de grossesse, l’activité sportive ne doit pas atteindre la même intensité que d’habitude :

"Il ne faut pas partir à la recherche du podium en pleine grossesse : l’activité sportive très intense n’est pas recommandée. Il ne faut pas dépasser 85 % de sa fréquence cardiaque maximale, sinon on diminue l’apport en oxygène du fœtus.

Les deux courses d’Alysia Montaño, où elle est bien en dessous de ses temps habituels, ne semble pas représenter de danger pour la gynécologue :

"L’effort était court et elle était en dessous de sa vitesse habituelle. Elle a par ailleurs probablement reçu l’accord de son médecin du sport et une préparation physique adaptée pour pouvoir effectuer ce championnat."

Les deux courses d’Alysia Montaño ont effectivement été réalisées après concertation avec le médecin qui la supervisait. Et ses grossesses se sont déroulées sans problème.

L’athlète souhaitait également encourager les femmes enceintes à continuer le sport par sa démarche, saluée par la spécialiste :

"C’est important de combattre ces stéréotypes : ça sert de modèle à toutes les femmes enceintes, qui n’osent plus faire du sport, même comme le jogging par exemple. Alors qu’une femme enceinte a tout intérêt à garder une activité physique adaptée, tant pour la mère que pour le bébé. Selon les études, cela permet un meilleur apport en oxygène, limite le surpoids et permet une meilleure capacité d’apprentissage après la naissance…"

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