Agnieszka Holland, réalisatrice de "L'Ombre de Staline" : "Quoi de plus actuel que les fake news et l’indifférence des puissants ?"

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Marianne : Pourquoi avoir choisi de tourner un film sur la grande famine d’Ukraine de 1932-33?

Agnieszka Holland : Comme j’ai récemment réalisé, entre autres, trois films sur l’Holocauste, et une série sur Jan Palach, (l’étudiant tchèque qui s’est immolé par le feu en janvier 1969 pour protester contre l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie d’août 1968, ndlr), je reçois régulièrement des scénarios traitant de toutes les horreurs imaginables de notre histoire récente. Mais j’avais décidé qu’on ne m’y reprendrait plus ! Jusqu’à ce que je reçoive celui de « Mr Jones », depuis rebaptisé « L'Ombre de Staline ». Signé par une journaliste américaine d’origine ukrainienne, Andrea Chalupa, dont le grand-père a témoigné devant le Congrès américain de l’Holodomor, la grande famine de 1932-33. J’ai senti qu’il racontait la situation contemporaine. En effet, quoi de plus actuel, de nos jours, que les fake news, l’indifférence ou la surdité des grands de ce monde, ou le cynisme de certains journalistes ?… Et quoi de plus nécessaire que le courage et l’honnêteté des lanceurs d’alerte, qui agissent parfois même au péril de leur vie ?

Traiter cette tragédie par le destin –lui aussi tragique- du journaliste gallois Gareth Jones, interprété par James Norton, m’a paru la façon la plus actuelle de l’incarner.

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