Afrique du Sud: l'ex-président Zuma exclu des élections à 9 jours du vote

Un partisan de l'ex-président sud-africain Jacob Zuma tient une pancarte à son effigie devant la Cour constitutionnelle, à Johannesburg, le 20 mai 2024 (Marco Longari)
Un partisan de l'ex-président sud-africain Jacob Zuma tient une pancarte à son effigie devant la Cour constitutionnelle, à Johannesburg, le 20 mai 2024 (Marco Longari)

La plus haute juridiction d'Afrique du Sud a déclaré lundi l'ex-président Jacob Zuma inéligible en raison d'une condamnation à la prison en 2021, et l'a exclu des élections prévues dans neuf jours qui pourraient marquer un recul historique de l'ANC au pouvoir depuis trente ans.

Plus de 27,5 millions de Sud-Africains sont appelés le 29 mai à élire leurs députés, qui désigneront ensuite le prochain président. Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la fin de l'apartheid, risque pour la première fois de perdre sa majorité absolue au Parlement et d'être contraint à former un gouvernement de coalition.

Les sondages attribuent plus de 8% des intentions de vote au nouveau petit parti d'opposition mené par Jacob Zuma, qui selon les experts séduit les électeurs déçus de l'ANC dans un contexte de chômage endémique et après de multiples scandales de corruption impliquant des hauts dirigeants. L'ANC tomberait aux alentours des 40% et la plus grande formation d'opposition (Alliance démocratique, DA) dépasserait les 20%.

Le toujours influent M. Zuma, 82 ans, qui n'était pas présent à la Cour, était candidat à un siège de député, tête de liste du mouvement Umkhonto We Sizwe (MK, "Lance de la nation" en zoulou).

Mais, condamné en 2021 à quinze mois de prison pour outrage à la justice après avoir refusé à plusieurs reprises de se présenter devant une commission d'enquête sur la corruption d'Etat pendant ses neuf années au pouvoir (2009-2018), son éligibilité était contestée et le débat autour de sa participation a monopolisé la campagne et nourri des craintes de troubles.

L'incarcération de l'ancien président en juillet 2021 avait été suivie, dans un climat soci-économique morose, d'une vague de violences sans précédent dans le pays depuis la fin de l'apartheid faisant plus de 350 morts. Des membres du MK ont promis "l'anarchie" si les tribunaux tourmentaient leur formation avant les élections.

Le président Cyril Ramaphosa s'est toutefois dit lundi sur une radio locale "pas préoccupé", estimant les forces de sécurité prête à faire face à "toute menace".

- "Pas hors-jeu" -

"M. Zuma a été reconnu coupable d'une infraction et condamné à une peine d'emprisonnement de plus de 12 mois", a déclaré la juge Leona Theron à la lecture de la décision de la Cour constitutionnelle. Comme prévu par la Constitution, "il ne peut être élu membre de l'Assemblée nationale, ni se présenter aux élections".

Cette décision peut encore techniquement faire l'objet d'un appel de la Commission électorale (IEC) qui avait saisi la Cour, mais ce scénario est improbable puisqu'elle a obtenu gain de cause.

Lors des dix heures de débats plus tôt en mai, Me Dali Mpofu représentant M. Zuma avait tenté de faire valoir que l'ancien président ne pouvait être considéré inéligible puisque sa peine de prison a été écourtée.

Le sulfureux leader n'avait passé qu'un peu plus de deux mois derrière les barreaux, bénéficiant d'abord d'une libération conditionnelle pour raison de santé, puis d'une remise de peine.

La haute juridiction a estimé que seule la durée de la peine prononcée est pertinente et non la durée de la peine purgée, mettant lundi un terme à la saga judiciaire entourant l'éligibilité de M. Zuma.

Fin mars, la commission électorale avait exclu Jacob Zuma du scrutin. Cette décision avait été renversée en avril par un tribunal électoral. L'IEC a finalement saisi la Cour constitutionnelle le mois dernier.

"Jacob Zuma est toujours chef du parti, Jacob Zuma figure sur le bulletin du MK et les gens voteront Jacob Zuma en nombre", a affirmé après l'audience de mardi Sihle Ngubane, secrétaire général du MK.

La photo de M. Zuma figurera en effet sur les bulletins de vote déjà imprimés mais sa candidature sera retirée des listes officielles, a précisé l'IEC.

L'ancien président, poussé à la démission en 2018 après une série de scandales et encore jugé pour corruption, a toujours bénéficié d'un fervent soutien populaire. Lundi devant la Cour à Johannesburg, quelques dizaines de partisans ont brandi des pancartes à son effigie.

"Le fait qu'il soit inéligible ne signifie pas qu'il est hors-jeu car il peut toujours faire campagne pour le MK et en être le visage", a souligné l'analyste politique Sandile Swana, ajoutant que son "parti ne perdra pas de voix pour autant".

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