Allemagne: le plus vieil accusé de crimes nazis face à la justice

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C'est l'un des derniers procès de personnes impliquées dans la Shoah. La justice allemande poursuit encore quelques nonagénaires. Ce jeudi matin, près de Berlin, un procès s'est ouvert contre un centenaire, ancien gardien de camp durant la Seconde Guerre mondiale

Il est l’accusé le plus âgé jamais jugé lors d’un procès lié à l’Holocauste. Joseph Schütz, qui a été gardien au camp de concentration de Sachsenhausen près de Berlin entre 1942 et 1945, fêtera bientôt ses 101 ans. Un médecin a décidé en août que l’accusé était apte à comparaître en limitant les audiences à deux heures par jour.

Comparaissant libre, Joseph Schütz est entré à l'aide d'un déambulateur dans la salle, pour la première des 22 audiences prévues, cachant son visage des photographes d'une pochette cartonnée, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut. Il ne s'est pas exprimé avant son procès. Il a cependant répondu d'une voix claire au président du tribunal qui lui demandait de confirmer son identité et sa situation personnelle.

Joseph Schütz est accusé de « complicité de meurtres » de 3 500 prisonniers de l’ancien camp de concentration qui a accueilli entre 1936 et 1945 quelque 200 000 prisonniers, principalement des opposants politiques, des juifs et des homosexuels. Le centenaire est également soupçonné d’avoir fusillé des prisonniers soviétiques et d’avoir participé au gazage de détenus.

Ultimes procès

Joseph Schütz était âgé de 21 ans en 1942, il n'avait qu'un grade de caporal-chef. Plus âgés pendant la guerre, « les officiers de rang plus élevé sont décédés depuis longtemps », explique l'avocat Thomas Walther qui traque les anciens nazis. « Seuls les rangs inférieurs peuvent théoriquement être encore en vie aujourd'hui et traduits en justice. » L'avocat avait monté un dossier d'accusation qui a conduit en 2011 à la condamnation de John Demjanjuk, 90 ans, ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor (Pologne).

Le procès qui s'est ouvert ce jeudi est l’un des derniers intentés par la justice allemande. Une ex-secrétaire du camp de Stutthof, en Pologne aujourd’hui, qui avait pris la fuite lors de l’ouverture de son procès la semaine dernière sera jugée à partir du 19 octobre.

Si les exécutants nazis de second rang doivent aujourd'hui rendre des comptes, c'est notamment grâce à une modification de la jurisprudence il y a dix ans, dont Thomas Walther est à l'origine. Des poursuites sont désormais possibles pour des anciens gardiens de camp ou du personnel administratif sans qu’il soit nécessaire de prouver qu’ils ont commis directement des meurtres.

Controverses sur une justice tardive

Les controverses sur la pertinence d'une justice aussi tardive agacent l'avocat : « Personne ne proteste quand un meurtrier est poursuivi pour des faits remontant à 30 ans, mais on juge problématique de poursuivre des vieillards lorsqu'il s'agit de 1 000 ou 5 000 meurtres, pour lesquels une assistance active a été fournie sur une période de trois ans. »

Thomas Walther veut croire que ces procès offrent aussi aux bourreaux un cheminement possible vers « la justice et la paix ». Tout en envoyant un « avertissement » dissuasif : « Il y a des endroits et des actes auxquels on ne doit pas s'associer » sous peine de devoir un jour répondre de ses crimes.

Joseph Schütz est le plus vieil accusé de crimes nazis encore en vie. Sa volonté de ne pas s'exprimer sur les faits et notamment le refus d'un éventuel pardon a été accueilli froidement par les parties civiles. Théoriquement, il risque au minimum 3 ans de prison, mais sa peine sera certainement symbolique vu son grand âge. Huit autres dossiers d'anciens SS sont actuellement examinés par différents parquets allemands.

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