"Tout est allé très vite": le témoignage d'une passagère du véhicule visé par des tirs de policiers à Paris

Si elle reconnait que le conducteur du véhicule était "en tort", la passagère de 21 ans, qui témoigne auprès de Franceinfo, dénonce le comportement des policiers "qui n'ont pas su garder la tête froide" et ont tiré sur le véhicule, tuant son amie.

"Si on mettait une balle dans la tête à tous les gens qui refusent d'obtempérer, je pense qu'on tuerait beaucoup de gens chaque année". Inès, l'une des passagères qui se trouvait à l'arrière du véhicule visé par des tirs de policiers samedi dans le 18e arrondissement de Paris, a donné sa version des faits et exprimé "sa colère" quant au comportement des policiers qui ont mortellement blessé son amie "qui ne méritait pas tout ça" dans un entretien accordé à Franceinfo diffusé ce mercredi matin.

Elle explique être montée avec son amie Rayana dans la voiture de deux amis d'amis qui leur ont proposé de les ramener chez elles après une soirée passée dans le quartier Pigalle. Quand trois policiers en vélo ont demandé au conducteur de s'arrêter car il ne portait pas de ceinture de sécurité, l'homme de 38 ans, qui était "un peu paniqué et stressé", aurait accéléré sur "30, 40 mètres" et déclaré aux passagères ne pas avoir le permis, raconte Inès.

"Je n'ai même pas entendu 'sortez de la voiture' ou 'mains en l'air'"

Ensuite, "tout est allé très vite, je n'ai même pas entendu 'sortez de la voiture' ou 'mains en l'air'", se souvient la jeune femme de 21 ans. Les policiers ont brisé les vitres avant du véhicule avec leurs armes, puis ont tiré "en même temps" que la voiture a essayé de partir, toujours selon la version rapportée par la passagère.

Le conducteur a ensuite avancé "brutalement", et foncé dans une camionnette avant de partir en courant. Inès a d'abord cru que son amie, qui se trouvait sur le siège devant elle, était "tombée dans les pommes".

"J'ai essayé de l'appeler plusieurs fois en criant son prénom à voix haute. Son corps était lâche. C'est là que j'ai vu son cou rempli de sang".

Les trois policiers leur ont demandé de mettre les "mains en l'air, mains sur la tête", "ce qu'ils auraient dû dire la première fois pour nous laisser une chance peut-être de sortir", estime la jeune femme.

"Les policiers n'étaient même pas vraiment coopératifs avec nous, sans nous demander si on allait bien. Ils nous ont menottés. Ils nous ont laissé sur un coin de la scène, plus de 3 heures en plein soleil, devant la foule. On ne nous a pas laissé voir de médecin", raconte Inès.

"J'ai perdu une amie devant moi"

Si elle reconnaît que le conducteur était "en tort", elle dit être "en colère parce que les policiers auraient pu faire autre chose" et "n'ont pas su garder la tête froide".

"En venir à tirer sur quelqu'un, surtout lui tirer dans la tête, c'est en dernier recours. Il y avait des bouchons, la circulation, le véhicule ne pouvait pas aller bien loin. Le conducteur est en tort, il est tout à fait en tort, mais quand il a fait sa course-poursuite, il n'a tué personne. [...] J'ai perdu une amie devant moi. C'est triste également pour sa famille, ses amis. Maintenant on va se battre pour la justice."

La famille de Rayana a décidé de porter plainte contre le conducteur de la voiture et contre X, a appris BFMTV ce mardi matin.

Le conducteur en garde à vue, les policiers libérés

Très défavorablement connu des services de police, le conducteur a été placé mardi en garde à vue. Il est visé par une enquête ouverte pour tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique, refus d'obtempérer aggravé par la mise en danger d'autrui, conduite malgré annulation du permis de conduire et conduite sous l'empire d'un état alcoolique et après avoir fait usage de substances classées comme stupéfiants.

Les trois policiers ont quant à eux été libérés après 48 heures de garde à vue. Selon leur version des faits, ils ont fait usage de leur arme car le véhicule fonçait sur eux. Le parquet de Paris a annoncé ce mardi l'ouverture d'une information judiciaire à leur encontre pour "violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner".

"L'information judiciaire permettra de retracer avec précision le déroulement des faits et de déterminer les circonstances exactes d'usage de leur arme par les policiers", a précisé la procureure dans un communiqué.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Refus d'obtempérer à Paris: la procureure de la République ouvre une information judiciaire à l'encontre des trois policiers

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