Allongement des vacances d'hiver: pourquoi l'idée ne séduit pas les professionnels de l'éducation

Jeanne Bulant
·4 min de lecture
Le 3 mars 2020, des élèves du Collège  Jean-de-la-Fontaine arrivent, masqués, dans l'établissement, à Crepy-en-Valois (Oise), pour se faire tester. - FRANCOIS NASCIMBENI © 2019 AFP
Le 3 mars 2020, des élèves du Collège Jean-de-la-Fontaine arrivent, masqués, dans l'établissement, à Crepy-en-Valois (Oise), pour se faire tester. - FRANCOIS NASCIMBENI © 2019 AFP

Allonger ou regrouper les vacances scolaires de février est-il la solution pour enrayer la propagation du virus sans pour autant fermer les écoles, en parrallèle d'un éventuel confinement? C'est ce pour quoi plaident certains scientifiques depuis quelques jours.

Dans les colonnes de Libération mardi, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy a notamment répété ce qu'il avait déjà proposé dimanche sur notre antenne, à savoir que les vacances d'hiver pouvaient "être vues comme une opportunité" pour lutter contre le Covid-19, dans le sens où elles "s'accompagent d'une fermeture des écoles".

Le président du Conseil scientifique propose deux options d'aménagement des vacances, qui pourraient prendre la forme d'un allongement ou d'un regroupement des congés des zones A, B et C afin de réduire la présence à l'école, de limiter les interactions sociales, et de "se retrouver début mars dans de meilleures conditions pour rouvrir les écoles et surtout les surveiller"

"On peut imaginer de fondre toutes les zones en une seule, de décider de fermer les écoles trois semaines au lieu de deux, et de confiner sur cette période. On rouvrirait ensuite les écoles début mars au retour des vacances avec une surveillance extrêmement attentive",

De lourdes questions d'organisation

Des options auxquelles le ministre de l'Éducation ne semble pas favorable, car la prise d'une telle décision soulèverait de nombreuses questions d'organisation à la fois pour les établissements et pour les parents. "On étudie toutes les pistes mais ça ne veut pas dire que c’est cela qu’on va suivre", a ainsi déclaré Jean-Michel Blanquer lundi soir sur LCI.

"On est toujours sur le principe de deux semaines de vacances, aux dates prévues. (...) Il est toujours important de tenir les calendriers parce que quand vous changez les calendriers, vous désorganisez tout le monde", a-t-il poursuivi. "C’est une formule qui permettrait d’avoir une sorte de confinement masqué, de réussir à ce que, pendant trois semaines, les élèves restent chez eux."

Des questions organisationnelles qui inquiètent également Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du Syndicat National des Personnels de Direction de l'Éducation Nationale (SNPDEN). Interrogé sur BFMTV ce mardi, il a estimé qu'un changement dans le calendrier des vacances scolaires "ne pouvait pas se faire dans la précipitation". "Il nous faut du temps pour nous organiser. (...) Il faut qu'on puisse y travailler".

Les vacances plus contaminantes que l'école?

"Ce n’est pas quelque chose que je préconise à ce stade. Je ne suis pas sûr que c’est ce qui permettrait d’atténuer les contaminations", avance Jean-Michel Blanquer, qui regrette également que cela fasse "perdre des jours de classe aux enfants". "Les vacances peuvent être plus contaminantes que les périodes scolaires. Toute situation qui entraînerait la fermeture des écoles, collèges, lycées m'inquièterait".

"Pour l'instant, la propagation du coronavirus dans les écoles demeure "sur une sorte de plateau", avait-il indiqué vendredi sur RTL, avant d'assurer qu'il peut y avoir de la contamination, mais qu'elle reste "limitée par rapport à la situation générale". De leur côté, les associations de parents d'élèves appellent à "envisager toutes les situations."

"Il faut qu'on sache"

Mardi, Jean-Michel Blanquer a confirmé que 64 établissements scolaires sur 61.500 étaient fermés en France en raison de cas de Covid-19, ce qui représente 0.11% de l'ensemble des établissements français, mais un chiffre en hausse par rapport aux dernières semaines. Il a considéré qu'il était préférable de fermer (les établissements) de façon ciblée lorsqu'il y a des cas: "S'il faut en fermer 1000, on le fera".

Didier George, membre du syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (Snpden-Unsa), plaide plutôt pour "une semaine d'enseignement à distance" durant cette période. Si ce principal d'un collège du Xe arrondissement de Paris a reconnu sur Franceinfo que cela représenterait "un surplus de travail pour les enseignants", il a estimé que ces derniers étaient "prêts", "quel que soit le scénario retenu". "Faites-nous confiance, on saura faire", a-t-il demandé au gouvernement, avant d'ajouter: "Maintenant, il faut qu'on sache. Les gens ont besoin de se préparer".

Article original publié sur BFMTV.com