Allemagne: enjeu national pour l'élection régionale en Rhénanie du Nord-Westphalie

Une élection régionale très attendue a lieu dimanche 15 mai en Allemagne dans la plus grande région du pays, la Rhénanie du Nord-Westphalie, dont la capitale est Düsseldorf. Au-delà des enjeux locaux, le scrutin a une portée nationale d’envergure, huit mois après les dernières élections générales.

De notre correspondant à Berlin,

Avec 18 millions d’habitants, c’est près d’un quart de la population allemande qui vit en Rhénanie du Nord-Westphalie : de nombreux pays comptent moins d’habitants. Le Land, qui abrite de nombreuses grandes entreprises et dont la plus grande ville est Cologne, a un poids économique à l’international. Concernant un scrutin régional dans ce Land, on parle souvent de « mini-élection générale », c'est tout dire.

Ce printemps, on a aussi voté dans deux autres régions bien plus modestes, comme la Sarre - un million d’habitants - ou le Schleswig-Holstein, au Nord, dimanche 8 mai - trois millions d’habitants.

La Rhénanie du Nord-Westphalie a été dirigée après la guerre par les chrétiens-démocrates de la CDU avant de devenir, durant quarante ans, un fief social-démocrate. Depuis vingt ans, les alternances y sont régulières.

Une élection dans cette région peut provoquer des soubresauts à Berlin. En 2005, à la fin de l’ère du chancelier Gerhard Schröder, la défaite du SPD dans ce fief a débouché sur des élections nationales anticipées. Sans la conquête de ce Land en 2017, le chrétien-démocrate Armin Laschet n’aurait pas été le candidat de son parti à la chancellerie en 2021.

Des élections régionales aux enjeux nationaux pour le SPD

Après son succès aux élections générales de septembre dernier, les sociaux-démocrates du SPD brisaient une spirale de mauvais résultats et évoquaient même « une décennie sociale-démocrate ». En mars, le parti a obtenu la majorité absolue en Sarre et reconquis cette région avant d’engranger une défaite historique dimanche 8 mai au Schleswig-Holstein.

Une victoire dimanche 15 mettrait du baume au cœur du parti : il est au coude à coude avec la CDU et espère pouvoir regagner la région avec les Verts et, le cas échéant, les libéraux comme à Berlin. La tête de liste s’est affichée avec Olaf Scholz espérant bénéficier de la notoriété plus importante du chancelier. Mais la popularité de ce dernier est en forte baisse.

Une telle victoire renforcerait aussi le chef du gouvernement. Ses alliés verts devraient être les grands gagnants dimanche : ils sont assurés d’être les faiseurs de rois, soit avec les sociaux-démocrates, soit aux côtés du ministre-président sortant, le chrétien-démocrate Henrik Wüst. Les écologistes profitent de la popularité de leurs ministres aux Affaires étrangères et à l’Économie, ce qui expliquerait leur remontée dans les sondages.

Les libéraux, le plus petit partenaire de la coalition nationale, eux ne profitent pas de leur participation au gouvernement à Berlin. Leur score devrait être sensiblement plus faible dimanche et pourrait creuser un peu plus leurs frustrations.

Une question de survie pour la CDU encore à la tête de la région

Pour les chrétiens-démocrates, dans l’opposition à Berlin, ces élections sont l’occasion de conserver une région alors que le nouveau ministre-président Henrik Wüst ne la dirige que depuis l’automne dernier - ce qui constitue un handicap. Il gouverne avec les libéraux et cette option n’aura probablement pas de majorité dimanche soir.

En cas de victoire, la CDU devrait gouverner avec les Verts et si nécessaire les libéraux, dans un pays où de nombreuses constellations sont possibles. Si les chrétiens-démocrates conservent la région, le tenant du titre gagnera en ampleur nationale grâce à l’onction des urnes.

La CDU, après un excellent score dimanche 8 mai dans le Schleswig-Holstein, pourrait retrouver des couleurs après un échec historique en septembre dernier. Et le nouveau président du parti, Friedrich Merz, verrait sa position de chef de l’opposition face au chancelier Scholz renforcée.

Mais si la CDU perd, cette défaite sera aussi celle de son président, par ailleurs originaire de Rhénanie du Nord-Westphalie.

À lire et à écouter aussi : Guerre en Ukraine: les Verts et la question du pacifisme allemand

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