Alitalia au bord du gouffre va confier son destin à des administrateurs

Catherine MARCIANO
Avion Alitalia le 15 mars 2017, sur l'aéroport de Brindisi

Rome (AFP) - Le conseil d'administration d'Alitalia, réuni mardi au lendemain du rejet par les salariés d'un plan de relance, a demandé à l'Etat la nomination d'administrateurs, chargés de trouver des repreneurs ou d'organiser la liquidation de la compagnie aérienne exsangue.

Le conseil a également convoqué jeudi une réunion des actionnaires, après avoir constaté, dans une déclaration écrite, l'impossibilité d'une recapitalisation suite au rejet du plan de relance négocié entre direction et syndicats.

Les actionnaires refusant d'apporter l'argent nécessaire à la recapitalisation en l'absence de ce plan social, "le conseil d'administration d'Alitalia a décidé d'ouvrir les procédures prévues par la loi", a annoncé l'instance dirigeante du groupe aérien.

Cette décision ouvre la voie à une procédure publique "d'administration extraordinaire". Pour cela, le gouvernement doit rapidement nommer par décret un ou plusieurs commissaires chargés d'élaborer un plan industriel qui sera soumis à l'Etat et aux créanciers.

Cette procédure a été prévue dans la législation italienne pour les grandes entreprises, après le krach de Parmalat en 2003.

Elle doit protéger l'entreprise en gelant les paiements non stratégiques, permettant par exemple de privilégier les besoins opérationnels urgents comme l'achat de carburant, le paiement des taxes aéroportuaires ou des salaires.

Ce rééquilibrage des comptes, probablement sur une période de six mois, peut donner lieu à trois scénarios: une relance après un accord avec les créanciers, qui semble improbable, une vente de tout ou partie de la compagnie aérienne ou encore le constat d'une faillite pure et simple.

Dans l'immédiat, les plans de vols de la compagnie sont cependant tous maintenus, a assuré Alitalia mardi.

Le ministre du Développement économique Carlo Calenda a exclu toute nationalisation de la compagnie aérienne privée. "Les citoyens italiens ont mis environ 7,4 mds d'euros dans des projets de sauvetage de la compagnie, je crois que c'est suffisant", a-t-il commenté sur une chaîne de télévision italienne, en écartant de verser à nouveau des milliards à une société en déficit.

"L'Union européenne peut donner son accord" à une aide financière publique sous la forme d'un prêt, sur une période d'environ six mois. Mais il s'agira bien d'un "pont financier transitoire" et non d'une "nationalisation", a-t-il insisté.

Lors d'un référendum organisé de jeudi à lundi, auquel près de 90% des 12.500 salariés ont participé, le personnel a rejeté à 67% un plan prévoyant 1.700 suppressions d'emploi et une baisse de salaire de 8%. Le gouvernement, qui a fait office de médiation ces dernières semaines, répétait pourtant qu'il n'y avait pas de solution alternative.

Alitalia subit de plein fouet la concurrence des compagnies à bas coût et accumule les pertes depuis des années, et ce malgré l'entrée à son capital en 2014 de la compagnie émiratie Etihad. Les caisses de la compagnie sont désormais à sec.

- Etihad ne veut plus investir -

Mardi, le conseil d'administration "a pris acte avec regret" du rejet du pré-accord négocié entre la direction et les syndicats sur le volet social du plan de relance, qui aurait permis de "débloquer une augmentation de capital de 2 milliards d'euros, comprenant 900 millions de financement nouveau".

Les actionnaires (Etihad Airways qui détient 49%, UniCredit, Intesa Sanpaolo) n'entendaient pas remettre la main à la poche sans un plan précis.

Une réunion initialement prévenu mercredi entre les syndicats et le gouvernement, a été reporté après l'assemblée des actionnaires, selon des sources ministérielles citées par l'agence de presse Agi.

Pour James Hogan, PDG d'Etihad et vice-président d'Alitalia, le vote du personnel "signifie que toutes les parties vont perdre: les employés d'Alitalia, ses clients, ses actionnaires et au final aussi l'Italie, Alitalia étant son ambassadeur dans le monde entier".

"Les actionnaires d'Alitalia, dont Etihad Airways, ont apporté un important soutien financier et commercial au cours des trois dernières années" et étaient encore prêts à le faire avec le nouveau plan de 2 milliards d'euros, a-t-il rappelé.

Mais "un effort concerté avec l'accord de tous" était une "condition clé de cet engagement", a-t-il insisté, en approuvant les décisions lourdes de conséquences prises mardi par le conseil d'administration.

Etihad pourrait désormais chercher à vendre ses parts au géant européen du transport Lufthansa, estimait mardi le quotidien italien La Stampa, sans citer de sources.

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