"Qu'elle aille s'expliquer", "grave" : accusée de conflits d'intérêt, Pannier-Runacher sous le feu des oppositions

La ministre de la Transition énergétique est l'objet de vives critiques depuis qu'un média d'investigation a révélé que ses enfants détenaient des parts dans une société pétrolière, dont les fonds sont en partie domicilés dans des paradis fiscaux.

Une affaire dont se serait bien passé l'exécutif en pleine COP 27. Agnès Pannier-Runacher, à la tête du ministère de la Transition énergétique, partage des intérêts avec l'une des principales compagnies pétrolières française, d'après une enquête de Disclose et Investigate Europe parue ce mardi.

"Il faut que la ministre aille s'expliquer", a avancé le député RN Sébastien Chenu sur France info ce mercredi.

Des fonds dans des paradis fiscaux

"Si tout va bien, si tout est en règle, continuez votre activité: nous continuerons, nous, à batailler contre ce que vous menez comme politique. En revanche, si vous avez manqué à vos obligations, il faudra en tirer les conséquences. Voilà, pas plus pas moins", a encore avancé le vice-président de l'Assemblée nationale.

Jean-Michel Runacher, père de la ministre et proche d'Emmanuel Macron, a créé une société baptisée Arjunem et dotée d'1,2 million d'euros, à destination de ses petits-enfants, d'après les informations de nos confrères. Les trois enfants d'Agnès Pannier-Runacher, mineurs, et l'un de leurs cousins, sont actionnaires aux côtés du patriarche.

Pour l'ancien directeur général et directeur financier de la compagnie pétrolière Perenco, numéro 2 du pétrole en France, la manœuvre visait à transmettre une partie de son patrimoine sans avoir à payer de frais de succession. Selon Disclose, ce patrimoine provient de fonds spéculatifs, installés dans des paradis fiscaux comme le Delaware, l'Irlande et Guernesey.

"Du conflit d'intérêt" pour Roussel

Fabien Roussel a de son côté porté un jugement sévère, jugeant les faits "graves" et appelant la ministre à "un exercice de transparence."

"Il y a de l'optimisation fiscale, il y a du conflit d'intérêt. Ce n'est pas une tempête dans un verre d'eau", a déclaré le patron du PCF sur le plateau de France 2.

"La différence entre l'optimisation fiscale et l'évasion fiscale, c'est l'épaisseur d'un mur de prison", a encore jugé l'ancien candidat à la présidentielle.

Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR et candidat à la présidence du parti de droite a été, lui, beaucoup moins offensif, disant "attendre de voir les suites de l'enquête" sur Sud Radio.

"Rien d'illégal", répond Véran

L'exécutif soutient pour l'instant la ministre, considérée comme l'un des piliers de la macronie dans la lutte contre le réchauffement climatique.

"Elle a eu l'occasion de s'exprimer de façon claire en réponse à des parlementaires dans l'hémicycle. (...) en expliquant qu'il n'y avait rien d'illégal et qu'il n'y avait pas lieu d'y voir un conflit d'intérêt", a avancé Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement sur France info.

"Allégations fausses", assure Pannier-Runacher

Interpellée à trois reprises par des députés ce mardi, elle a pu s'expliquer lors des questions d'actualité au gouvernement, évoquant des "allégations fausses et calomnieuses".

"J'ai évidemment satisfait les obligations déclaratives prévues par la loi, notamment auprès de la HATVP, qui prévoit expressément que les déclarations de patrimoine ne concernent pas le patrimoine des enfants, y compris mineurs", a-t-elle fait valoir.

Même son de cloche du côté d'Élisabeth Borne qui a de son côté défendu devant les députés que "son rôle" n'était "pas de commenter des articles de presse".

Nouvelles révélations

La HATVP a ouvert mardi une enquête sur la ministre après la publication de cette enquête. De nouvelles informations se sont ajoutées ce mercredi matin. Le média en ligne Politico a révélé que la ministre vivait dans une maison appartenant aux héritiers du député Olivier Dassault.

Décédé en 2021, le fils de Serge Dassault était héritier de l'une des grandes fortunes industielles françaises. Problème: Agnès Pannier-Runacher était à l'époque ministre déléguée chargée de l'Industrie.

"Agnès Pannier-Runacher a emménagé chez son nouveau compagnon à Lens (l'ancien député socialiste Nicolas Bays NDLR) en mai 2021 qui occupait ce bien depuis 2017. Elle n’avait pas connaissance du propriétaire de la maison, sachant seulement que son compagnon acquittait un loyer chaque mois", a fait savoir l’entourage de la ministre auprès de nos confrères.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Pascal Praud se moque d'Agnès Pannier-Runacher avant de reconnaître une erreur