Allocution d'Emmanuel Macron: les soignants saluent "la fermeté" des annonces

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Emmanuel Macron lors de son allocution du 9 novembre 2021. - BFMTV
Emmanuel Macron lors de son allocution du 9 novembre 2021. - BFMTV

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Mardi soir, le président de la République a donné rendez-vous aux Français pour une nouvelle allocution. Mettant en garde contre l'arrivée d'une cinquième vague, Emmanuel Macron a une nouvelle fois rappelé l'importance de la vaccination et des gestes barrières. Les mesures annoncées concernent majoritairement les 65 ans et plus, tranche d'âge la plus vulnérable face à l'épidémie. Mais pas seulement.

Les nouvelles annonces surviennent à un moment où l'hôpital subit les nouvelles admissions liées au Covid-19, avec des soignants de plus en plus fatigués après presque deux ans de crise sanitaire. Sont-ils convaincus par les mesures annoncées mardi par le chef de l'Etat? Ces nouvelles annonces suffiront-elles à limiter les effets de cette cinquième vague?

"Nous, médecins, nous félicitons cette fermeté parce qu'il faut absolument protéger la population par la vaccination et par les gestes barrières", a encouragé Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français, au micro de franceinfo ce mercredi matin.

"Absolument indispensable"

La principale annonce du chef de l'Etat réside dans l'annulation du pass sanitaire pour les 65 ans et plus qui n'auront pas reçu une troisième dose de vaccin. Une bonne nouvelle pour Gilbert Deray, Professeur de néphrologie à l'hôpital la Pitié-Salpêtrière, qui s'est dit "partisan de l'obligation vaccinale", sur le plateau de BFMTV.

De son côté, l'infectiologue Eric Caumes a rappelé sur LCI, mercredi matin, que cette mesure était "absolument indispensable".

Cette nouvelle étape de la vaccination qui cible la population la plus fragile est perçue comme une nécessité par certains soignants. "Aujourd'hui, on a un peu plus de 20% des nouvelles contaminations qui touchent les plus de 65 ans. Mais on a plus des trois quarts d'hospitalisés pour Covid-19 qui ont plus de 65 ans. Donc on voit bien qu'il faut stimuler cette immunité", a expliqué Jean-Paul Ortiz.

Pour l'instant, les soignants estiment qu'une vaccination obligatoire de tous les Français n'est pas nécessaire, comme l'a rappelé l'épidémiologiste Philippe Amouyel, sur notre antenne.

"Je crois qu'il est vraiment important d'avoir un certain nombre de priorités. Elles ont été rappelées: vacciner ceux qui ne le sont pas encore et en particulier les plus fragiles et les plus âgés", a souligné le professeur de santé publique au CHU de Lille.

"Une perte progressive de l'immunité"

Lors de son allocution, Emmanuel Macron a également annoncé que, d'ici le mois de décembre, les 50 ans et plus pourraient avoir accès à la troisième dose, sans la rendre obligatoire pour le pass sanitaire pour le moment. "Plus nous attendons, moins ce sera indispensable, car plus de personnes auront rencontré le virus", a rappelé Eric Caumes.

"Il y a une perte progressive de l'immunité dans un pourcentage de la population, essentiellement chez les personnes âgées", a précisé sur BFMTV Enrique Casalino, infectiologue et directeur médical de l'hôpital Bichat.

Selon ce dernier, toutes les personnes vulnérables doivent être encouragées à se faire vacciner d'une troisième dose. "Il faut garder la même stratégie, il faut continuer à protéger les Français. Il n'y a aucune dimension politique dans ce que je dis", a ajouté l'infectiologue.

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"La réaugmentation de cas se traduit par des échecs de la vaccination surtout chez les personnes âgées et une augmentation du nombre des admissions en réanimation et des hospitalisations, surtout chez les personnes de 65 ans, mais aussi chez les gens de plus de 50 ans", a ajouté Enrique Casalino.

"Le président de la République a incité les 50-64 ans à faire cette troisième dose sur la base du volontariat. Mais je rappelle que dans certains pays, Islande, Israël, ils ont déjà lancé la troisième dose chez tous les adultes", a souligné Jean-Paul Ortiz.

Par ailleurs, certains soignants avancent même l'idée que, comme tout vaccin, celui du Covid-19 devra se renouveler. "Cette injection de rappel se fait pour plein de vaccins, et donc c'est tout à fait légitime de faire cette injection après six mois pour le Covid-19", a souligné le président de la Confédération des syndicats médicaux français. .

"Un million de personnes de plus de 65 ans qui n'est toujours pas vacciné"

Lors de son allocution, Emmanuel Macron a souligné que 6 millions de Français n'étaient pas encore vaccinés et a encouragé les Français qui n'avaient pas encore passé le cap à le faire. "Je rappelle qu'aujourd'hui, nous avons un million de personnes de plus de 65 ans qui n'est toujours pas vacciné", a ajouté Jean-Paul Ortiz.

"On a encore un effort à faire sur ces populations à risque et au-delà, sur ceux qui sont vaccinés avec deux doses et ont plus de 65 ans. Cette dose de rappel doit restimuler leur immunité", a prévenu le président de la Confédération des syndicats médicaux français.

Ces nouvelles mesures permettront-elles un boom des prises de rendez-vous comme lors des dernières allocutions d'Emmanuel Macron? Pour le professeur Gilbert Deray, de la pédagogie reste nécessaire pour les personnes non-vaccinées.

"Le pass sanitaire n'est pas un objet de désir pour ces personnes, sinon ils seraient déjà vaccinés. Il faut aller les chercher gentillement, mais un par un, en allant vers eux, avec des médecins et des infirmières. On dit que les réfractaires sont de 3-4%, donc il nous en manque encore 5-7%", a indiqué le Professeur Gilbert Deray, sur notre antenne, ce mardi.

Selon le Professeur Eric Caumes, le rythme des vaccinations pourrait bel et bien s'accélérer ces prochaines semaines. "Lorsqu'il avait introduit le pass sanitaire (le 12 juillet), cela s'était traduit par une explosion des demandes de vaccination. Nous espérons que le même phénomène va se produire."

D'ailleurs, d'après Doctolib, 100.000 rendez-vous de vaccination ont été réservés sur la plateforme pour une dose de rappel dans l'heure qui a suivi l'allocutuin présidentielle, mardi soir.

La nécessité de protéger avant les fêtes

Ce nouveau calendrier de vaccination coïncide avec les fêtes de fin d'année, mais aussi à un moment où les Français semblent relâcher de plus en plus les gestes barrières. "Il faut absolument qu'on évite une saturation à Noël", a encouragé l'épidémiologiste Philippe Amouyel, qui alerte sur de nouvelles apparitions d'épidémies à cette période, comme la grippe.

"Mettre un délai au 15 décembre laisse aux gens le temps de mettre en oeuvre un maximum de vaccination de troisièmes doses", a estimé l'épidémiologiste Philippe Amouyel.

Vaccination des enfants: la grande oubliée

Au grand regret des soignants, la vaccination des enfants a été délaissée lors de l'allocution du chef de l'Etat, ce mardi. "Ce débat des 5-12 ans n'a absolument pas lieu en France. La moitié de la planéte a décidé de vacciner cette tranche d'âge. Ce qui me gêne le plus, c'est l'absence de débat", a insisté sur notre plateau le Professeur Gilbert Deray.

"Malheureusement, les enfants aujourd'hui sont facilement contaminés et ont tendance à ramener le virus à la maison. On approche des fêtes de Noël. C'est maintenant qu'il faut essayer de contrôler au mieux cette épidémie", a incité de son côté Jean-Paul Ortiz.

Si la troisième dose ne concernera donc qu'une partie de la population dès le mois prochain, les soignants appellent les Français à conserver les gestes barrières. "Il faut continuer à porter le masque, à utiliser les solutions hydroalcooliques. Parce qu'il faudrait absolument que cette cinquième vague soit une vaguelette. Et cela dépend de tout le monde, de l'effort individuel de chacun", a conclu Jean-Paul Ortiz.

Article original publié sur BFMTV.com

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