Afrique du Sud : des étrangers évacués du siège du HCR dorment dans une église du Cap

Des centaines d’étrangers dorment dans une église du Cap, dans le sud-ouest de l’Afrique du Sud, depuis mercredi 30 octobre, après avoir été violemment délogés des locaux du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). Ils campaient sur place depuis début octobre, notamment pour exiger davantage de protection après la récente vague d’attaques xénophobes dans le pays. 

Des centaines de familles sont toujours abritées au sein de l’église méthodique de la place Greenmarket, dans le centre de la vieille ville du Cap, ce vendredi 1er novembre. Originaires principalement de République démocratique du Congo, de Somalie, du Burundi ou du Rwanda, elles dorment depuis mercredi 30 octobre sur les bancs de l’église, ou à même le sol. 

Vidéo envoyée par notre Observatrice jeudi 31 octobre.


La plupart de ces étrangers vivent en Afrique du Sud depuis plusieurs années. Certains sont des réfugiés, d’autres des demandeurs d’asile, ou encore de simples résidents étrangers.

Photos envoyées par notre Observatrice jeudi 31 octobre.

 

Mercredi 30 octobre, la police avait évacué de force leur campement, installé depuis le 8 octobre aux abords et dans le hall du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) du Cap.
 

Plusieurs vidéos, publiées sur les réseaux sociaux montrent ainsi des manifestants se faire frapper au sol, ou violemment agripper. Certaines montrent également une femme en partie dévêtue être emmenée par des agents, ou encore des enfants être arrachés des bras de leur mère alors que celles-ci se font interpeller.



Selon des journalistes présents sur place, les manifestants, qui refusaient de quitter l’immeuble, tapaient sur des casseroles et des bouteilles en plastique, et scandaient des slogans comme "gouvernement xénophobe" et "xénophobie policière". 



"C’est trop dangereux de rentrer chez nous"Nadine Kombi, une Congolaise arrivée en Afrique du Sud il y a douze ans, a été témoin de ces violences mercredi. Elle se trouve actuellement dans l’église, avec sa fille de 10 ans :
 

Cela faisait trois semaines que j’étais devant le HCR car ici, on nous traite comme des animaux. Nous ne sommes pas en sécurité et nous demandons à être protégés. Du coup, ma fille ne va plus à l’école depuis presque un mois. La police est arrivée vers 11 h, sans que l’on soit prévenus.

Comme nous ne voulions pas partir, ils ont utilisé du gaz lacrymogène, des canons à eau et des balles blanches pour nous évacuer. Ils ont même séparé des mamans de leurs enfants. D’ailleurs, l’un d’eux avait disparu après l’intervention, [il a depuis été retrouvé, NDLR]. Déjà auparavant, ils étaient venus pour nous intimider. Mais là, c’était vraiment de la violence. 

Nous ne voulons pas rentrer chez nous, c’est pour cela que nous sommes allés dans l’église. Moi, je vis à Philippi [un township du Cap, NDLR], et c’est trop dangereux de rentrer. Nous sommes victimes de la xénophobie. Des rumeurs disent que les Sud-africains veulent "nettoyer" leur pays.



Des familles délogées par la police mercredi 30 octobre. Photo envoyée par notre Observatrice.


Une centaine de personnes arrêtées, puis relâchées

Après cette intervention, une centaine de personnes ont été arrêtées, mais elles ont depuis été remises en liberté. Papy Sukami, président de la communauté congolaise en Afrique du Sud, en fait partie : 
 

Nous avons été placés en détention du matin au soir, jusqu’à 20 h. Cela montre bien la haine qui se développe dans ce pays envers les étrangers. Nous sommes la cible d’actes xénophobes, nous sommes discriminés dans le travail, et même dans les transports ! Beaucoup d’entre nous sommes des réfugiés : nous demandons au HCR de nous réinstaller dans un pays où nous sommes en sécurité. Nous avons déjà été reçus par le HCR, mais nous ne sommes parvenus à aucun accord.


La révérende Annie Kirke, chargée de la paix et de la justice au sein de l’église méthodique, a aussi été témoin de l’action de la police. "Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et dire que c’est la loi qui est appliquée. Nous avons vu des enfants se faire arracher des bras de leur mère, c’était hystérique. Après, nous avons dû trouver un moyen de réunir les mères et les enfants", a-t-elle expliqué dans la presse locale

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la police du Cap a envoyé un communiqué indiquant que "100 manifestants" avaient en effet été arrêtés dans le cadre de cette opération. Selon elle, il s’agissait d’appliquer une ordonnance d’évacuation qui avait été rendue en justice le 18 octobre après une plainte du propriétaire du bâtiment.

La réponse du HCR

Également contacté par notre rédaction, le HCR a précisé que ces manifestations avaient eu lieu devant ses bureaux au Cap, réunissant jusqu’à 1 000 personnes ces dernières semaines, mais aussi à Pretoria, où près de 300 personnes sont venues.


D’après le HCR, elles leur ont fait part de "leurs préoccupations concernant les délais de la procédure d’asile, les retards et les difficultés d’accès et de renouvellement de leurs papiers, ce qui a ensuite un impact sur l’accès aux services et leurs moyens de subsistance". En effet, dans ce pays qui abrite 268 000 réfugiés et demandeurs d'asile, environ "150 000 demandes d’asile" sont toujours en cours d’étude

Toujours selon le HCR, la deuxième préoccupation de ces manifestants concerne leur "sécurité personnelle, en particulier à la lumière des récentes violences envers les étrangers en août-septembre", d’où le souhait de certains d’être réinstallés. Or, la réinstallation est "un processus très complexe", qui dépend des "places offertes dans les pays de réinstallation" et des "critères définis par ces pays de réinstallation", poursuit l’organisme, qui estime qu’il ne s’agit pas d’une "option réaliste pour la plupart des réfugiés en Afrique du Sud".

Le HCR espère donc que ces personnes regagneront leur domicile, tout en s’engageant à aider celles qui souhaitent rentrer dans leurs pays d’origine.

En septembre, une vague d'émeutes xénophobes avaient secoué plusieurs villes du pays, causant la mort d'au moins 12 personnes. Des centaines de commerces et biens appartenant à des étrangers, et surtout à des Nigérians, avaient été saccagés, notamment à Johannesburg. Ces violences sont alimentées par les inégalités et le fort taux de chômage (29 %).

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