Un Afro-Américain disculpé après avoir passé 43 ans en prison

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Un tribunal américain (Photo d'illustration) - Robyn Beck
Un tribunal américain (Photo d'illustration) - Robyn Beck

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Kevin Strickland avait 18 ans le jour de son interpellation au printemps 1978, 19 lorsqu'il a été condamné pour un triple-meurtre commis (mais pas par lui) à Kansas City. Il en avait 62 lorsque, mardi, un juge a reconnu l'erreur de l'institution, l'a blanchi du verdict de culpabilité qui pesait sur lui depuis plus de quatre décennies et a ordonné que l'Afro-Américain soit immédiatement libéré.

Ayant passé 43 ans en cellule, Kevin Strickland - dont l'histoire a été racontée dans le détail par le Washington Post - a subi le plus long emprisonnement consécutif à une erreur judiciaire de l'histoire du Missouri. Interrogé par le journal peu avant d'obtenir gain de cause, il lui a confié quelle serait sa première destination s'il venait à sortir de prison: la côte, pour y découvrir la mer qu'il n'avait encore jamais vue de ses yeux. "Comment vivre sur Terre sans avoir vu l'Océan?" a-t-il lancé.

Un jour d'avril 1978

C'est l'assassinat de Sherrie Black, Larry Ingram et John Walker le 25 avril 1978 à Kansas City qui a précipité Kevin Strickland au coeur de ce vaste drame judiciaire. Ce jour-là, celui-ci, alors père d'une petite fille de quelques semaines, échange brièvement avec des amis devant chez lui: Vincent Bell, Kilm Adkins et Terry Abbott. Après la discussion, Kevin Strickland reste chez lui où il dîne avec les siens, passant toute sa soirée au domicile familial, comme en attesteront de nombreux témoignages. Ses amis, eux, ont d'autres plans.

Ils décident en effet dans la foulée de rendre visite à Larry Ingram pour se venger d'un litige qui l'oppose à Kilm Adkins. Ce dernier l'accuse de l'avoir dépouillé aux dés en trichant. Ils pillent la maison où ils le trouvent puis abattent Ingram et l'ensemble des personnes présentes. Toutes? Pas tout à fait: s'ils ont laissé pour morte Cynthia Douglas, celle-ci a bien survécu et parvient à être secourue après leur départ.

Seule survivante et seul témoin, c'est sa parole - sur laquelle elle tentera de revenir à plusieurs reprises en vain - qui va valoir à Kevin Strickland sa descente aux enfers. En effet, après que celui-ci a été interpellé par la police quelques heures après les événements, elle dit l'identifier au cours d'un tapissage, au milieu des autres personnes qui lui sont proposées. Plus tard, elle dira ne l'avoir reconnu que sur les indications et pressions des enquêteurs.

Innocenté par son coaccusé lors du procès

Au procès, qui s'ouvre en 1979, elle réitère cependant son accusation, tandis que Vincent Bell, arrêté en même temps que Kilm Adkins au mois de juin 1978, profite des audiences pour assumer ses responsabilités et contrer l'erreur judiciaire qu'il sent venir.

"Vous avez fait une sacrée erreur. Je vous dis la vérité là, Kevin Strickland n'était pas avec nous dans la maison", a-t-il lancé au tribunal.

Rien n'y fait et son ami, condamné par un jury entièrement composé d'Américains blancs, passera bien les quatre décennies suivantes derrière les barreaux. Vincent Bell et Kilm Adkins ont quant à eux été condamnés à vingt ans de prison après avoir plaidé coupables.

Se recueillir sur la tombe de sa mère

Au bout d'une succession de démarches judiciaires n'ayant rencontré aucun succès, et malgré les multiples rétractations de Cynthia Douglas, il a fallu la découverte d'empreintes sur l'arme du crime en 2020, empreintes appartenant donc à d'autres doigts que ceux de Kevin Strickland, pour que celui-ci puisse finalement sortir de prison ce mardi. C'est d'ailleurs cette trouvaille qui a initialement permis de rouvrir son dossier.

Sa mère, Rosetta, n'a pas pu voir sortir son fils: elle est morte en août dernier, à 85 ans. Kevin Strickland s'est d'ailleurs promis qu'il ferait un crochet pour visiter sa tombe avant de rouler vers l'océan.

Article original publié sur BFMTV.com

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