Alaa Abdel Fattah : à la COP27, l’Égypte sous la pression de Berlin et l’Onu

Le dissident égyptien emprisonné Alaa Abdel Fattah a cessé de boire de l’eau, a déclaré sa famille le 6 novembre 2022, intensifiant sa grève de la faim alors que les dirigeants mondiaux militent pour sa libération en marge de la COP27.
KHALED DESOUKI / AFP Le dissident égyptien emprisonné Alaa Abdel Fattah a cessé de boire de l’eau, a déclaré sa famille le 6 novembre 2022, intensifiant sa grève de la faim alors que les dirigeants mondiaux militent pour sa libération en marge de la COP27.

ÉGYPTE - La pression ne cesse de monter ce mardi 8 novembre sur l’Égypte, qui accueille actuellement la COP 27. Après Paris et Londres, l’ONU et Berlin la pressent désormais à leur tour de libérer son détenu politique le plus célèbre, Alaa Abdel Fattah, en danger de mort après sept mois de grève de la faim.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé Le Caire ce mardi à sortir Alaa Abdel Fattah de sa prison afin d’éviter « une issue mortelle » à ses sept mois de grève de la faim car, a prévenu le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits humains Volker Türk, « sa vie est en grand danger ».

« L’Occident contre l’Égypte » ?

Avant eux, le Premier ministre britannique Rishi Sunak, le président français Emmanuel Macron et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avaient évoqué le cas du militant pro-démocratie de 40 ans avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

D’ailleurs, signe que le sujet est sensible dans un pays régulièrement épinglé sur ses violations des droits humains, la conférence de presse de sa sœur, Sanaa Seif à la COP27 a été interrompue par un député pro-Sissi.

Le service de sécurité de l’ONU, organisateur officiel du sommet sur le climat, a dû faire sortir Amr Darwich qui tonnait : « On parle d’un citoyen égyptien détenu de droit commun, pas d’un détenu politique, n’essayez pas de vous servir de l’Occident contre l’Égypte ». Alaa Abdel Fattah, a-t-il ajouté, « s’en est pris à l’armée et à la police de son pays ».

L’Égypto-britannique, icône de la révolution de 2011 en Égypte -un mouvement populaire que le président Abdel Fattah al-Sissi dénonce régulièrement dans ses discours- a été arrêté fin 2019. Il a ensuite été condamné à cinq ans de prison pour diffusion de « fausses informations » pour avoir publié sur Facebook un texte accusant un officier de police de torture.

« Nourri de force »

Après plus de deux ans de détention, il a décidé le 2 avril de ne plus avaler qu’un verre de thé et une cuillère de miel par jour. Il y a une semaine, il a totalement cessé de se nourrir et depuis l’ouverture de la COP27 dimanche, il ne boit plus non plus, selon ses proches.

Pour sa mère Laila Soueif, qui campe pour le deuxième jour consécutif devant sa prison dans l’espoir d’avoir de ses nouvelles, il peut survivre « un jour ou deux, trois maximum ». « Qu’est-ce qu’une mort de plus en prison pour les autorités égyptiennes qui ont tant de sang sur les mains ? », ajoute-t-elle sur Facebook. « Je m’adresse aux autres, au Premier ministre britannique et au reste des dirigeants à Charm el-Cheikh », écrit-elle encore.

Le Premier ministre britannique dit considérer Alaa Abdel Fattah comme « une priorité » et réclame que son cas soit « résolu au plus vite », Macron, lui, assure que Abdel Fattah al-Sissi s’est « engagé » à ce que la santé d’Alaa Abdel Fattah « soit préservée » et dit « espérer des résultats » dans « les prochaines semaines et les prochains mois ».

Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, président de la COP 27, est monté lundi soir au créneau : Alaa Abdel Fattah « bénéficie de tous les soins nécessaires en prison », a-t-il assuré à une télévision, ajoutant que l’Égypte n’avait pas formellement reconnu jusqu’ici sa nationalité britannique.

Pour Sanaa Seif, ces « soins » pourraient en réalité signifier que son frère sera « nourri de force ». Le fait qu’Emmanuel Macron parle de « plusieurs mois » fait effectivement redouter le pire aux défenseurs des droits humains. Sanaa Seif a ainsi évoqué cette perspective à Charm el-Cheikh, imaginant son frère « menotté à un lit et nourri de force contre son gré ».

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