En Algérie, un cache-œil pour dénoncer les violences policières

À l’occasion de la 43e manifestation hebdomadaire des étudiants du Hirak, mardi 17 décembre, de nombreuses personnes ont défilé avec un pansement sur l’œil pour protester contre la répression policière. La semaine dernière, selon des organisations algériennes de défense des droits humains, au moins une dizaine de personnes ont été blessées à l’œil lors des manifestations contre l’élection présidentielle.

Comme tous les mardis depuis le début du mouvement de contestation massif du régime qui secoue l'Algérie, les étudiants sont descendus dans la rue le 17 décembre. Ils contestent l’élection, le 12 décembre, d'Abdelmadjid Tebboune à la présidence du pays et demandent toujours des changements profonds au sein de l'État.

Mardi, dans les manifestations, plusieurs personnes abordaient des pansements sur le visage, signe de solidarité avec les manifestants éborgnés la semaine passée.




Les 12 et 13 décembre, la police est violemment intervenue dans plusieurs villes algérienne pour disperser des manifestations hostiles à la tenue de la présidentielle. Selon la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH), au moins une dizaine de manifestants ont été blessés, notamment à l’œil.

"On a enregistré près d’une dizaine de blessés entre mercredi et jeudi, à Bouira, Béjaïa et Tizi-Ouzou", a affirmé au site d’informations TSA Saïd Salhi, vice-président de la LADDH. "Ce sont des jeunes manifestants pacifiques qui ont reçu des balles en caoutchouc dans l’œil, lors des affrontements avec les forces de l’ordre. Ils ont été tous évacués en urgence vers des hôpitaux proches, certains ont perdu la vue définitivement".

La LADDH dénonce en outre un "recours disproportionné à la force" et appelle les services de l'État à "une prise en charge médicale, mais aussi sociale de tous les blessés".


Sur les réseaux sociaux aussi, des internautes se sont pris en photo une main sur l’œil, ou avec un pansement sur le visage.



Plusieurs personnalités algériennes se sont jointes à cet élan de solidarité avec les blessés, comme l’écrivain algérien Yasmina Khadra. "Rien ne justifiait une agression aussi lâche et disproportionnée contre la marche pacifiste observée à Oran. Rien, sinon le zèle et l’irresponsabilité", écrit-il sur le réseau social.


Sur Facebook également, une cagnotte a été mise en ligne pour venir en aide aux "éborgnés".

Le Comité national de libération des détenus (CNLD), une association qui regroupe des proches et avocats de "détenus politiques et d’opinion", a invité les "victimes des dernières violences" à se rapprocher de "médecins légistes" pour analyser les blessures et pouvoir "asseoir un dépôt de plainte". L’avocate Maître Lounis Ourida, membre du CNLD, a annoncé se "porter volontaire pour les assister et les aider".


Au total, le comité a comptabilisé près de 1 200 personnes arrêtées entre le 11 et le 12 décembre, qui ont ensuite été libérées, à l'exception de dix qui sont toujours en détention provisoire.

Dans un tweet le 12 décembre, Amnesty International a appelé les autorités algériennes à "cesser de réprimer les manifestations par des arrestations arbitraires, la dispersion forcée de manifestations pacifiques et la poursuite ainsi que l’emprisonnement de dizaines de militants et manifestants pacifiques".


Le mouvement du Hirak qui agite l'Algérie depuis le 22 février a contraint en avril Abdelaziz Bouteflika à la démission en avril, après 20 ans à la tête de l'Etat. Abdelkader Bensalah, président de la Chambre haute, a ensuite assuré l'intérim, conformément à la Constitution, mais bien au-delà du délai de trois mois prévu par le texte.

Le scrutin du 12 décembre était dénoncé avant sa tenue par les participants du Hirak : il était ainsi reproché aux cinq candidats en lice d'être d'une manière ou d'une autre liés à l'ancien régime. Pour mettre fin à la crise politique, Abdelmadjid Tebboune a proposé au lendemain de son élection de "tendre la main au Hirak". Mais dans les cortèges, les manifestants rejettent encore son offre de dialogue.