Allemagne: des millions de vues pour le réquisitoire d'un YouTuber contre la CDU de Merkel

Thierry TRANCHANT
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Berlin (AFP) - Le réquisitoire d'un YouTuber allemand contre la politique du parti d'Angela Merkel dépassait les cinq millions de vues jeudi, et les dirigeants chrétiens-démocrates peinaient à riposter à cette vidéo virale, à trois jours des Européennes.

Cette séquence de 55 minutes, mise en ligne par le dénommé Rezo samedi, s'intitule "La destruction de la CDU", l'Union chrétienne démocrate, au pouvoir depuis 2005.

"Les gens de la CDU mentent, font des politiques contre l'avis des experts" et "détruisent notre vie et notre avenir", explique Rezo, la vingtaine et les cheveux bleus, dans la vidéo, s'en prenant notamment, statistiques à l'appui, à la politique climatique menée par le gouvernement, alors que l'Allemagne a jusqu'ici raté ses objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre.

L'influenceur aux 700.000 abonnés sur YouTube et 120.000 sur Twitter reproche aussi au parti de centre-droit ses décisions favorisant, selon lui, les riches. Il pointe aussi son "incompétence flagrante" sur le thème des droits d'auteur ou de la drogue.

- Clivage générationnel -

Pour étayer son propos, le jeune homme, qui habituellement diffuse des vidéos musicales ou humoristiques, se réfère fréquemment à des données, études et publications dont il publie les liens.

Il encourage les internautes à se rendre aux urnes dimanche pour le scrutin européen en Allemagne, "sinon les retraités vont décider de votre futur", insiste-t-il.

Cette thématique est en vogue parmi la jeunesse allemande, les plus de 60 ans représentant désormais le plus gros contingent d'électeurs (36%).

La classe politique allemande est régulièrement pointée du doigt pour son manque d'investissements dans les technologies cruciales, à commencer par la couverture internet haut-débit dans le pays.

Le clivage générationnel en Allemagne est d'autant plus visible avec la popularité croissante des "Fridays for future", ces manifestations de jeunes tous les vendredis matin pour le climat. Une mobilisation régulièrement dénoncée par la CDU qui appelle les élèves à rester en cours.

Surprise par le caractère viral des critiques de Rezo juste avant des élections européennes qui s'annoncent difficiles pour les grands partis traditionnels, Annegret Kramp-Karrenbauer, la cheffe du parti et dauphine supposée d'Angela Merkel, a tenté l'ironie biblique.

"Je me suis demandé pourquoi nous ne sommes en fait pas aussi responsables des sept plaies d'Egypte", a-t-elle déclaré mercredi, en campagne à Kiel.

Puis jeudi, la CDU a publié une lettre ouverte tutoyant l'influenceur et lui reprochant de vouloir faire du clic.

La vidéo de Rezo fait des raccourcis "pour provoquer". "La devise des YouTubers sont les clics. La devise d'un parti du peuple comme la CDU c'est la confiance", souligne la CDU.

- 'Capitulation' -

Le secrétaire général des chrétiens-démocrates, Paul Ziemiak, 33 ans, qui avait dans un premier temps dénoncé des critiques "fausses", a adouci le ton en conviant Rezo à une rencontre, en compagnie notamment de Philipp Amthor, un député de 26 ans.

M. Ziemiak, ancien chef des jeunes du parti, a aussi admis, dans un entretien à l'AFP, que son parti avait des "progrès à faire", pour s'adresser aux jeunes et être réactif sur les réseaux sociaux.

La CDU a malgré tout renoncé à apporter une réponse en vidéo à Rezo et tenter de s'adresser à son public. "Une capitulation", moque le quotidien le plus lu du pays, Bild.

Un site satirique, Postillon, a lui caricaturé la riposte de Mme Kramp-Karrenbauer...brandissant une cassette VHS.

Bien que partenaire de la CDU au sein de la coalition dirigée par Angela Merkel, le parti social-démocrate SPD a salué dans cette vidéo le fait que "les jeunes s'engagent politiquement, dans les manifestations pour le climat chaque vendredi".

"La façon dont nous nous adressons aux gens et dont nous communiquons est sur le point de subir un changement fondamental" prédit le secrétaire général du SPD, Lars Klingbeil, auprès du groupe de médias régionaux Funke Medien Gruppe.