Algérie: le journaliste Khaled Drareni a été libéré de prison

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Le journaliste Khaled Drareni, devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, a été libéré vendredi soir au lendemain de l'annonce d'une grâce présidentielle en faveur de dizaines de détenus d'opinion, a-t-on appris auprès de son avocat.

« Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont soutenu et qui ont soutenu les détenus d’opinion car votre soutien est essentiel pour nous tous, votre soutien est la preuve de notre innocence », a déclaré Khaled Drareni vendredi soir, dans la voiture qui le ramenait chez lui. Le correspondant de TV5 Monde et de Reporters sans frontières en Algérie a été accueilli par ses proches à sa sortie de la prison de Koléa, en fin de journée, comme les 32 autres détenus d'opinion libérés le même jour à la faveur d'une grâce présidentielle accordée à trois jours du 2e anniversaire du soulèvement populaire du Hirak.

Mais sa libération à lui a revêtu un caractère particulier, tant son incarcération et sa condamnation avaient mobilisé hors des frontières de l'Algérie, appelant donc ce petit mot adressé à ses soutiens sur Twitter.

Le journaliste âgé de 40 ans est apparu sur des images des réseaux sociaux à sa sortie de prison, porté par une foule de sympathisants. Condamné en appel par la Cour d’Alger le 15 septembre dernier à deux ans de prison ferme pour « incitation à attroupement » et « atteinte à l’unité nationale », Khaled Drareni est en attente d'une décision de la Cour suprême le 25 février sur son pourvoi en cassation. Il est pour le moment en « liberté provisoire », a expliqué l'un de ses avocats.

« On est encore suspendu à la décision de la Cour suprême, rappelle le directeur de RSF pour l'Afrique du Nord, Souhaieb Khayati. Après, on verra bien les suites au niveau judiciaire. On espère très bientôt revoir Khaled à l’antenne ou en train de faire son travail de journaliste. Ce serait un véritable message d’espoir pour la jeunesse algérienne qui s’est mobilisée pour une véritable transition démocratique, qui trouve aussi sa base dans le droit à l’information. »

L'opposant Rachid Nekkaz, 47 ans, a également été remis en liberté, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD). Incarcéré à la prison d'El Bayadh (sud-ouest), il avait commencé une grève de la faim dans la journée pour protester contre sa détention prolongée, sans jugement, malgré la détérioration de son état de santé selon son entourage.

« Au total, 33 personnes ont été libérées jusqu'ici. Les procédures sont en cours pour le reste », a indiqué un communiqué du ministère de la Justice sans préciser leurs noms. Des photos et vidéos relayées sur les réseaux sociaux ont montré des détenus retrouvant leurs proches dans plusieurs régions dont celle de Koléa à l'ouest d'Alger, ou familles et journalistes ont attendu toute la journée la libération des prisonniers.

« Nous souhaitons que la grâce (présidentielle) soit un premier pas vers une véritable transition politique où le peuple sera souverain », a déclaré l'avocat Badi devant la prison de Koléa. RSF espère également y voir « un premier pas vers la bonne voie », estimant qu’on « ne peut pas lutter contre le sens de l’Histoire ». « La rue algérienne s’est prononcée pour plus de démocratie et ça repose aussi sur une presse libre et indépendante, a rappelé le directeur de RSF pour l'Afrique du Nord, Souhaieb Khayati. Khaled en est le symbole. Et on espère un véritable apaisement et une véritable transition démocratique. »

Dans son discours à la nation jeudi, le président Abdelmadjid Tebboune avait déclaré : Le "Hirak béni" a sauvé l'Algérie. J'ai décidé d'accorder une grâce présidentielle (...) Entre 55 et 60 personnes rejoindront leurs familles » d'ici ce vendredi soir.