Algérie: procès en appel de «la fille cachée» de l’ex-président Bouteflika

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En Algérie, le procès en appel de « Madame Maya », présentée comme étant la fille cachée de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, s’est tenu, ce week-end, à Tipaza, dans l’ouest d’Alger. Ce procès est présenté comme un symbole de la lutte contre la corruption.

En première instance, le 14 octobre dernier, Zoulikha-Chafika Nachinache (de son vrai nom) qui se faisait passer pour la fille du président déchu, avait été condamnée à 12 ans de prison ferme ainsi qu’à une amende de 40 000 euros pour « blanchiment d’argent », « dilapidation de deniers publics » et « trafic d’influence ». Inconnue du grand public, « Madame Maya » est accusée d'avoir profité de son statut pour obtenir le soutien de plusieurs hauts responsables proches de l'ancien président. Ces liens lui auraient permis de bâtir un empire financier et immobilier dans la plus grande discrétion.

À travers ce procès en appel, le parquet demande des peines plus lourdes pour montrer l’exemple dans la lutte contre la corruption. Samedi, c’est une femme aux allures détachées qui est apparue devant les juges, niant s’être présentée comme la fille du président.

Six villas et des bien en Espagne

« Je n’ai jamais dit que j’étais la fille de X ou Y », répond platement « Madame Maya » qui se présente comme une « femme d’affaires » et qui utilisait plutôt son nom d’épouse - Mme Belaachi - pour « faire de l’importation multiple », selon ses mots.

« Comment avez-vous acquis les six villas et les biens en Espagne ? », interroge le procureur. Pas de réponse bien précise : « Madame Maya » affirme avoir vendu un appartement en France pour en racheter un autre en Espagne, lequel a été mis en location. « Les revenus m’ont permis d’en acheter d’autres », explique-t-elle. « J’ai des filles que je voulais protéger, surtout que j’étais condamnée par une lourde maladie », insiste-t-elle.

17 kg de bijoux et un million d'euros

Interrogée sur 17 kg de bijoux en or et d’importantes sommes d’argent (près d’un million d’euros et 30 000 dollars en liquide) saisis dans l’une de ses résidences, « Madame Maya » reste évasive. « Vous êtes accusée de trafic d’influence » lui rappelle la juge. « Il faut des preuves, je réfute ces faits », répond la prévenue.

Le procès vise aussi une dizaine de responsables politiques dont deux anciens ministres et l’ancien directeur de la police accusés d’avoir contribué à ce vaste système de corruption. Parmi eux, Mohamed Ghazi, l’ancien wali de la région de Chlef qui affirme s’être borné à « exécuter les ordres du président ». « Je n’ai pas volé, assure-t-il en pleurs, je ne connaissais pas cette dame ». S’il a attribué une forêt abandonnée à Madame Maya, c’est « uniquement sur instruction du président », assure cet ancien ministre du Travail.

Le parquet de Tipaza a requis une peine de 15 ans de prison ferme contre « Madame Maya » et 10 ans de prison ferme contre ses deux filles, également poursuivies pour « blanchiment d’argent » et « dilapidation de deniers publics ».

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