Allez donc expliquer l’euro aux étudiants américains

Libération.fr

Faire un cours de trente-six heures sur la monnaie unique de l’autre côté de l’Atlantique, c’est entrer dans une terre inconnue avec le risque non négligeable d’un suicide collectif.

Un cours de trente-six heures sur l’euro à des étudiants américains ? J’avais dit «Yeahhh ! Amazing ! Of course !». Je n’en menais pas large en sortant du bureau immaculé de Wolfgang, le chef du département économie de Princeton, il y a trois ans.

Trente-six heures sur la théorie des zones monétaires optimales sans conclure par un suicide collectif, ça n’allait pas être facile… Je me disais que le prof de littérature comparée qui donnait le séminaire «On the Materiality of Sex» s’en sortirait mieux que moi. Et puis, après tout, trente-six heures allaient me permettre de sortir de la seule littérature économique. L’euro était avant tout un projet politique. Partager une même monnaie, c’était un pas supplémentaire qui nous éloignait de la guerre, en accélérant le partage de souveraineté entre anciens ennemis. Il faudrait bien leur expliquer cela aux petits Américains, leur montrer Helmut Kohl et François Mitterrand main dans la main à Douaumont. Leur dire que le chancelier allemand jugeait «absurde de penser qu’on pourrait maintenir une union économique et monétaire sans union politique (1)». Certes. Mais, les millennials, eux, l’idéologie, les symboles, on ne le leur fait plus. Concrètement, elle en est où la politique européenne ? Peut-on parler de démocratie ? Quelle légitimité ont ses institutions ? Heu… Mais pourquoi j’avais dit oui à Wolfgang ?

Un matin, en déposant mes enfants à l’école, située à dix minutes à pied du campus (bienvenus dans la bulle universitaire américaine), j’ai rencontré V., prof de théorie politique à la fac, qui avait ses enfants dans la même école. Je lui ai fait part en chemin de mes angoisses, qu’il a tuées en bon académique, en me donnant des papiers à lire : démocratie supranationale, légitimité démocratique et institutions internationales, (...)

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