Allongement du congé paternité : quel impact sur l’égalité hommes-femmes ?

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À compter du 1er juillet, la durée du congé paternité en France passe de 14 à 28 jours, dont sept obligatoires. Quelles incidences cette réforme peut-elle avoir sur les inégalités entre les sexes ? Éléments de réponse.

La disposition est unanimement saluée en France. À partir du 1er juillet, les jeunes papas pourront bénéficier d’un congé paternité de 28 jours. Annoncée par Emmanuel Macron fin septembre, la mesure, qui coûtera 500 millions d’euros par an, doit notamment servir de levier pour lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes.

En pointe lors de l’instauration d’un congé pour les pères en 2002, la France a depuis accumulé beaucoup de retard par rapport à d'autres pays européens. En passant de 14 à 28 jours, l'Hexagone rejoint le peloton de tête des pays de l’UE les plus généreux avec les papas, mais reste encore loin derrière la Finlande ou l’Espagne, qui consacrent respectivement 9 et 12 semaines aux hommes qui souhaitent se consacrer à leur nouvelle vie de famille.

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Parmi les bons élèves, on retrouve également la Suède, l’un des pays les plus égalitaires de la planète. Depuis 1974, le congé paternité se confond avec un congé parental d’un an et demi aux conditions extrêmement avantageuses, à se répartir entre les deux parents.

"Cependant, on ne peut pas calquer en France ce qui se fait dans les pays nordiques. Le système est différent car les parents sont contraints de garder leur enfant pendant un an, voire un an et demi", prévient Hélène Périvier, économiste à l’OFCE Sciences Po, jointe par France 24. "Ce n’est pas nécessairement ce que veulent les parents français, qui ont la possibilité de confier relativement tôt leur enfant", ajoute celle qui dirige aussi le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre (Presage).

Des pères encouragés à participer

Pour le gouvernement français, l’objectif affiché de cet allongement du congé paternité est notamment d’augmenter l’implication des pères dans les tâches parentales et domestiques. Selon une étude de l’Insee de 2015, les écarts restent criants quand il s'agit de lancer une lessive ou d'emmener sa progéniture à un rendez-vous médical. En moyenne, les femmes consacrent chaque jour 4 h 38 aux enfants et aux tâches domestiques. C’est quasiment deux fois moins pour les hommes, avec 2 h 26.

Lors de son instauration en 2002, le congé paternité avait-il permis de faire évoluer les mœurs sur cette question ? "Une étude avait montré que cela avait eu un petit effet sur le partage des tâches. Donc on peut s'attendre à ce que cet allongement conduise à une modification sur le long terme des arrangements au sein des couples sur la répartition des tâches domestiques", prédit Hélène Périvier.

Mais encore faut-il que les nouveaux papas s’autorisent à prendre ce congé. En France, 67 % des pères ont recours au congé paternité, un chiffre qui a très peu évolué depuis sa mise en œuvre. Il cache également de fortes disparités puisque 80 % des salariés en CDI y ont recours, mais moins de 60 % des travailleurs précaires.

Pour remédier à ces inégalités sociales, le gouvernement a prévu sept jours obligatoires, une manière de couper court aux injonctions sociales et aux pressions des employeurs qui peuvent s'exercer sur les travailleurs masculins.

Vers plus d’égalité professionnelle ?

C’est aussi l’une des promesses de cette réforme : neutraliser l’effet négatif de la maternité sur la carrière des femmes et réduire les inégalités salariales.

Le constat est largement partagé au sein des pays de l'OCDE : les femmes gagnent moins que les hommes et restent sous-représentées aux fonctions de direction. En moyenne, les femmes salariées gagnent 15 % de moins que leurs homologues masculins et occupent moins d’un quart des postes en conseil d’administration.

Si l’allongement du congé paternité apparaît comme un outil intéressant dans la lutte contre ces inégalités entre les femmes et les hommes, cette réforme ne changera pas fondamentalement la donne.

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"L'effet de cet allongement du congé paternité sera assez faible parce que le plus souvent, ce congé est pris en même temps que le congé maternité. L'exemple d'autres pays montre qu'il ne faut pas s'attendre à un miracle, même si cela reste un élément positif", estime Hélène Périvier, qui appelle également à étoffer l'offre de garde pour les enfants en bas âge.

"En France, environ un enfant sur deux est gardé par ses parents avant ses 3 ans, le plus souvent la mère. Il y a un gros problème de coordination des politiques publiques sur le territoire alors que nous avons une école préélémentaire – pour les 3 à 6 ans – très efficace avec 100 % des enfants pris en charge."

Autre piste envisagée pour contribuer à réduire les inégalités : rendre le congé parental plus attractif pour les hommes, qui bien souvent représentent le salaire le plus élevé au sein des couples. Équivalent à seulement un tiers du Smic, ce dispositif n'est quasiment pas utilisé par les pères. Une réforme de 2015 devait permettre à 25 % des hommes de s'arrêter de travailler pour s'occuper de leur progéniture. Aujourd'hui, ils sont toujours moins de 1 % à y avoir recours à taux plein, contre 14 % pour les femmes.

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