"Il aime son côté rebelle" : pourquoi Macron a choisi Marseille pour son meeting d'entre-deux-tours

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Avant le round final, Emmanuel Macron se rend à Marseille, après un premier meeting annulé en mars. Le président-candidat voue pour la ville mélenchoniste une affection stratégique. Mais sincère ?

À l'image du slogan de l'OM, "à jamais le premier" ? Emmanuel Macron - donné vainqueur au second tour, avec 53 % des intentions de vote en moyenne selon notre baromètre des sondages, l'Élyséemètre - est attendu à Marseille ce samedi pour un grand meeting de campagne avant le round final. Un défi : dans la deuxième ville de France, Jean-Luc Mélenchon a en effet remporté plus de 31 % des voix, loin devant le président-candidat, deuxième avec 22,62 % des suffrages.

Avant même la déclaration - tardive - de candidature, l'idée de ce grand raout dans la cité phocéenne était dans les tuyaux. Prévu initialement en mars pour être le premier meeting de campagne du camp Macron, l'événement a été annulé à cause de la situation en Ukraine. Mais faire cette campagne à Marseille, le président-candidat y tient pour plusieurs raisons, autant politiques et stratégiques qu'affectives.

Un lieu symbolique

En octobre 2016, c'est déjà à Marseille qu'Emmanuel Macron, alors en campagne pour la première fois, organise son premier déplacement. Début avril 2017 ensuite, à quelques jours du premier tour, c'était encore dans la cité phocéenne que le candidat En Marche fait son sprint final. Son anaphore sur la "fierté d'être français" reste dans les mémoires.

"Être patriote, ce n'est pas le Front national, le repli et la haine qui conduira à la guerre civile", lance-t-il alors.

En 2022, Macron rejoue le match. Exit l'ambiance stade de foot dans la salle du parc Chanot d'il y a cinq ans, c'est au Pharo que le président-candidat tiendra son meeting. Là où en 2021, il avait annoncé son grand plan de financement pour la ville. Le lieu, symbole de son investissement pour la région pendant son quinquennat, lui offre de surcroît la carte postale rêvée pour cette élection 2022.

Pour le sociologue Jean Viard, fin connaisseur de la région et soutien de LaREM, au-délà de la symbolique de la ville, ouverte sur la Méditerranée et porte de l'Europe, "l'endroit-même du meeting est un symbole historique". Autour de lui, le président aura les jardins du Pharo, palais impérial construit stratégiquement par Napoléon III, et derrière lui le Vieux-Port.

Pour le président en campagne, Marseille est aussi un symbole politique. Face à lui, il y a les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à convaincre. Le député insoumis des Bouches-du-Rhône est arrivé largement en tête dans la commune, avec cinq points de plus qu'en 2017. Aller chercher l'électorat populaire marseillais pour éviter qu'il ne se tourne vers l'abstention - ou vers l'extrême droite - voilà bien l'objectif principal d'Emmanuel Macron à une semaine du second tour.

Dans la ville où Eric Zemmour a été chahuté à plusieurs reprises, Marine Le Pen "ne pourrait pas faire de grand meeting" de ce type, veut croire un proche, qui a été consulté sur l'organisation du déplacement.

Marseille, son "laboratoire"

Marseille est aussi un symbole de la fin de son quinquennat : Emmanuel Macron "veut en faire la capitale méditerranéenne", résume un proche. Rénovation des écoles, travaux dans les quartiers Nord, renforcement du réseau de transports... Le président est venu en septembre 2021 présenter son plan "Marseille en grand" pour répondre aux urgences sociales, éducatives, économiques et sécuritaires de la deuxième ville de France.

Le chef de l'État a même voulu faire de la ville son "laboratoire", en proposant par exemple d'y "interventer l'école du futur en réinventant la façon d'enseigner les méthodes d'apprentissage": Emmanuel Macron a dit vouloir y expérimenter la liberté de choix des enseignants pour les directeurs de certains établissements.

Pour cet intérêt qu'il porte à la ville, l'élu régional Christophe Madrolles, proche de la Macronie, estime même que "les Marseillais lui sont redevables". Une élue locale de gauche - qui a voté pour le candidat insoumis - est nettement plus nuancée sur le bilan du quinquennat pour les Marseillais les plus précaires : "La politique du gouvernement a laissé des traces ici."

Pour le président, le déplacement est aussi l'occasion de casser son image de président des riches. "Marseille est une ville canaille", décrit le sociologue Jean Viard. "Macron aime son côté rebelle."

"C'est l'occasion d'écorner son image de banquier au profil bruxellois", ajoute un proche. "Et puis, aller se confronter à des anti, à des gens qui n'ont pas voter pour lui, il aime ça."

Un amour sincère ?

Au-delà du calcul politique, l'entourage d'Emmanuel Macron assure qu'il aime vraiment Marseille. L'attachement remonte à loin, dès la fin 2016 pour la productrice Sabrina Agresti-Roubache. À cette époque, la proche du couple Macron explique qu'elle a "tout de suite senti que cet amour pour Marseille était profond et sincère". Il "aime y être touché, invectivé", "le côté méditerrannéen le change de Paris", affirme l'un de ses proches.

"Quand il est avec nous à Marseille, il est plus détendu, il passe du temps et discute plus de trois quarts d'heure avec les gens", au point de parfois devoir être rappelé à l'heure par son staff, affirme Christophe Madrolles.

Dans un entretien-fleuve pour le magazine Zadig sur sa vision de la France, Emmanuel Macron n'a pas tari d'éloges sur l'une des villes "les plus pauvres et les plus vibrantes" de France, qu'il dit aimer "infiniment" : "J'y vois une créativité extraordinaire, une jeunesse saisissante, une espèce de puissantes."

"C'est une ville extrêmement attachante", commente le chef de l'État. "On y voit le tressage d’une grande bourgeoisie avec des quartiers très populaires. Ça ne circule pas à l’intérieur de ces catégories, néanmoins une identité unique se trame dans l’œil de la Bonne Mère."

Passion OM

Le natif d'Amiens est aussi un "vrai supporter" de l'Olympique de Marseille décrivent des proches. "Il demande régulièrement des nouvelles de Dimitri Payet", s'amuse Christophe Madrolle. Un intérêt visible dans le documentaire Les coulisses d'une victoire, diffusé sur TF1 après son élection en 2017.

Dans l'une des séquences, on voit Emmanuel Macron scruter son téléphone et déclarer : "Oh merde. Deuxième fois, putain !" Et Brigitte Macron, inquiète, de lui demander: "Quoi donc ?" "Monaco a encore battu l'OM", rétorque le candidat.

Pendant son mandat, les allusions d'Emmanuel Macron à son club de foot préféré n'ont d'ailleurs pas manqué. Que ce soit lorsqu'il part à la rencontre des joueurs pendant ses premières vacances de président. Ou l'an dernier, quand il fait croire lors d'un concours d'anecdotes organisé avec les youtubeurs McFly et Carlito et qu'il fait croire que Kylian Mbappé va rejoindre l'OM. Une "fausse information" qu'il finit par infirmer en appelant directement l'attaquant du PSG.

"Vous savez, Macron, c'est comme Marseille", conclut un élu marseillais. "Ils ont tous les deux besoin d'être aimés, d'être flattés. Ils ne demandent que ça pour s'ouvrir."

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Jean-Michel Aphatie : "Si Macron n’a pas une part significative de l’électorat de Mélenchon avec lui, il peut être battu par Marine Le Pen"

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