#AlertePollution a un an : des téléphones Garfield aux sites industriels pollués, retour sur 23 histoires que vous nous avez signalées

C'était il y a un an. A l'occasion de la COP24, franceinfo lançait #AlertePollution, une enquête participative (toujours en cours) sur les pollutions que vous subissez au quotidien, un peu partout en France. Rivières souillées, usines polluantes, décharges sauvages... Nos journalistes ont croulé sous le nombre de témoignages (4 637 en un an) qui nous ont permis de publier des reportages et enquêtes, tout au long de l'année. Un an après le début de l'opération, nous avons recontacté chaque personne à l'origine d'un signalement ayant fait l'objet d'un article, pour savoir si sa situation avait évolué. 6 décembre 2018 : une prison de l'Aube rejette médicaments et matières fécales dans un ruisseau baptisé "la Merdeuse"Ce qu'on vous racontait. Installée dans une ancienne abbaye, la prison de Clairvaux n'a jamais été raccordée à la station d'épuration de la commune, construite en 1992. Les eaux usées de l'établissement partent dans un cours d'eau rebaptisé "la Merdeuse", puis dans l'Aube. Il n'y a pas que des matières fécales parmi ces rejets : l'exploitant d'un barrage situé en aval repêche de nombreux médicaments. Ce qui a changé depuis. Contactée avant la publication de l'article, l'administration pénitentiaire avait indiqué qu'elle ne ferait pas de travaux, la prison devant fermer en 2022. Jean-Jacques Skiba, l'exploitant du barrage, note toutefois une évolution favorable : "Il n'y a presque plus de médicaments dans la rivière, mais ce n'est pas dû à une démarche de l'administration. C'est parce que la prison vivote, qu'il n'y a plus qu'une cinquantaine de prisonniers". 10 décembre 2018 : à Angoulême, une maison polluée par un ancien site industrielCe qu'on vous racontait. L'histoire de Landry, un habitant d'Angoulême (Charente), a commencé début 2018, lorsqu'il a découvert que son quartier était pollué par un ancien site de fabrication de piles, depuis fermé mais jamais dépollué. Les sols et les eaux souterraines présentaient des seuils importants de trichloroéthylène, un cancérigène avéré. Les habitants ont appris avec stupéfaction que cette pollution était connue du département depuis 2011. Lors de la rédaction de l'article, en décembre 2018, ils attendaient encore des analyses dans leurs maisons. Ce qui a changé depuis. Selon Landry, un nouveau prélèvement a été réalisé dans sa maison. "Il montre une forte hausse du taux de trichloroéthylène", déplore-t-il, ajoutant que des taux élevés de polychlorobiphényles (PCB) ont été relevés dans les œufs de ses poules. "Nous avons consommé ces œufs pendant plusieurs années avec nos enfants en bas âge", s'inquiète le riverain, toujours en attente d'une "expertise indépendante". 18 décembre 2018 : à Nanterre, le RER A ventile ses particules fines sur les riverainsCe qu'on vous racontait. A Nanterre (Hauts-de-Seine), Simon nous avait signalé que la grille d'aération du RER A, située à proximité de son immeuble, polluait, selon lui, l'air de son appartement. "Quand le soleil brille et qu'on secoue le canapé, on voit le nuage de particules", racontait-il. Grâce à un capteur de pollution, nous avions mesuré sur place une concentration de 109 μg/m3 pour les particules PM10. Selon la RATP, ces particules se dispersaient rapidement et il n'y avait "pas de risque particulier pour les riverains".

Ce qui a changé depuis. Après la publication de notre article, la RATP a mené une campagne de mesures sur la grille d'aération signalée, présentées aux habitants le 4 juillet selon la Gazette de la Défense. Ces résultats sont encore plus élevés que nos mesures : 151 µg/m3 de moyenne journalière pour les PM10 au ras de la grille, bien au-delà du seuil d'alerte de 80 µg/m3. Au pied de l'immeuble, la moyenne chute à 35 µg/m3. Cette dispersion n'a pas convaincu les habitants et la mairie, qui réclament de nouvelles mesures. Par e-mail, Simon nous confie que "rien n'a changé" : "Nous constatons toujours autant de pollution qu'avant." Et le sujet dépasse le cas de Nanterre. A Paris, une campagne de mesures inédites a identifié le problème lié aux bouches de métro : "300 points (...) rejettent des particules fines à des niveaux de danger exceptionnels", a alerté en septembre Anne Hidalgo dans Le Monde. Elle souhaite saisir la direction de la RATP. 20 décembre 2018 : la "bombe à retardement" de l'amiante déchargé en pleine nature par des artisansCe qu'on vous racontait. C'est une pollution dangereuse pour la santé. Après qu'une trentaine d'internautes s'est agacée de trouver des décharges sauvages d'amiante près de chez eux, nous avons enquêté. Faute de moyens pour payer les décharges, ou de lieu adapté, des artisans ont reconnu avoir déjà jeté dans la nature ces déchets. Pour lutter contre, certains maires pratiquent le retour à l'envoyeur, en cherchant dans les débris l'origine de la pollution. Mais peu de pollueurs finissent sur les bancs des tribunaux. Le ministère de la Transition écologique et solidaire a formé un groupe de travail pour "lutter contre les dépôts illégaux." Ce qui a changé depuis. Au vu des nouveaux témoignages reçus – plus de 150 – sur le sujet, le problème n'a pas cessé. Loin de là. Une récente enquête de France 2 montre qu'il est toujours aussi difficile de prouver la culpabilité des pollueurs. 9 janvier : à Arcueil, les déchets radioactifs oubliés du laboratoire de Marie Curie inquiètent les habitantsCe qu'on vous racontait. Un bâtiment à l'abandon, des déchets nucléaires oubliés… Quatre internautes s'étaient inquiétés du devenir de l'ancien laboratoire de la physicienne et chimiste Marie Curie, à Arcueil (Val-de-Marne). "C'est assez obscur et on n'a pas vraiment de réponse", nous expliquait Romuald. La mairie et l'Autorité de sûreté nucléaire avaient répondu qu'il n'y avait pas de danger, que la décontamination était en cours et que de nouveaux travaux étaient programmés en 2019. Ce qui changé depuis. En septembre 2019, la mairie a annoncé la poursuite des travaux de dépollution, pour l'automne. "Mandatée par le rectorat, l'entreprise de travaux Nuvia va réaliser la caractérisation, le traitement et le conditionnement des déchets restant sur le site", indique-t-elle. 10 janvier : une laiterie accusée de souiller une rivière,dans le parc des volcans d'AuvergneCe qu'on vous racontait. Une entreprise qui utilise l'image d'un milieu naturel qu'elle contribue à polluer. C'est le paradoxe qu'avait signalé Vincent Grangeon, un riverain de l'Auzon, un cours d'eau régulièrement pollué, depuis quarante ans, par les eaux usées de la Société laitière des volcans d'Auvergne. "Ils vendent leur lait en Chine et ils polluent chez nous", avait-il dénoncé. L'industriel, qui avait racheté l'usine en 2007, s'était défendu, assurant faire son possible. "Nous avons hérité d'un problème et nous aussi nous aimerions que cela cesse", assurait sa responsable communication. Ce qui a changé depuis. La laiterie a fait des travaux pour empêcher les rejets dans l'Auzon, au premier trimestre 2019, mais une panne a provoqué un nouvel épisode de pollution, en juillet, raconte France 3 Auvergne. Vincent Grangeon attend aussi des réponses sur le pompage effectué par l'entreprise dans la nappe phréatique, alors que la rivière a connu cet été un épisode de sécheresse sévère. Il n'a pas non plus de nouvelles de la plainte qu'il a déposée avec le collectif "Auzon l'Artière propres". "La rivière est sous surveillance (...) on n'est pas l'abri d'une nouvelle pollution mais l'industriel a quand même engagé des travaux importants", reconnait-il.16 janvier : des poussières rouges s'échappent toujours de l'usine de GardanneCe qu'on vous racontait. La secrétaire d'Etat Brune Poirson affirmait, le 25 mai 2018, qu'il n'était "plus possible que les particules de bauxite circulent dans l'air". Un constat loin de la réalité décrite par les habitants de Bouc-Bel-Air et Gardanne (Bouches-du-Rhône), interrogés dans notre article sur ces boues rouges. En janvier, sept mois après le passage du gouvernement, ils décrivaient encore des traces au sol et des bourrasques de poussière dans les airs. "J'aimerais qu'on ait des analyses des conséquences sur la santé", réclamait une habitante.

Ce qui a changé depuis. Les nouvelles ne sont pas bonnes, d'après Dorothée Pinoncely, habitante de Bouc-Bel-Air. "J'ai l'impression que tout s'organise pour qu'Alteo continue." Des poussières s'envolent-elles encore du site ? "C'est pareil", tranche-t-elle. En outre, les habitants n'ont toujours pas vu la couleur de l'étude sur les conséquences de ces rejets sur leur santé. Côté justice, le pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille a ouvert une information judiciaire sur les rejets de l'usine d'alumine, en mars dernier. Depuis, "c'est point zéro, à ma connaissance", affirme Michel Nicolas, président de l'association Bouc-Bel-Air Environnement. 18 janvier : à Toulon, l'inquiétante fumée noire des ferries amarrés près des habitationsCe qu'on vous racontait. Pour les habitants de Toulon, c'est habituel : dans le port, les navires jaunes de Corsica Ferries surplombent les immeubles. De la fumée noire s'échappe de leur cheminée, toute la journée. Sur place, nous avions constaté qu'en s'approchant, le taux de dioxyde d'azote – un gaz irritant – grimpait au-dessus de la norme. Pour résoudre ce problème, plusieurs pistes ont été étudiées. Pas assez vite, au goût des riverains. "Nous nous sommes saisis du problème dès 2015, mais depuis, rien n'a été fait", dénonçait Jean Ecochard, président du Mouvement d'actions pour la rade de Toulon et le littoral varois (MART). Ce qui a changé depuis. La mairie de la ville portuaire a annoncé, le 20 février, l'installation d'ici à 2020 de bornes de branchement. Ainsi, les navires pourront couper leurs moteurs et supprimer une partie des émissions polluantes. 22 janvier : dans le Beaujolais, une ancienne mine de plomb pourrit la vie et les légumes d'un habitantCe qu'on vous racontait. Un "petit coin de paradis" avec du plomb dans l'aile. Emmanuel Feyeux, un habitant de Ternand (Rhône), a découvert que les sols de sa maison étaient infestés de métaux lourds. En cause, une ancienne mine, exploitée jusque dans les années 1920. Forcé de vivre avec des teneurs en plomb et en arsenic "élevées", il a déposé une requête devant le tribunal administratif de Lyon contre le préfet du Rhône. Il réclame 270 000 euros d'indemnités, pour couvrir la valeur de son bien immobilier et le préjudice d'anxiété. Ce qui a changé depuis. "Les mois passent et ma situation n'évolue guère", regrette Emmanuel Feyeux, recontacté en novembre. "J'ai arrêté de faire mon jardin et j'ai condamné mon puits. Je vis toujours comme un cosmonaute." La procédure lancée au tribunal est en cours. Il déplore la reprise d'un chantier de construction de logements proche de chez lui : "Un temps arrêté après mes alertes, il a repris. L'Office public d'aménagement et de construction a supprimé les jardinets privatifs, interdit la plantation d'arbres fruitiers, mais les terres restent polluées et de nouvelles populations seront exposées aux métaux lourds." 24 janvier : dans la baie du Mont-Saint-Michel, les plages envahies par le plastique issu des élevages d'huîtres et de moulesCe qu'on vous racontait. Elle est classée au patrimoine mondial de l'Unesco, mais si la baie du Mont-Saint-Michel veut continuer d'attirer des milliers de visiteurs, "il y a urgence", alertait un riverain. L'urgence, ce sont les déchets plastiques liés à la conchyliculture, qui s'amoncellent sur les plages. Malgré les actions de ramassage organisées tout au long de l'année, "les moyens sont très insuffisants pour atteindre un objectif raisonnable", déplorait Pierre Lebas, des Amis du rivage de la baie du Mont-Saint-Michel. Ce qui a changé depuis. L'association n'a pas vu de grande amélioration depuis janvier. L'une des pollutions – les cordages – a bien été ramassée, mais elle est "stockée à un endroit du littoral depuis huit mois et toujours pas recyclée ni valorisée", déplore Pierre Lebas. Deux communes ont mis en place des "bacs à marée (...) permettant aux promeneurs et randonneurs du littoral de ramasser bénévolement les déchets rencontrés". Une initiative positive, mais"beaucoup reste à faire", selon l'associatif. 12 février : à Sermaise, autrefois appelé le "village le plus pollué de France", 2 000 fûts toxiques restent enfouisCe qu'on vous racontait. C'est une rocambolesque histoire de pollution industrielle, datant des années 1950. Arsenic, plomb, hydrocarbures… A Sermaise (Essonne), des substances toxiques ont été déversées pendant des années dans la rivière, puis abandonnées dans des bidons, dont 5 000 ont été enfouis dans la terre. Depuis, des campagnes d'études et de dépollution ont été réalisées. Mais aujourd'hui encore, impossible de pomper l'eau de la nappe phréatique. La pollution est invisible, mais bien présente. "Depuis 2016, c'est le 'black-out' complet, nous n'avons plus aucun contact avec les autorités", dénonçait l'association Sermaise environnement, qui espérait "obtenir les résultats des dernières analyses".

Ce qui a changé depuis. Un temps sans nouvelles des autorités, les habitants ont été mis au courant de l'avancée de la dépollution. "Depuis votre intervention, nous avons eu une réunion de suivi de site sur la dégradation des principaux polluants du site", s'est réjouie, fin novembre, l'association. 18 février : dans le Finistère, des téléphones Garfield souillent les plages depuis trente ansCe qu'on vous racontait. Au Conquet et à Plougonvelin (Finistère), les membres de l'association Viltansoù collectent inlassablement les déchets rapportés par la mer. Parmi eux : des dizaines de téléphones en forme de chat Garfield en plastique s'échouant mystérieusement, depuis trente ans. "Les anciens ont souvenir d'un échouement de conteneur, possiblement dans la rade de Brest toute proche, au début des années 1980, sans pouvoir le dater précisément", racontait Claire Simonin Le Meur, présidente de l'association, sans certitude. Une pollution, symbole des déchets issus de conteneurs échoués, devenue un mystère à résoudre pour les riverains. Ce qui a changé depuis. Jusque-là, l'énigme était totale. Après notre enquête, un agriculteur de la région s'est confié à l'association, dévoilant l'origine des téléphones. Nous avons suivi l'expédition menant à un conteneur disloqué : depuis une grotte, il déversait les chats en plastique au gré des marées. Le mystère est résolu, mais la pollution n'a pas cessé. "A chaque nettoyage de plages, on retrouve des fils, des combinés… On continue notre triste collection", se désole Claire Simonin Le Meur. La médiatisation de ces téléphones en perdition a toutefois mis en lumière la problématique des déchets en plastique dans les océans. "Les gens ont pris conscience que ce n'était pas un truc rigolo qui nous amusait, mais bien une pollution."5 mars : pourquoi la SNCF ou la RATP laissent-elles des trains allumés à l'arrêt ?Ce qu'on vous racontait. Des trains à l'arrêt, lumières allumées, moteur en marche, pendant des heures, parfois toute une nuit. C'est la situation étonnante dénoncée par des habitants d'Amiens (Somme), Valence (Drôme) et Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine). A la clé, des nuisances sonores et parfois, si les locomotives roulent au diesel comme à Amiens, une pollution importante. La SNCF et la RATP nous avaient expliqué que ces manœuvres étaient nécessaires pour maintenir la température dans les rames ou éviter que la locomotive ne gèle. Ce qui a changé depuis. Rien. A Amiens, Fabrice subit toujours les mêmes nuisances : "Ils n'en ont rien à foutre." A Valence, Hélène n'a pas constaté "de grande amélioration". "La pollution sonore est toujours infernale, surtout en plein été lorsqu'on a les fenêtres ouvertes", déplore-t-elle, en affirmant que les trains restent parfois allumés toute la nuit. A Bourg-la-Reine enfin, Chantal rapporte fin novembre une situation inchangée : "Dernièrement, une rame est restée allumée, moteurs en marche, toute une nuit." 16 mars : faut-il s'inquiéter pour l'eau du bassin d'Arcachon ?Ce qu'on vous racontait. Décharges, pesticides, surpopulation... Plusieurs internautes, dont Patrick Ransinan, natif du coin, nous avaient écrit pour s'inquiéter de la qualité des eaux de cette lagune touristique, en Gironde. Les chercheurs contactés estimaient que le bassin était "plutôt en bon état" mais évoquaient des "indicateurs qui clignotent un petit peu". De son côté, la directrice générale des services du Siba, le Syndicat intercommunal du bassin, s'inquiétait de l'augmentation de la population : "Ce que je vous dis sur la qualité, je ne pourrais pas vous le dire demain à cause de la densification de la population." Ce qui a changé depuis. Ce constat n'a pas évolué depuis mars. Patrick Ransinan juge même l'évolution de la situation "défavorable" et s'indigne du manque d'intérêt pour la question de la part des élus qui "n'ont strictement aucune conscience environnementale". 11 avril : les sols amortissants des aires de jeux sont-ils toxiques ?Ce qu'on vous racontait. L'alerte est venue d'une famille du Pradet (Var), inquiète de l'odeur persistante se dégageant de l'aire de jeux de leur fille de 2 ans. Le sol mou, composé notamment de granulats de pneus, venait d'être changé. Les effluves faisaient craindre aux parents une toxicité. Qu'en est-il ? Selon l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), le risque est "peu préoccupant pour la santé", mais "potentiel pour l'environnement". Mais face au manque d'informations, l'agence a ordonné une nouvelle enquête sur les aires de jeux. La sénatrice Françoise Cartron (LREM) a aussi fait une proposition de loi visant à créer une mission scientifique.

Ce qui a changé depuis. Contacté, le père de famille à l'origine de l'alerte explique avoir reçu, début mai, un courrier de l'Anses le remerciant pour son témoignage. Il n'en attend pas grand-chose. "Pour eux, c'est un sujet hyper marginal. Il se passera trois plombes" avant d'avoir de nouveaux éléments, confie-t-il. Il note à l'inverse que "la mairie a quand même pris conscience du truc, elle est assez proactive". Il n'a pas arrêté de fréquenter l'aire. "Les émanations de ces produits-là ont lieu au moment de la pose ; après, il n'y en a plus", explique-t-il. 9 mai : des taux de métaux lourds "néfastes pour la santé" détectés au parc floral de ParisCe qu'on vous racontait. Tout est parti de Pierre*, un jardinier du parc floral de Paris, situé dans le bois de Vincennes, faisant état de rumeurs sur une pollution des sols aux métaux lourds. A l'origine, des analyses réalisées par la Ville de Paris que nous avons réussi à obtenir. Y sont signalés des taux de cuivre, de plomb et de mercure au-delà des valeurs limites. Mais ces résultats n'ont pas été communiqués aux employés, qui consomment pourtant les légumes du parc. La mairie assurait avoir recouvert la zone polluée "d'un géotextile" et d'une couche de terre propre "pour isoler les éléments de pollution". Ce qui a changé depuis. Depuis, la zone polluée est devenue "un verger à graines de plantes sauvages, non comestibles, et une présentation de plantes messicoles", indique Pierre, fin novembre. Les jardiniers ont aussi été reçus par leurs supérieurs hiérarchiques, quatre jours après l'article. "Le grand mot était de ne pas faire de vagues." Cette réunion a poussé Marc*, un deuxième jardinier, à nous contacter. "J'ai été très déçu de la réponse apportée", dit-il. Si les responsables ont interdit aux jardiniers de "consommer les plantes potagères cultivées au parc", ils n'ont pas apporté plus d'informations. "Pour être fixé, il faudrait réaliser un nombre important d'analyses du sol sur tout le parc", s'agace Marc. Depuis, c'est silence radio. "Seules nos discussions nous ont permis de rester informés, avec toutes les imprécisions que cela engendre. C'est assez blessant, humiliant de nous laisser à l'écart de ce genre de problème !" 25 juin : subir les rejets polluants ou protéger les emplois ? Des riverains d'usines racontent leur quotidien infernalCe qu'on vous racontait. Dans les signalements, plusieurs internautes, voisins de sites industriels, se sont inquiétés des poussières qui s'en échappent. Mais dans leur lutte, ils se sont tous heurtés à un même obstacle : les emplois en jeu si l'usine venait à fermer. Parmi les cas évoqués, celui d'un quartier résidentiel recouvert par les poussières d'une cimenterie Lafarge à Port-la-Nouvelle (Aude). "Si on retrouve cette poussière partout chez nous, on doit bien l'inhaler", s'alarmait une habitante. Pour elle cependant, impossible d'avoir une étude sur les conséquences des rejets sur sa santé. Ce qui a changé depuis. Une étude sur l'impact sanitaire a bien été réalisée depuis. "Lafarge nous a remis le document sur lequel nous avons demandé un certain nombre de modifications ou compléments d'analyses", répond Laurent Denis, de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal). Il fait état d'émissions de poussières "bien inférieures aux valeurs guides de qualité de l'air fixées par l'OMS". Néanmoins, certains relevés réalisés dans le quartier ont enregistré des taux allant au-delà des limites journalières. Les résultats ont été présentés aux habitants lors d'une commission de suivi du site début octobre. "Ils s'engagent sur des choses, ils nous disent qu'ils font plein d'actions… mais nous, on a toujours autant de poussières chez nous", déplore Sylvie*, une habitante qui nous avait ouvert sa porte. "Les fumées noires ? Ça continue. Les voitures grises ? Ça continue..." 20 août : plus de 580 cas de décharges sauvages signalés dans toute la FranceCe qu'on vous racontait. C'est un sujet dont on a beaucoup parlé cette année, à travers la mort du maire de Signes (Var), ou encore l'immense site de Carrières-sous-Poissy (Yvelines). Les décharges sauvages polluent l'environnement à de très nombreux endroits en France. Un phénomène que nous avions tenté d'illustrer dans cette carte. En effet, en août 2018, soit neuf mois après le lancement de l'opération #AlertePollution, nous avions reçu plus de 580 signalements de décharges sauvages en France.

Ce qui a changé depuis. Trois mois après cette première publication, nous avons reçu 200 signalements de plus, soit 780 témoignages d'internautes qui pointent du doigt une décharge sauvage près de chez eux. Voici donc une mise à jour :Le gouvernement se penche actuellement sur le sujet. Plusieurs mesures ont notamment été intégrées au projet de loi anti-gaspillage. La secrétaire d'Etat Brune Poirson a annoncé, fin octobre, la reprise "gratuite" des déchets de chantier triés à partir de 2022 ainsi que la multiplication prochaine des points de collectes. 28 août : ces entreprises qui polluent, ferment et abandonnent tout derrière ellesCe qu'on vous racontait. Cette longue enquête illustrait combien la dépollution des anciens sites industrielles était compliquée, entre un Etat impuissant et des entreprises peu soucieuses de l'environnement et du principe pollueur-payeur. Nous revenions notamment sur les cas des sites Wipelec de Romainville (Seine-Saint-Denis), de Citron au Havre (Seine-Maritime) et de Matrax à Vernouillet (Yvelines). Ce qui a changé depuis. A Romainville, "la situation est de plus en plus problématique, estime Sébastien Tirloir. Malgré les promesses de la préfecture et du ministère, plus aucune mesure n'est effectuée chez les riverains. Nous sommes dans l'inconnu total". Ce voisin du site de Wipelec a cependant été entendu par les deux juges d'instruction en charge de l'enquête, mais n'est pas très optimiste : "L'audition s'apparentait plutôt à interrogatoire à charge où j'ai dû prouver le bien-fondé la procédure en partie civile." L'ancienne salariée de Wipelec, qui avait alerté sur les agissements de son patron, a elle obtenu gain de cause en justice. Mi-octobre, le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) a débouté l'entreprise, qui contestait l'annulation du licenciement de Joëlle Roborg pour faute grave. "Le tribunal confirme mon statut de lanceuse d'alerte", estime cette dernière. Au Havre, l'ancien patron de Citron a été condamné en appel le 16 septembre à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende pour non-respect de normes environnementales. A Vernouillet, la situation n'a pas évolué. 7 septembre : dans les Bouches-du-Rhône, des voisins de Franky Zapata ne supportent plus son FlyboardCe qu'on vous racontait. Célèbre depuis sa traversée de la Manche et le défilé du 14-Juillet, l'inventeur du Flyboard, Franky Zapata, pourrit la vie de certains voisins de son site d'essai de Sausset-les-Pins (Bouches-du-Rhône) : odeur de kérosène, nuisances sonores, particules fines… Une enquête judiciaire a été ouverte. Contactée avant la publication de l'article, l'entreprise de Franky Zapata n'avait pas donné suite. Ce qui a changé depuis. Très sollicitée par les médias, Carole, l'une de nos témoins, a constaté un "gros impact médiatique", après la publication de notre article. "Depuis début septembre, plus aucun essai devant chez nous, mais je ne sais pas si c'est en lien avec l'article et si cela va durer (peut-être que Zapata est sur un autre projet, une voiture, je crois…)", nous écrit-elle. De son côté, le principal intéressé nous a téléphoné peu après la publication, pour dire tout le mal qu'il pensait de notre travail. "Chaque fois que vous faites de la merde comme ça, ce n'est pas sans conséquence, s'est-il emporté. C'est pas à moi que vous faites du mal, c'est au pays, aux gamins. Après, à qui vous voulez qu'ils s'identifient les gamins, aux instagrammeurs ?" 15 septembre : de la Seine à la Méditerranée, des trottinettes électriques jetées à l'eauCe qu'on vous racontait. Des habitants de Paris, Lyon ou Marseille nous ont signalé la présence de trottinettes immergées, parfois depuis des mois. Si la toxicité des composants des batteries dans l'eau n'est pas prouvée (il n'y a pas encore d'étude sur le sujet), les effets sur l'environnement ne sont pas négligeables. "Ce qui est grave, c'est de gaspiller du lithium. On ne peut pas se permettre de jeter un métal, dont on sait qu'il va être rare", alertait un professeur d'université. Pour y remédier, les mairies et opérateurs ont mis en place des mesures (ramassage, interdiction de stationner près des zones d'eau...), jugées inefficaces par les riverains et les associations.

Ce qui a changé depuis. La ville de Marseille tente de contrer le phénomène. Début octobre, elle a annoncé que seuls trois opérateurs seraient acceptés dans ses rues. La mairie entend leur faire signer une convention, par laquelle ils s'engageront à récupérer les trottinettes jetées à la mer dans un délai de quatre jours. Depuis notre article, de nouveaux repêchages ont eu lieu, notamment à Lyon, où une centaine de trottinettes a été récoltée dans l'eau mi-septembre. Malgré tout, le problème persiste. "Lors de mes balades sur les quais du Rhône, je m'aperçois qu'il reste encore des trottinettes ou que certaines ont été mises à l'eau il n'y a pas longtemps", décrit Jean-Gérard, Lyonnais qui nous avait contacté. 16 octobre : pouvez-vous boire sans risque l'eau de votre robinet ?Ce qu'on vous racontait. Eau potable "polluée aux pesticides", manque d'"analyse détaillée"… Parmi les signalements reçus via notre plateforme #AlertePollution, plus d'une dizaine de personnes se disaient préoccupées par la qualité de l'eau potable chez elles. Sur cette carte, nous avions collecté et réuni les données des derniers tests dans près de 17 500 communes. Ce qui a changé depuis. "Je viens de découvrir par votre article que mon eau était impropre à la consommation. Un grand merci pour cette information, la commune ne m'en a jamais informée", nous a indiqué une habitante de Villefavard (Haute-Vienne). Près de quatre mois après, l'eau de cette ville "ne [respecte toujours] pas les exigences de qualité des eaux destinées à la consommation humaine". Mais de nombreux résultats ont pu changer depuis la publication de notre carte. Des tests sont en effet réalisés régulièrement. Leurs résultats sont disponibles par ici. 22 octobre : comment le plastique censé protéger les jeunes arbres pollue les forêts normandesCe qu'on vous racontait. Photos et vidéos à l'appui. Mickael, habitant de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) en avait assez de tomber sur les mêmes morceaux de plastique dans les forêts proches de chez lui. Ces plaques, placées là par l'Office national des forêts (ONF) pour protéger les jeunes pousses, ne sont que rarement retirées une fois l'arbre devenu robuste. L'ONF reconnaît le problème. "J'espère que d'ici cinq ans, on arrivera au bout de nos peines, qu'on aura enlevé les plus gros morceaux", nous confiait un responsable. Ce qui a changé depuis. Le signalement est malheureusement trop récent. "Pas de changement visible en forêt, sur les sentiers que j'emprunte", décrit Mickael quelques semaines plus tard. "Je dirais même qu'au contraire, maintenant que la végétation est moins dense avec l'automne, on en voit plus qu'avant." * les prénoms ont été modifiés