Agnès Buzyn mise en examen peut compter sur le soutien de la majorité

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Inquiète du cas Buzyn (ici le 29 août 2019), la majorité vole à la rescousse de son ancienne ministre (Photo: Benoit Tessier via Reuters)
Inquiète du cas Buzyn (ici le 29 août 2019), la majorité vole à la rescousse de son ancienne ministre (Photo: Benoit Tessier via Reuters)

POLITIQUE - La majorité devrait pourtant être habituée. Mais cette péripétie judiciaire, loin d’être inédite en Macronie, n’est pas comme les autres. Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé (2017-2020) a été mise en examen, vendredi 10 septembre, pour mise en danger de la vie d’autrui, après plus de neuf heures d’audition à la Cour de justice de la République.

Elle est la première responsable politique d’ampleur à être ainsi mise en cause dans l’enquête sur la gestion de l’épidémie de Covid-19 par les autorités françaises. En attendant son successeur Olivier Véran et l’ancien Premier ministre Édouard Philippe?

La décision de la CJR suscite en tout cas l’émoi chez les marcheurs, pour qui ce calendrier judiciaire est susceptible de brouiller la course à l’élection présidentielle. Plusieurs élus, souvent de premier plan, s’attachent à rappeler le professionnalisme d’Agnès Buzyn, qui avait quitté le ministère en février 2020, soit au début de la crise pour briguer, en vain, la mairie de Paris. Le tout, en critiquant un “précédent inquiétant” pour les femmes et les hommes aux responsabilités.

“Buzyn a fait tout ce qu’elle pouvait et sans doute plus”

“Il y a dix-huit mois, nous découvrions avec incrédulité un virus venu de loin et dont on ne savait rien. Agnès Buzyn a fait tout ce qu’elle pouvait et sans doute plus pour nous protéger face à la pandémie qui débutait”, écrit par exemple Roland Lescure ce samedi matin sur les réseaux sociaux avant d’exprimer son “soutien” et son “amitié” à l’égard de l’ancienne ministre.

Au-delà du président de la Commission des affaires économiques à l’Assemblée, l’état-major de la formation présidentielle entend faire bloc face à ces menaces judiciaires. “Le gouvernement a fait du mieux qu’il pouvait pour gérer la crise sanitaire, en prenant les meilleures décisions possible sur la base des informations dont il disposait à chaque étape”, martèle ainsi Stanislas Guérini, le patron de La République en Marche au Monde.

Contrairement aux députés, l’exécutif, justement, joue plutôt le silence radio, séparation des pouvoirs oblige. Enfin, il essaie. Interrogé jeudi sur la convocation d’Agnès Buzyn, Jean Castex, qui n’était pas le chef du gouvernement lorsque la principale intéressée était aux responsabilités a d’abord estimé qu’il ne pouvait “pas commenter un processus judiciaire en cours”.

Avant d’y aller de son commentaire, malgré tout, puisque, selon lui, l’ancienne ministre “a pris les décisions que les circonstances lui commandaient de prendre.”

Une paralysie de l’action publique?

Surtout, pour Jean Castex, il faut ”éviter à tout prix (...) que la paralysie guette l’action des pouvoirs publics au moment où, au contraire, on a besoin des décisions pour faire face à des crises”. En d’autres termes, le locataire de Matignon estime que ces menaces pénales -et la crainte des poursuites judiciaires- sont susceptibles de concourir à une mauvaise conduite du pays.

C’est le risque agité par plusieurs élus sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Pour Aurore Bergé, la présidente déléguée de LREM, par exemple, la mise en examen d’Agnès Buzyn va créer “un précédent dangereux”.

“Si demain un ministre peut être mis en examen pour ce qu’il n’aurait pas fait, pas assez fait, ou mal fait alors qui qualifie le ‘mal’ fait? Quand? Sur quels critères d’appréciation?”, a-t-elle ainsi écrit, vendredi, sur son compte Twitter, avant d’ajouter, dans un autre message: “si les Français considèrent qu’un gouvernement a insuffisamment agi, n’a pas obtenu les résultats escomptés, n’a pas pris les orientations souhaitées: cela se sanctionne dans le cadre des élections. Ça ne se règle pas au tribunal.”

L’opposition gênée aux entournures

Même crédo du côté de Sacha Houlié, pour qui “les premiers juges sont d’abord les électeurs.” “Le risque”, pour le député de la Vienne, qui s’est exprimé samedi, sur franceinfo, “c’est de paralyser l’action politique, de faire un procès sur des actes qui sont a priori légaux mais qui pourraient être condamnés par l’opinion publique et c’est surtout de faire un tribunal populaire.” Et la majorité n’est pas la seule à s’en inquiéter.

Une partie de l’opposition affiche effectivement son scepticisme quant à la mise en examen de l’ancienne ministre. Jean Leonetti, l’éphémère président des Républicains en 2019, a ainsi fait part de son soutien personnel à l’égard d’Agnès Buzyn. “Je m’interroge sur l’utilité de ces juridictions d’exceptions et de la pratique du ‘bouc-émissaire’ qui évite la véritable recherche de responsabilité”, a réagi l’ancien ministre.

“Je ne partage pas cette volonté de tout mettre devant la justice, ça n’est pas comme ça qu’on fait de la politique”, regrette aussi Damien Abad, le patron des députés Les Républicains sur BFMTV, à rebours des réactions plus virulentes d’élus de la France insoumise ou de meneurs du mouvement “anti-pass.”

“La vérité c’est que quand on est un responsable politique, il y a forcément de l’action et des risques”, a encore expliqué le député de l’Ain, sur la même ligne que le patron des communistes, Fabien Roussel, lequel “ne pense pas que ce soit dans les tribunaux qu’on va régler les problèmes” des Français.

Reste désormais à savoir si ce développement majeur sera suivi d’autres convocations ou mises en examen. Il y a un an, mi-octobre 2020, plusieurs perquisitions avaient été menées aux domiciles et bureaux d’Agnès Buzyn, mais également d’Olivier Véran, d’Édouard Philippe et de Sibeth Ndiaye.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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