Pour alerter sur les effets du chlordécone, ils marchent 900 kilomètres

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Image de Lilith

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Lilith et Chacha ont marché 900 kilomètres pour alerter sur les conséquences de l’utilisation du chlordécone dans les Antilles.

SANTÉ - Ils avaient quitté Champigny-sur-Marne, en région parisienne, le 30 juillet dernier. 900 kilomètres plus tard, Lilith et Chacha atteignent Toulouse ce vendredi 27 août, ville d’arrivée de leur marche engagée. Avec son compagnon Chacha, Lilith a entrepris il y a quatre semaines de traverser la France métropolitaine à pied pour alerter sur la question du chlordécone dans les Antilles.

« Je voulais vraiment ancrer cette lutte dans l’Hexagone car elle y est très invisibilisée alors que la banane est essentiellement consommée ici en Hexagone », explique Lilith au HuffPost. « On n’en parle pas du tout » appuie-t-elle, jointe par téléphone. Pour faire davantage connaître son initiative, elle a créé un compte Instagram dédié au projet fin mai.

Utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, le chlordécone a contaminé 90 % de la population des Antilles, selon l’étude Kannari publiée en 2018, et est à l’origine de nombreux cancers de la prostate - reconnus comme maladie professionnelle fin 2021. Il avait été interdit dès 1976 aux États-Unis.

La rédaction d’un mémoire comme point de départ

Pour Lilith, le point de départ de cette marche a été la rédaction d’un mémoire sur le sujet. Après avoir travaillé en puériculture, elle a récemment repris ses études, en sciences politiques. « Au cours de mon master 1 l’année dernière, je devais rédiger un mémoire. Parmi les sujets proposés, il y en avait un sur le chlordécone, j’ai sauté sur l’occasion », raconte-t-elle.

Cela faisait en effet plusieurs années que l’étudiante s’y intéressait. « C’est un sujet que je connaissais déjà. Même s’il a longtemps été tabou en Martinique et en Guadeloupe, il est ressorti au fil des années, et je l’ai connu parce que je suis antillaise », ajoute-t-elle.

En parallèle, elle rencontre Yvon Sérénus, à la tête du « Collectif des ouvriers martiniquais et de leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides » et recueille des témoignages. « Je ne me voyais plus seulement faire un sujet sur le chlordécone, puis ne rien faire après », poursuit-elle. « C’est une personne qui m’a beaucoup touchée dans son combat », ajoute-t-elle.

L’idée, alors, se met en place. Après une première manifestation en mai à Paris, Lilith propose à Yvon Sérénus de marcher, avec son compagnon, pour son collectif. L’objectif est double : sensibiliser les Français vivant en métropole et récolter des fonds.

« Dans la majorité des cas, les gens ne sont pas au courant »

En chemin, les avis rencontrés sont divers. « Soit ce sont des personnes qui connaissent bien le dossier car eux-mêmes sont ouvriers agricoles, soit ils ne sont pas du tout au courant et découvrent souvent le sujet avec stupeur », relate Lilith. « Dans la majorité des cas, ils ne sont pas au courant », relève-t-elle.

« D’autres ne sont pas intéressés. Pour certains, comme c’est un problème qui touche les Antilles, ils estiment que cela ne les regarde pas », poursuit l’étudiante. Sur la route, le couple filme son trajet, publie photos ou reels sur Instagram et s’arrête dans des villes symboliques. « On est passé par Nantes parce que ça a été le premier port négrier en France, et à Bordeaux car ça a été le troisième », explique Lilith.

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Malgré les six régions et les 25 communes traversées, le couple arrive en forme physiquement à Toulouse. « Ce qui a été le plus dur c’est plutôt l’impact psychologique. Parler de ce sujet tout le temps, ça peut devenir anxiogène », souligne Lilith. « Et puis, on marche depuis le 31 juillet mais on n’est pas encore à la moitié de la cagnotte », ajoute-t-elle.

Sur l’objectif des 50 000 euros, la cagnotte en ligne compte actuellement un peu plus de 1 300 euros récoltés. Mais la militante garde espoir : « j’ai envie de prouver que nous pouvons encore nous mobiliser pour des sujets qui sont justes ». Elle compte notamment sur l’accueil à Toulouse, où une importante communauté antillaise réside.

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