Publicité

Afrique du Sud: le sulfureux parti radical EFF lance sa campagne

Un partisan des Combattants pour la liberté économique (EFF) brandit un drapeau du parti lors du lancement de la campagne pour les élections générales, au stade Moses Mabhida de Durban, le 10 février 2024 en Afrique du Sud (RAJESH JANTILAL)
Un partisan des Combattants pour la liberté économique (EFF) brandit un drapeau du parti lors du lancement de la campagne pour les élections générales, au stade Moses Mabhida de Durban, le 10 février 2024 en Afrique du Sud (RAJESH JANTILAL)

Le sulfureux leader de la gauche radicale sud-africaine, Julius Malema, a lancé samedi la campagne de son parti en vue des prochaines élections générales, taxant l'ANC au pouvoir et menacé d'un revers électoral historique, d'inaction face aux maux du pays.

Devant des milliers de soutiens rassemblés dans un stade quasiment plein de Durban (est), capitale de la province clef du KwaZulu-Natal comptant le plus grand nombre d'électeurs, le chef du deuxième parti d'opposition a accusé le Congrès national africain (ANC) d'"apartheid économique".

"Qu'est-ce que la liberté sans emploi ?", a-t-il fustigé, "qu'est-ce que la liberté sans électricité ?"

Le président Cyril "Ramaphosa continue à tuer notre peuple", a asséné M. Malema, coiffé de son inusable béret rouge et connu pour ses provocations et ses formules chocs. "Nous voulons le pouvoir pour l'utiliser de manière décisive".

La première puissance industrielle du continent est confrontée à une grave crise de l'énergie engendrant des coupures d'électricité allant jusqu'à douze heures par jour. Le climat socio-économique est également marqué par un chômage endémique et des inégalités croissantes.

Dans ce contexte morose et avec une image écornée par les affaires de corruption, l'ANC à la tête du pays depuis la fin de l'apartheid risque de perdre sa majorité absolue au Parlement pour la première fois à l'issue des prochaines élections, selon les enquêtes d'opinion.

Les quelque 27,5 millions de Sud-Africains inscrits sur les listes électorales devront se rendre aux urnes entre mai et août pour renouveler leur Parlement, qui désignera ensuite le prochain président. La date précise du scrutin doit encore être annoncée.

Ces derniers mois, les partis d'opposition ont activement cherché des stratégies d'alliances pour déloger l'ANC.

Le premier, l'Alliance démocratique (DA), encore largement perçu comme un parti blanc, a monté une coalition avec dix petites formations politiques. Administrant la ville du Cap, le DA a toutefois fermement refusé de se rapprocher de l'EFF, invoquant de profondes divergences de "valeurs et principes".

- "Seigneur de guerre" -

L'EFF, qui s'inspire du marxisme-léninisme, a notamment ouvertement affiché son soutien à la Russie après l'invasion de l'Ukraine début 2022. Samedi, Julius Malema, qui fait régulièrement les titres de la presse locale pour ses sorties provocantes, a qualifié le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "seigneur de guerre".

Les députés de l'EFF n'ont pas assisté cette semaine au discours annuel sur l'état de la nation du président Ramaphosa. L'an dernier, plusieurs d'entre eux avaient pris d'assaut la scène et interrompu le discours du chef de l'Etat.

Malgré ces frasques, la cote de popularité du parti est en hausse et il pourrait ravir la place de premier mouvement d'opposition dans le pays. Selon un récent sondage Ipsos, l'EFF et le DA se tiennent dans un mouchoir de poche avec 17% et 20% des intentions de vote. Aux élections générales de 2019, l'EFF n'avait obtenu qu'à peine plus de 10% des voix.

"Malema est populaire parce qu'il s'est imposé comme quelqu'un osant défier ouvertement le pouvoir ", estime l'analyste politique Sandile Swana. Et "l'EFF s'est forgé une identité de parti de jeunes intellectuels et penseurs défendant l'éducation des Noirs".

Ces dernières années, le parti a tenté d'élargir sa base en ciblant notamment dans les universités une jeunesse en colère devant une pauvreté grandissante.

Julius Malema, qui fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires, promet régulièrement emplois et éducation gratuite pour tous, ainsi que le retour de la terre aux Sud-Africains noirs avec l'application de mesures d'expropriation sans compensation.

Malema, 42 ans, a fondé l'EFF en 2013 après avoir claqué la porte de l'ANC dont il dirigeait la Ligue des jeunes.

L'ANC détient actuellement 230 des 400 sièges (57,50%) à l'Assemblée nationale, le DA 84 (20,77%) et l'EFF 44 (10,79%).

zam-cld/def