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Afrique du Sud: l'ex-présidente du Parlement inculpée pour corruption

Nosiviwe Mapisa-Nqakula, alors présidente du Parlement sud-africain, au Cap le 8 février 2024 (Rodger Bosch)
Nosiviwe Mapisa-Nqakula, alors présidente du Parlement sud-africain, au Cap le 8 février 2024 (Rodger Bosch)

L'ex-présidente du Parlement en Afrique du Sud a été arrêtée jeudi et inculpée de treize chefs de corruption et blanchiment dans le cadre d'une affaire qui a surgi à deux mois d'élections cruciales pour l'ANC au pouvoir dont elle est une figure.

Nosiviwe Mapisa-Nqakula, 67 ans, nommée en 2021 au poste de présidente du Parlement, dont elle a démissionné mercredi, et membre du tout-puissant comité exécutif du Congrès national africain (ANC), parti à la tête du pays depuis la fin de l'apartheid, a été présentée à un tribunal de Pretoria à la mi-journée.

Quelques heures plus tôt, elle avait été arrêtée après s'être rendue d'elle-même dans un commissariat au sud de la capitale. La mine sombre et vêtue d'un tailleur en tissu traditionnel, elle a fait valoir son droit au silence au tribunal.

"Mme Mapisa-Nqakula doit répondre de douze chefs d'accusation de corruption et d'un chef de blanchiment d'argent", a déclaré au tribunal le représentant du parquet national sud-africain (NPA), Bheki Manyathi. La liberté sous caution a été accordée à l'ex-présidente à l'issue de sa comparution.

Nosiviwe Mapisa-Nqakula est accusée d'avoir perçu d'importantes sommes d'un contractant militaire lorsqu'elle était ministre de la Défense (2014-2021). Selon le parquet national, elle a sollicité des "gratifications" équivalant à plus de 220.000 euros (plus de 4,5 millions de rands), plus de 100.000 euros (2,1 millions de rands) lui ayant été effectivement versés.

L'affaire qui date de plusieurs années a surgi en mars par le biais d'un mystérieux témoin à charge.

Mme Mapisa-Nqakula était sous la menace d'une arrestation depuis une perquisition à son domicile dans un quartier cossu de Johannesburg le 19 mars. Le parquet a déclaré au tribunal avoir collecté "des preuves" pendant la fouille, sans donner plus de détails.

L'ancienne présidente avait dans la foulée déposé deux requêtes en urgence pour éviter une arrestation imminente qu'elle jugeait "illégale" au vue des preuves "minces" rassemblées contre elle. Mais ce recours a été rejeté mardi par la justice, qui a souligné "l'indulgence" des autorités envers Mme Mapisa-Nqakula, à qui du temps a été laissé pour organiser une défense depuis la perquisition.

- "Je suis innocente" -

Mercredi, la présidente du Parlement a annoncé quitter ses fonctions avec effet immédiat afin de préserver l'intégrité de l'institution et se concentrer sur l'enquête ouverte contre elle.

"Compte tenu de la gravité des accusations très médiatisées dont je fais l'objet, je ne peux pas continuer à ce poste", a-t-elle expliqué dans sa lettre de démission consultée par l'AFP.

Elle a insisté sur le fait que son retrait n'était "en aucun cas une indication ou un aveu de culpabilité", assurant: "Je maintiens que je suis innocente et je suis déterminée à rétablir ma réputation".

Mme Mapisa-Nqakula s'était déjà mise en "congé spécial" au lendemain de la perquisition de son domicile.

L'affaire survient à moins de deux mois d'élections particulièrement à risques pour l'ANC, en perte de popularité notamment en raison d'une image entachée par les affaires de corruption et un climat socio-économique morose.

Les Sud-Africains sont appelés aux urnes le 29 mai pour renouveler leur Parlement, qui désignera le prochain président. Selon les enquêtes d'opinion, le parti historique risque pour la première fois de perdre la majorité absolue.

Après la perquisition, l'ANC avait sobrement déclaré avoir l'intention de "laisser la justice suivre son cours". Et à l'annonce de la démission de Mme Mapisa-Nqakula, le parti a déclaré "apprécier" la volonté de cette dernière de "préserver l'image de notre organisation" .

Les partis d'opposition dont l'Alliance démocratique (DA) et les Combattants de la liberté économique (EFF) se sont unanimement félicités de cette démission. "Les personnes chargées de diriger et représenter l'Afrique du Sud doivent être à la hauteur de la tâche", a fustigé la DA.

La prochaine audience est prévue le 4 juin.

cld/blb