Afrique: le continent résiste à la pandémie de Covid-19

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L’épidémie de Covid-19 en Afrique ne se comporte pas comme dans le reste du monde. Même s’ils sont plus incertains, les chiffres des contaminations et de la mortalité sont très inférieurs à ceux de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Pour comprendre cette dynamique particulière de l’épidémie, les chercheurs du Nord et du Sud travaillent ensemble.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avance un chiffre de 77 000 morts sur le continent depuis le début de l’épidémie, et même si les évaluations de l’université John Hopkins sont plus élevées, autour de 112 000 décès, cela reste très inférieur ne serait-ce qu’à la France où l’on comptabilise quasiment 100 000 morts.

Une population mieux armée

Les raisons de cette faiblesse relative de l’épidémie en Afrique tiennent à une conjonction de facteurs : la démographie d’abord, car dans beaucoup de pays, les plus de 65 ans représentent environ 3% de la population, alors qu’en Europe, on est plutôt au-dessus de 25%. La population étant en moyenne plus jeune, il y a beaucoup moins de personnes vulnérables sur le continent africain, et même si le virus s’est largement diffusé, les gens sont moins malades.

Il peut y avoir également une protection par des anticorps acquis à la suite d'infections par d’autres coronavirus. D’autre part, le fait d’avoir un système immunitaire en permanence stimulé par d’autres infections fait qu’on se défend mieux, et en Europe, des populations plus « protégées » contre les maladies sont peut-être plus démunies face au coronavirus.

Enfin, un facteur important : les réponses des pays à l’épidémie – la fermeture des frontières, le contrôle des populations – se sont avérées efficaces.

Des recherches en coopération

Plusieurs programmes de recherche sont menés en coopération entre l’Institut de la recherche pour le développement (IRD) et les centres de recherche de six pays africains : le Ghana, le Cameroun, le Bénin, le Sénégal, la République démocratique du Congo et la Guinée.

Dans le cadre du projet Ariacov, financé par l’Agence française de développement, les chercheurs du Centre de recherche en infectiologie de Guinée à Conakry, de l’Institut de recherche biomédicale à Kinshasa, du Centre de recherche sur les maladies émergentes à Yaoundé, du West African Center for Cell Biology and Infectious Pathologies, au Ghana et de l’Institut de santé et développement de l’université Cheikh Anta Diop à Dakar, notamment, travaillent ensemble sur le diagnostic et le dépistage pour comprendre comment le virus se diffuse et son impact sur les populations : des enquêtes sont menées dans la population pour savoir combien de personnes ont été infectées sans le savoir.

Après la première vague, vers décembre, les chiffres de la contamination sur le continent étaient importants : 10% à 15% de la population était positive, alors qu’en France, on était à seulement entre 4% et 5%. Dans ce contexte de forte diffusion du virus, on voit que son impact est resté limité, ce qui confirme la notion de population jeune, sans forme grave du Covid-19.

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Des réactifs spécifiques pour des tests plus fiables

Pour tester la sérologie des patients, l’approvisionnement en réactifs permettant d’identifier le virus du Covid-19 a pu s’avérer compliqué en raison de la pression mondiale, mais l’IRD a pu les fournir en urgence aux laboratoires partenaires.

En revanche, les réactifs utilisés en Afrique ne sont pas forcément les plus adaptés, car ils ont été développés et testés au Nord, sur des patients qui ne sont pas au contact d’autres coronavirus présents en Afrique.

En conséquence, l’IRD a développé des tests à partir des travaux effectués sur Ebola pour déceler avec précision si une personne a été infectée par le SARS-Cov-1, le SARS-CoV-2 (Covid-19), le MERS (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient), des coronavirus hivernaux ou d’autres issus de la faune sauvage.

« Dans le cadre d’Ariacov, l’IRD a préparé ces réactifs de façon massive et les a offerts aux laboratoires partenaires afin qu’ils puissent faire un diagnostic différentiel, savoir si un patient est infecté réellement par le SARS-CoV-2 ou un autre coronavirus, car on peut avoir des réactions croisées, c’est-à-dire un test positif au Covid-19 alors que c’est un autre coronavirus », déclare Éric Delaporte, directeur de l’unité TRANSVIHMI à l’IRD de Montpellier et spécialiste des maladies infectieuses.

Des axes de recherches complémentaires

Dans le cadre de l’approche One Health (Une seule santé, en français), des recherches sont menées pour anticiper la transmission des virus de la faune vers l’humain, mais également dans l’autre sens, notamment dans le cadre du programme Ebo-Sursy – Cirad, IRD, Institut Pasteur – pour éviter de voir des populations de grands singes décimées par un virus transmis par les humains, comme cela s’est passé avec des virus de rhume très communs chez l’humain, qui ont décimé les chimpanzés d’Ouganda en 2013 et 2016.

Sachant que, pour l’instant, aucun médicament ne fonctionne contre le Covid-19, l’OMS, avec l’Africa Center for Disease Control and Prevention (Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies, en français), a mis sur pied des protocoles très solides pour une évaluation objective des remèdes à base de plantes, notamment sur l’artémisine et la gomme d’acacia.

Dans le cadre du projet Ariacov, les chercheurs en sciences sociales mènent des enquêtes sur le vécu des populations en confinement, sur les conséquences sociales des mesures sanitaires et surveillent l’apparition des fausses informations, dans l’objectif de fournir aux décideurs politiques des données leur permettant de prendre les meilleures décisions contre l’épidémie.

Concernant la dynamique de l’épidémie, les résultats d’Ariacov sur la 2e vague donneront bientôt une idée précise de sa diffusion, une donnée très utile pour les politiques vaccinales des pays concernés, car on ne commande pas le même nombre de vaccins suivant qu’il y ait 10% ou 30% de la population déjà immunisée naturellement.

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