Aléna: Le climat se tend après deux mois de négociations

Delphine TOUITOU
1 / 2

Traité de libre-échange nord-américain

Infographie sur le traité de libre-échange nord-américain (Aléna), alors que les discussions sur sa modernisation reprennent mercredi près de Washington

Washington (AFP) - Le Canada, les Etats-Unis et le Mexique achevaient mardi une quatrième session de tractations pour moderniser le traité de libre-échange nord-américain (Aléna) dans un climat tendu illustré par l'annonce d'une alliance entre Airbus et Bombardier.

A quelques heures de la fin de ces nouvelles négociations, le constructeur aéronautique canadien Bombardier a accepté de s'allier avec l'avionneur européen Airbus, rival historique de l'américain Boeing, dans le segment des appareils moyen-courriers.

C'est un soutien crucial apporté au programme CSeries de Bombardier en difficultés et cible de l'administration Trump qui entend lui imposer des droits compensatoires et taxes antidumping pouvant atteindre quelque 300% sur ses appareils livrés aux Etats-Unis.

Pour soutenir les ventes du CSeries, les deux avionneurs projettent d'installer aux Etats-Unis une ligne d'assemblage à Mobile (Alabama, Sud) où Airbus est déjà implanté, avec en ligne de mire le marché américain.

Cette alliance est un pied de nez à Donald Trump qui dénonce l'Aléna comme un accord destructeur d'emplois américains et qui entend "faire revenir les emplois aux Etats-Unis".

Le président américain entend obtenir des concessions de ses partenaires commerciaux afin de résorber le déficit commercial avec le Mexique (plus de 64 milliards de dollars) et mettre fin à des dispositifs qu'il juge désavantageux pour les industries américaines.

La quatrième session des discussions, qui avait démarré mercredi dernier à Arlington, dans la proche banlieue de Washington, s'est notamment attaquée au système canadien de "gestion de l'offre" pour le lait, les oeufs et la volaille, défendu par le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

"Les représentants américains ont demandé la fin des tarifs et des quotas d'ici dix ans", rapporte la presse canadienne.

"Nous allons nous battre pour préserver ce système. Tout accord qui proposerait autre chose n'est pas une option", a réagi le ministre canadien de l'Agriculture Lawrence MacAuley, cité par Radio Canada.

Ce système de quotas et de contrôle des prix assure aux producteurs de lait, d'oeufs et de volailles un revenu stable malgré les fluctuations des marchés tout en assurant une certaine stabilité des prix pour les consommateurs.

- Retrait américain ? -

Les Américains ont également mis sur la table la suppression d'un mécanisme de règlement des litiges commerciaux. Spécifiée dans l'article 11 de l'actuel traité et connue sous le nom d'ISDS (Investor-State Dispute Settlement), elle permet aux entreprises et aux investisseurs de poursuivre directement les gouvernements devant des tribunaux.

Le représentant américain du Commerce Robert Lighthizer, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland et le ministre mexicain de l'Economie Ildefonso Guajardo Villarreal devaient tenir une conférence de presse conjointe mardi à 15H00 (19H00 GMT) à Washington.

Lors du lancement de la renégociation du traité à la mi-août, les trois parties avaient reconnu la nécessité de revoir l'Aléna, entré en vigueur en 1994 afin de prendre en compte les évolutions et les profonds changements de l'environnement économique depuis une vingtaine d'années.

Reçu mercredi dernier à Washington, Justin Trudeau avait assuré qu'il restait optimiste sur le succès des "difficiles et parfois même imprévisibles" négociations en cours, soulignant que l'Aléna avait profité aux trois pays.

Une déclaration tranchant avec celle du président américain qui a une nouvelle fois menacé la semaine dernière de se retirer du traité.

Techniquement, Donald Trump peut invoquer à tout moment la clause de résiliation de l'Aléna lui permettrait de mettre fin à l'accord avec un préavis de six mois.

Dimanche, le gouverneur de la banque centrale du Mexique Agustin Carstens avait observé que ces menaces étaient habituelles dans ce genre de tractations, laissant entendre que c'était une manière pour l'administration américaine de mettre la pression sur les autres pays pour obtenir des concessions.

Et si une telle éventualité venait à se réaliser, "le congrès ne manque pas de moyens (...) pour au moins créer des obstacles, si suffisamment de parlementaires actent le mécontentement dans leurs Etats dépendant des exportations et importations du Canada et du Mexique", a commenté Gary Clyde Hufbauer de l'Institut Peterson de l'économie internationale.

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages