Allemagne, États-Unis...: jugée trop lente dans sa vaccination, la France loin d'être un cas isolé

Robin Verner
·5 min de lecture
Vaccination d'un homme de 86 ans contre le Covid-19 le 5 janvier 2021 à Potsdam, en Allemagne
 - Soeren Stache © 2019 AFP
Vaccination d'un homme de 86 ans contre le Covid-19 le 5 janvier 2021 à Potsdam, en Allemagne - Soeren Stache © 2019 AFP

Élaborées en un temps record, les doses de vaccin contre le Covid-19 sont bien plus lentes à parvenir jusqu'aux patients. Et ce tableau ne dépeint pas seulement la situation française. Si les disparités sont grandes entre les pays au moment de regarder les effectifs de personnes déjà vaccinées, ils sont plusieurs à essuyer la même critique autour d'injections encore trop rares et de délais trop longs.

L'Allemagne se pose des questions

Mardi soir, 317.000 Allemands avaient déjà reçu une dose du vaccin Pfizer/BioNTech. Mais dans une République fédérale en pleine tourmente - où le Covid-19 a tué autant de gens (16.000) au mois de décembre qu'entre mars et novembre, souligne Le Monde -, le rythme paraît insuffisant. Un sondage piloté par Civey, et cité par L'Express, a ainsi montré que 44% des Allemands n'étaient pas convaincus par la stratégie des autorités.

Angela Merkel a d'ailleurs annoncé le renforcement des mesures accompagnant la vaccination: crèches, écoles, et commerces dits non-essentiels resteront fermés jusqu'au 31 janvier.

Le journal Bild a reproché au gouvernement la trop grande dépendance de l'Allemagne envers la politique sanitaire de l'Union européenne, et le fait d'avoir misé exclusivement sur le vaccin Pfizer/BioNTech. Ce discours a été repris par Olaf Scholz, ministre des Finances social-démocrate du gouvernement de coalition, qui veut succéder à Angela Merkel à l'issue des élections de septembre prochain.

Dans une note adressée à son confrère de la Santé, il a notamment demandé: "Pourquoi la Commission européenne a-t-elle commandé à l'avance si peu de doses de vaccin? Et pourquoi certaines parties des doses non réclamées par l'UE (...) n'ont-elles pas été commandées pour l'Allemagne?"

La Commission européenne sur le grill

Il n'est pas le seul à renvoyer la balle à l'Europe, ou plus précisément à la Commission européenne. Ce week-end, le patron de la CSU (déclinaison bavaroise de la CDU d'Angela Merkel), Markus Söder, a blâmé l'instance, affirmant qu'elle avait acheté trop peu de doses du vaccin Pfizer/ BioNTech.

La Commission européenne s'est défendue, arguant de son acquisition et de sa commande de deux milliards de produits auprès de six fabricants différents, dont 200 millions (avec une option sur 100 millions supplémentaires) à Pfizer, comme l'explique Politico.

Le média américain a pointé un autre motif pouvant expliquer les délais observés en Europe, et le contraste avec la rapidité de la vaccination britannique. Tandis que la Commission européenne a relayé les gouvernements dans les négociations avec les sociétés pharmaceutiques, ne délivrant des autorisations de mise sur le marché qu'au terme d'étapes prudentes, le Royaume-Uni a pu, par exemple, gérer lui-même son calendrier. De surcroît, celui-ci a choisi d'enclencher une procédure d'urgence.

Aux Pays-Bas, le retard à l'allumage

En Europe, certains sont toutefois lâchés par l'Allemagne mais aussi par la France. C'est ainsi le cas des Pays-Bas dont la campagne de vaccination ne débute que ce mercredi, dix jours après le reste des membres de l'Union européenne.

La BBC a révélé que l'origine de ce retard à l'allumage découlait de la nécessité préalable de mettre un jour un système informatique, qui doit permettre aux autorités locales de suivre les rendez-vous et d'avoir connaissance du type de vaccin administré à chaque individu. L'opposition a dénoncé une politique "chaotique et confuse".

Selon la BBC, le ministre de la Santé néerlandais, Hugo De Jonge, a commencé à faire profil bas devant le mécontentement de l'opinion. Après avoir sereinement déclaré que les Pays-Bays avaient décidé de privilégier "la sécurité" sur la vitesse, il a admis: "On s'est montré trop peu flexible pour pouvoir nous adapter aux changements. J'aurais pu demander aux conseils de santé de se préparer plus tôt vu leur connaissance et leur expertise des campagnes de vaccination massives".

Colère dans certains Etats américains

On pourrait croire que les États-Unis, pays le plus touché au monde par la pandémie avec déjà plus de 350.000 morts à déplorer, ne connaissent pas ces problèmes de lenteur: les Américains sont déjà près de 5 millions à avoir reçu une dose depuis le début de la vaccination, le 14 décembre. Mais la campagne n'est pas uniforme dans ce pays de 10 millions de kilomètres carrés, divisés en 50 États, pour 328 millions d'habitants.

Lundi, Kate Brown, gouverneure de l'Oregon, s'est ainsi agacée de la lenteur de la vaccination de sa population dans un communiqué. Elle a demandé que les soignants procèdent à 12.000 vaccinations par jour d'ici deux semaines. Il faut dire, comme le signale OPB, que l'administration de l'Oregon avait promis d'inoculer 100.000 personnes en décembre, et n'en a traité finalement que 31.000.

Le média local accuse des livraisons dans un état douteux, des ruptures dans la chaîne du froid (dont la préservation est indispensable pour l'efficacité des doses) mais aussi une distribution inégale.

Problème de personnel en Californie

Ce dernier point semble commun à la Californie, elle aussi en retard. Sur les 1,6 million de doses qui lui ont été allouées, moins d'un tiers a été utilisé pour l'heure, décompte le San Francisco Chronicle. Or, l'administration fédérale organise la circulation des doses entre les différents États et finalise parfois les envois au dernier moment, ce qui laisse peu d'opportunités aux autorités pour planifier les injections sur place.

De plus, la Californie connaît une pénurie de personnels de santé ce qui handicape bien sûr sa capacité à faire les piqûres en temps et en heure. Une difficulté qui pourrait aller crescendo au fur et à mesure de l'élargissement du public éligible à la vaccination.

Article original publié sur BFMTV.com