Publicité

Alcool, stups et parfums: six surveillants de prison bientôt mis en examen

La prison de Réau, le 7 décembre 2017 en Seine-et-Marne (Philippe LOPEZ)
La prison de Réau, le 7 décembre 2017 en Seine-et-Marne (Philippe LOPEZ)

Ils sont soupçonnés d'avoir fait entrer résine de cannabis, alcool, téléphones portables et même parfums dans la prison de Réau (Seine-et-Marne): six surveillants sont présentés jeudi à un juge d'instruction en vue de leur mise en examen pour trafic de stupéfiants et corruption.

Ces trois femmes et ces trois hommes ont été interpellés mardi, a annoncé le procureur de Melun, Jean-Michel Bourlès, dans un communiqué.

Ils sont accusés d'avoir "participé à l'introduction en détention d'objets ou substances interdites notamment desok téléphones portables, des bouteilles d'alcool et des produits stupéfiants" dans le centre pénitentiaire sud-francilien, a détaillé le procureur.

Selon une source proche du dossier, les six agents, non gradés, de l'administration pénitentiaire sont âgés de 28 à 40 ans et doivent être déférés jeudi après-midi.

Le parquet de Melun a ouvert une information judiciaire pour trafic de stupéfiants, remise illicite d'objets en détention, blanchiment et corruption et association de malfaiteurs, selon Jean-Michel Bourlès.

Il a en outre requis leur placement en détention provisoire.

Les décisions du juge d'instruction et du juge des libertés et de la détention seront connues dans la soirée ou vendredi matin.

L'enquête, confiée au commissariat de Melun-Val de Seine, avait débuté après un signalement des services pénitentiaires.

Ces surveillants sont suspectés d'avoir introduits divers produits prohibés dans le centre pénitentiaire de Réau depuis octobre 2022, a précisé M. Bourlès.

Contre rémunération, ils ont fait passer clandestinement résine de cannabis, téléphones portables et chargeurs, alcool et bouteilles de parfum, a détaillé la source proche du dossier.

Plusieurs milliers d'euros en espèce ont été retrouvés aux domiciles de certains mis en cause.

Des affaires de corruption impliquant des surveillants de l'administration pénitentiaire défraient régulièrement la chronique judiciaire mais tel coup de filet reste rare.

- "Population carcérale très demandeuse" -

"Six collègues impliqués, c'est exceptionnel", du "jamais vu", a réagi auprès de l'AFP Emmanuel Baudin, secrétaire général FO-Justice. Ce genre d'affaire "met toute la profession en danger", a-t-il ajouté.

En contact direct avec les détenus, les surveillants sont des cibles privilégiées des tentatives de corruption, notamment de la part d'organisations criminelles.

"La population carcérale est très demandeuse ou incitative, et donc il y a une préoccupation sur le rapport à l'argent et sur la relation entre les personnels et les détenus", confiait récemment à l'AFP un responsable pénitentiaire sous couvert de l'anonymat.

Certains s'inquiètent notamment du faible niveau de rémunération des surveillants pénitentiaires qui, en début de carrière, touchent environ 1.800 euros net par mois.

"On a obtenu du ministère une réforme historique du niveau des salaires qui est en train de se mettre en place cette année", nuance toutefois le syndicaliste Emmanuel Baudin. "En 2024 et 2026, on va avoir des augmentations de salaires importantes, ce qui rend la profession plus attractive".

Ces dernières années, plusieurs affaires de corruption pénitentiaire ont été jugées devant les tribunaux.

En mars 2023, un surveillant de 39 ans du centre pénitentiaire de La Talaudière (Loire) a été condamné à trois ans de prison, dont la moitié avec sursis.

Il était parvenu à faire rentrer, sans être contrôlé par ses collègues, denrées alimentaires, consoles de jeux et téléphones portables, stupéfiants et même une piscine gonflable.

En juin 2020, le tribunal de Créteil avait jugé un trafic de stupéfiants à la prison de Fresnes (Val-de-Marne) dans laquelle comparaissait un jeune surveillant, qui avait accepté le trafic pour s'acquitter de dettes, et une aide-soignante de l'hôpital de la prison par ailleurs compagne d'un détenu.

Ils avaient écopé de trente mois d'emprisonnement, dont douze mois avec sursis.

Une jeune surveillante de la prison d'Orléans-Saran, en poste depuis six mois, avait elle été condamnée en juin 2019 à dix-huit mois de prison dont douze avec sursis pour avoir fait passer drogue, alcool et smartphones à un détenu qui l'avait séduite.

meh-al/pa/de