En Allemagne, une mine de charbon qui engloutit les villages

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Le village de Lützerath à 200 mètres du gouffre de Garzweiler. (Photo: Alle Dörfer BLEIBEN !)
Le village de Lützerath à 200 mètres du gouffre de Garzweiler. (Photo: Alle Dörfer BLEIBEN !)

ALLEMAGNE – Au bord du gouffre. C’est littéralement la situation du petit village de Lützerath, dans la région rhénane en Allemagne, menacé par l’expansion de la mine de charbon de Garzweiler. Cette mine à ciel ouvert est déjà à l’origine de l’expropriation de près de 50.000 habitants ces 15 dernières années.

Le même sort pourrait prochainement être réservé au dernier résident de Lützerath. Pour éviter cela, le mouvement “Alle Dörfer Bleiben” (“tous les villages doivent survivre”) va investir les lieux ce dimanche 31 octobre, alors que, hasard du calendrier, la COP26 s’ouvre à Glasgow. L’objectif est de barrer la route au géant énergétique RWE, qui a aussi planifié la destruction de cinq autres localités environnantes.

Christopher Laumanns, l’un des membres du collectif “Alle Dörfer Bleiben”, a accepté de répondre aux questions du HuffPost. La famille de son père est d’ailleurs originaire de Keyenberg, l’un des autres villages menacés, où il vit aussi en partie.

Il décrit une situation urgente, alors qu’il “ne reste que 200 mètres entre le village et la mine. Les excavatrices de RWE creusent actuellement directement vers le village jour et nuit. RWE veut exproprier le dernier fermier de Lützerath, Eckardt Heukamp, ​​pour ensuite démolir sa ferme et le reste du village. Il résiste à son expropriation devant le tribunal.”

La mine à ciel ouvert de Garzweiler s’enfonce dans le sol à une profondeur de 400 mètres et s’étend sur une superficie de 48 km2. Elle est l’une des plus grandes mines de charbon d’Europe, mais aussi le site le plus polluant de tout le continent.

Une “petite victoire” pour Lützerath

C’est dans l’ouest de l’Allemagne, à une petite heure de Cologne, que se situe Lützerath. L’endroit est devenu presque fantôme. Tous les habitants ont déserté le lieu de gré ou de force, mis à part Eckardt Heukamp. Il est le dernier agriculteur du village et aurait pu être exproprié à son tour dès le 1er novembre.

Mais “Alle Dörfer Bleiben” a fait part d’un retournement de situation le 28 octobre. “Eckardt a fait appel de la première décision de justice devant une juridiction supérieure. RWE a maintenant déclaré qu’il s’abstiendra de toute destruction jusqu’à ce que la juridiction supérieure décide, au plus tard jusqu’au 7 de janvier 2022. C’est une petite victoire pour nous”, commente Christopher.

En revanche, le collectif rappelle dans un communiqué que l’engagement de RWE ne s’applique pas aux autres propriétés de Lützerath. Les membres de “Alle Dörfer Bleiben” s’attendent à ce que les travaux de démolition aient lieu dans un futur proche.

Le rassemblement organisé par le mouvement est tout de même maintenu, plusieurs milliers de personnes sont attendues selon l’un des organisateurs.

“La manifestation est une version agrandie de nos ‘promenades de village’ hebdomadaires, où nous faisons le tour du village menacé et les alentours”, explique Christopher Laumanns. En effet, la destruction du village Lützerath est loin d’être un cas isolé en Allemagne.

“C’est comme le Mordor ici ! ”

Le paysage lunaire de la mine de Garzweiler s’impose au milieu des terres fertiles rhénanes. Des forêts ont été rasées, des cimetières déplacés, des maisons détruites et plusieurs milliers de personnes ont été expropriés. Au total, une vingtaine de villages ont été rayés de la carte.

Ce processus de destruction au profit de l’expansion de la mine est rendu possible par une loi datant de 1937, toujours en vigueur. Par souci d’indépendance énergétique, cette loi a été adoptée sous l’ère nazie et autorise l’État allemand à faire primer l’exploitation du sol sur le droit à la propriété.

Christopher explique que “Lützerath fait officiellement partie du grand village Immerath, qui a déjà été détruit.” Les anciens résidents ont été emmenés dans des “villages de remplacement”. Ils ont reçu des compensations financières qui dépendent de “la manière dont chaque personne négocie avec la société minière RWE. L’entreprise veille par des contrats à ce que les gens ne divulguent pas combien d’argent ils ont perçu”.

“C’est comme le Mordor ici !”, décrivait une ancienne villageoise d’Immerath à Sky News en juin 2021. Immerath était située au sud de Garzweiler et hébergeait 900 habitants. Son église, classée monument historique, a aussi été démolie.

Cette dynamique ne semble pas près de s’arrêter. RWE a dans son viseur les quelque 600 millions de tonnes de charbon qui sommeillent encore sous les villages environnants, alors que l’Allemagne prévoit de sortir du charbon en 2038.

COP26 : Lutter pour l’objectif de 1,5 degré

Garzweiler n’exploite pas n’importe quel type de charbon: le lignite. Surnommé “le pire des charbons” pour ses importantes émissions de CO2, il est ensuite envoyé dans les centrales allemandes pour produire de l’électricité.

Le charbon est devenu le principal contributeur du réseau électrique allemand - représentant 27% de la production, rappelle Le Dauphine. Une dépendance au combustible fossile sujet de controverse. “Le paradoxe sous-jacent est le projet de l’Allemagne d’éliminer progressivement le charbon d’ici 2038 tout en ayant signé l’accord de Paris sur le climat. C’est beaucoup trop tard et cela rendrait impossible pour l’Allemagne d’atteindre ses objectifs climatiques”, ajoute Christopher Laumanns.

“Alle Dörfer Bleiben” rappelle aussi que l’Institut allemand pour la recherche économique DIW a récemment mis en garde. Selon DIW, la mine de Garzweiler devrait fermer d’ici la fin de 2026 au plus tard, si l’Allemagne veut contribuer au maintien de la limite de 1,5 degré sur le réchauffement climatique.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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