Alain Ambrosino: «Le rallye Bandama fait partie du patrimoine de la Côte d’Ivoire»

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Alain Ambrosino est le président de la Fédération ivoirienne de sport automobile et le vice-président de la Confédération africaine. Il se bat pour que le Rallye Côte d’Ivoire Bandama 2021 ait lieu en mars, malgré la crise liée au Covid. Il s’inquiète par ailleurs pour la tenue du Championnat d’Afrique, cette année. Entretien.

RFI : Alain Ambrosino, le Rallye Côte d’Ivoire Bandama aura-t-il lieu, en 2021 ?

Alain Ambrosino : Oui, ce sera une épreuve internationale qui aura lieu en principe du 12 au 14 mars prochain. Je dis bien « en principe » parce qu’avec les problèmes de Covid, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Le Bandama se déroulera encore dans la région de Yamoussoukro.

Fort malheureusement, je ne pense pas que nous aurons énormément des pilotes étrangers, si ce n’est pas du tout. Parce que les pilotes qui ont l’habitude de venir sur notre Rallye Côte d’Ivoire Bandama sont en grande majorité des pilotes qui viennent d’Europe. Or, avec les problèmes de frontières fermées, c’est très complexe.

Avez-vous songé à annuler le Bandama 2021, vues les conjonctures sanitaire et économique actuelles ?

Oui et c’est même toujours d’actualité. Il y a malgré tout quelques cas de Covid en Côte d’Ivoire, certes moins qu’en Europe. Si la situation était amenée à dégénérer un tant soit peu, on serait obligé de suivre les orientations du gouvernement. À savoir, des réunions avec une cinquantaine de personnes, au maximum. Cela nous mettrait dans l’incapacité totale d’organiser l’épreuve.

Le rallye du Rwanda, qui était censée être la deuxième manche du Championnat d’Afrique des rallyes (ARC), vient d’être reporté. Êtes-vous inquiet concernant le sort de l’ARC 2021 ?

Oui… Le Rwanda a été obligé, pour des problèmes de Covid, de reporter son épreuve à après le mois de juillet. Ça fait effectivement très peur parce qu’on a déjà manqué un Championnat d’Afrique en 2020. Si ça devait être à nouveau annulé, je pense que ça deviendrait dramatique.

Les sponsors sont déjà très difficiles à trouver. Et le fait que l’édition 2020 ait été annulée à encore un peu plus refroidi les sponsors. Et ça devient très complexe de trouver de l’argent. […]

J’ose espérer que certaines épreuves auront lieu. On croise les doigts pour que ce Championnat d’Afrique ait lieu cette année.

Quelle est l’attitude des autorités ivoiriennes vis-à-vis de la tenue du Bandama 2021 ?

Pour l’instant, c’est bien vu. Il ne faut pas oublier que le Rallye Côte d’Ivoire Bandama fait partie du patrimoine du pays. Le gouvernement tient donc beaucoup à ce que cette épreuve ne disparaisse pas et qu’elle ait donc lieu. Mais bien entendu dans de bonnes conditions, notamment de bonnes conditions sanitaires.

Pour en revenir à la Côte d’Ivoire, ces dernières années, vous aviez pour ambition que le Bandama soit à nouveau une épreuve du Championnat du monde (WRC), comme c’était le cas entre 1978 et 1992. Cela vous paraît-il toujours jouable à court ou moyen termes ?

Pour être franc, je n’y crois plus trop… La Fédération internationale automobile (FIA), avec notamment son président Jean Todt et Michel Mouton, était venue sur notre épreuve. Michèle Mouton s’occupait à l’époque du WRC. Elle nous avait fortement conseillé de nous présenter pour être une des épreuves du Championnat du monde.

Malheureusement, organiser un tel événement, ça coûte extrêmement cher. Sans l’aide du gouvernement, c’est inaccessible. On a présenté un beau et gros dossier au gouvernement. Mais, hélas pour nous, ça n’a pas été suivi. Et, l’année d’après, le Kenya a sauté sur l’occasion et son Safari rally a obtenu l’agrément pour intégrer le calendrier WRC.

Regardez-vous avec un petit peu d’envie le très fort et décisif soutien que le gouvernement kényan a apporté au retour du Safari rally au Championnat du monde ?

(Il rit) Franchement, ce n’est pas qu’un petit peu mais plutôt avec énormément d’envie ! J’étais présent sur le Safari rally en tant qu’observateur de la FIA, il y a deux ans. J’ai vu l’engouement du gouvernement, avec la présence du Président de la République pour donner le départ de l’épreuve. Il a effectué un survol en hélicoptère d’une partie de certaines spéciales. Ça fait rêver ! Ça prouve aussi qu’on n’est pas à côté de la plaque. D’autant que les retombées médiatiques et autres sont extrêmement importantes pour un pays, à partir d’une épreuve du Championnat du monde.

En Afrique de l’Est, dans des pays comme le Kenya ou l’Ouganda, le rallye semble être un sport national. En Afrique de l’Ouest, cette discipline est-elle avant tout une affaire de passionnés ?

Du temps où le Bandama comptait pour le Championnat du monde, il y avait un engouement total. Parce que le rallye traversait 5.000 kilomètres, donc la quasi-totalité de la Côte d’Ivoire. On couvrait énormément de villages et ça avait un impact extrêmement important.

Maintenant, avec la nouvelle règlementation, on est amené à faire un maximum de 250 à 300 kilomètres de spéciales. On est obligé de rester aux alentours de Yamoussoukro. Du coup, il y a beaucoup moins d’engouement, même si c’est magnifique de faire la super spéciale à l’intérieur de Yamoussoukro et lorsqu’il y a plus de 60.000 personnes. C’est tout de même extraordinaire. […] Mais l’épreuve a donc moins de visibilité et on est très très loin du football, actuellement.