Alice Diop, Lion d’argent: «Nous ne nous tairons plus»

« Notre silence ne nous protégera pas, écrit la poétesse Audrey Lord, parlant des femmes noires. Et ce soir, j’ai envie de dire que nous ne nous tairons plus. » C’est avec ces mots qu’Alice Diop, très émue, dans un sobre fourreau de soie blanche, est venue recevoir le Lion d’argent, grand prix du jury de cette 79e Mostra de Venise pour Saint Omer, après avoir reçu quelques instants plus tôt le Lion du futur du meilleur premier film.

Premier long métrage de fiction de la réalisatrice de 43 ans, Saint Omer revient sur un fait divers qui, en 2013, avait bouleversé la France. Une jeune femme d’origine sénégalaise, Fabienne Kabou, avait abandonné sa fille de 15 mois à la marée montante, à Berck Plage. Diop en tire un film d’une rigueur et d’une sobriété remarquable, huis clos de prétoire où la parole de la criminelle se confronte au regard d’une femme dans la salle, romancière spectatrice. Deux femmes noires, donc, en miroir, jouées par deux nouveaux visages, Kayije Kagame et Guslagie Malanda. Celle-ci, dans le rôle de l’accusée, tantôt absente à elle-même, tantôt brûlante d’intensité, tout au désir d’arracher ses assignations, rappelle sans cesse, par son interprétation, le « sublime, forcément sublime », de Marguerite Duras (grande référence de la cinéaste).

« Nous ne nous tairons plus »

Suivront, sur le même fil, La mort de Danton et La permanence : le premier sur la formation du comédien Steve Tientcheu au cours Simon, l’autre sur Bobigny et une permanence médicale pour les migrants. En 2016, sa caméra se met à l’écoute des jeunes des quartiers, qui lui confient amours et déceptions : Vers la tendresse recevra le César du meilleur court métrage.


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