Agnès Buzyn affirme que ne pas avoir géré la crise du Covid est "le plus grand regret" de sa vie

L'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a affirmé jeudi sur France 5 qu'elle aurait voulu rester au ministère de la Santé en 2020. Elle a été fortement incité à quitter son poste pour se lancer dans la campagne pour les municipales à Paris.

Agnès Buzyn s'exprime publiquement pour la première fois depuis les révélations du Monde, selon lesquelles elle a donné l'alerte dès janvier 2020 concernant l'épidémie de Covid-19, sans avoir l'impression d'être entendue par l'exécutif.

Mise en examen pour sa gestion des premières semaines de l'épidémie de Covid-19, l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a défendu ce jeudi sur France 5 le couple exécutif de cette période, Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Elle n'a toutefois pas caché son amertume concernant son départ du ministère.

Agnès Buzyn a démissionné en février 2020 pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux dans la course à la mairie de Paris.

"Le plus grand regret de ma vie, c’est de ne pas avoir géré cette crise", a-t-elle déclaré dans l'émission C à vous.

"Je n'aurais jamais dû partir", avait-elle déjà estimé auprès du Monde, dans un article publié mardi, ajoutant qu"on (la) poussait au mauvais endroit au mauvais moment". Elle explique ce jeudi avoir reçu énormément d'appels de membres de la majorité lui demandant de se présenter.

Débarquée du ministère

"Au départ, l’idée était que je fasse comme Édouard Philippe au Havre et Gérald Darmanin" à Tourcoing, qui étaient alors les maires de ces localités et tout de même des membres du gouvernement. Elle dit ainsi avoir demandé à rester au ministère de la Santé si elle se lançait dans la campagne.

"L’arbitrage n’a visiblement pas été le même pour" elle, a-t-elle glissé ce jeudi sur France 5.

Elle avance pour cela quelques explications, comme l'importance de la ville de Paris, mais avoue ne pas vraiment savoir pourquoi la décision a été de la débarquer du ministère. Elle finit troisième au premier tour, mais se présente au second: "on me demande de finir le job, je le fais, je suis une femme de devoir", raconte ce jeudi Agnès Buzyn.

La suite de l'histoire est connue: elle finit encore en troisième position au second tour, avec 13,04 % des voix sur Paris. "J’ai été honnie", dénonce l'ex-ministre.

Alertes à l'exécutif

Dans un article publié mardi, le quotidien Le Monde fait état de nombreux textos adressés au chef de l'État et à son ancien Premier ministre, le premier le 11 janvier 2020 à propos de l'épidémie apparue en Chine, qui n'apparaît alors "pas encore dans les médias" mais qui "peut monter", écrit-elle.

Malgré ces éléments - qui constituent désormais une pièce de l'enquête instruite par la Cour de justice de la République (CJR) -, "je n'avais pas l'impression d'être entendue", ajoute Mme Buzyn, qui "n'arrivai(t) pas à avoir de rendez-vous" avec le président de la République, jusqu'à un entretien téléphonique le 8 février.

Jusqu'à sa défaite cuisante au second tour, elle a continué à alerter l'exécutif. Ainsi ce message le 29 février à Emmanuel Macron: "On perd du temps sur l'épidémie (...) Le pays n'est pas prêt!". Ou encore celui-ci, le 10 mars à Édouard Philippe, à qui elle enjoint "de tout arrêter, comme en Italie, le plus vite possible", prédisant que "ça va être la bérézina dans les hôpitaux".

"Non seulement j'avais vu mais prévenu. J'ai été, de très loin en Europe, la ministre la plus alerte. Mais tout le monde s'en foutait", selon des propos rapportés par Le Monde qui dit avoir eu accès à un journal rédigé par l'ex-ministre pendant la pandémie. Jeudi, sur France 5, Agnès Buzyn a affirmé ne pas viser Édouard Philippe et Emmanuel Macron avec ces propos, mais les "experts" qui les ont conseillés.

Article original publié sur BFMTV.com

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