Afghans placés sous surveillance en France: y-a-t-il eu des failles dans les rapatriements?

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Plus de 1500 Afghans ont été rapatriés en France ces derniers jours, en raison de la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan. Parmi eux, cinq personnes ont été placés sous surveillance, suspectés de liens avec la mouvance talibane.

Cinq rapatriés Afghans ont été placés sous la surveillance du renseignement français lundi, soupçonnés d'entretenir des liens avec les talibans qui ont pris le pouvoir de force en Afghanistan depuis le 15 août dernier. L'un d'eux, un homme de 30 ans placé à l'isolement à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) dans le cadre du protocole sanitaire, a été interpellé lundi, une heure après son arrivée dans le nord de Paris, alors qu'il avait interdiction de quitter la commune de Seine-Saint-Denis. 

Il a été placé en garde à vue afin d'essayer de comprendre qui il allait voir, a-t-on appris de sources concordantes. Parmi les 5 personnes sous surveillance, un homme "aurait eu un lien avec des talibans, à un moment donné, qui reste à définir", précisé Gabriel Attal mardi, rappelant que "des investigations étaient en cours".

Un cas isolé, pour le gouvernement

Depuis, la droite et l'extrême droite accusent le gouvernement de laxisme, réclament l'expulsion de ces cinq ressortissants afghans et pointent des "failles", alors que la France a jusqu'alors fait le choix d'aider ses ressortissants mais aussi les auxiliaires de l'armée française (employés d'organisations françaises ou personnalités de la société civile ciblées par les talibans en raison de leurs engagements) à sortir du pays.

"Il n'y a pas eu de faille", assure pourtant le ministre de l'Intérieur, interrogé sur sur Franceinfo. "Nous avons souhaité que la totalité des Afghans ayant quitté Kaboul passent par la base militaire française d'Abou Dhabi" pour faire l'objet de vérifications par les services de sécurité français, a-t-il expliqué. "Nous connaissons toutes les personnes qui sont arrivées sur notre sol, ramenées par l'armée française".

"Le travail du ministère de l'Intérieur, c'est de regarder toutes ces personnes, de voir si elles ont eu un lien avec une entreprise que l'on pourrait qualifier de terroriste que sont les talibans. On en a trouvé une: cette personne et ceux qui sont en contact ou que nous soupçonnons d'être en contact avec cette personne", a déclaré le ministre de l'Intérieur.

Une situation vraiment sous contrôle ?

"Aujourd'hui, ils sont surveillés par la DGSI, cela est maîtrisé par la police française et regardez hier (lundi), cette personne mise sous Micas est sortie de son champ, eh bien voilà, nous avons pu l'interpeller, le mettre en garde à vue et le surveiller physiquement", a-t-il assuré.

Même son de cloche du côté du porte-parole du gouvernement. Gabriel Attal assurait ce matin sur BFMTV que le gouvernement "ne prendra(it) pas de risques avec la sécurité des Français". "Tous les moyens sont mis pour contrôler qui vient sur notre sol", a-t-il fait valoir. Et de poursuivre dans un entretien au journal le Parisien ce même jour: "Nous avançons avec autant de méthode que possible", "mais humanité ne rime pas avec naïveté: avoir aidé la France n’est pas un blanc-seing".

"Le filtrage à Kaboul est extrêmement difficile"

Pourtant, les experts se montrent légèrement moins sereins. Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), n'a pas caché mardi sur Franceinfo qu'il existait bien un "risque d'infiltration" de proches des talibans parmi les personnes évacuées de Kaboul.

Près d'une centaine de Français et plus de 1500 Afghans ont rejoint le sol français" depuis la mise en place il y a une semaine de l'opération d'évacuation Apagan, selon le ministère des Armées. Or selon le haut-fonctionnaire, "à Roissy, les services spécialisés examinent chaque situation". "Il y a des personnes qui ont travaillé avec l'ambassade de France ou avec des ONG dont certaines peuvent être liées à la France. On a des personnes qui ont appartenu à l'ancienne administration du gouvernement afghan, mais aussi des artistes, des journalistes, des personnes qui sont (...) très en opposition aux talibans. On a beaucoup de familles et un tiers d'enfants". 

Toutefois, "le filtrage à Kaboul est extrêmement difficile aujourd'hui", souligne sur BFMTV Dominique Trinquand, ancien chef de la mission française auprès de l'ONU. "Le filtrage se fait plutôt une fois qu'on est arrivé à Abou Dhabi, et puis bien sûr en France.

"On se trouve dans une situation tout à fait exceptionnelle", partage David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques sur notre plateau. C'est selon lui "ce qui explique qu'à Kaboul, on ne soit pas en mesure d'effectuer une évaluation très précise de ceux qui souhaitent partir". "L'exfiltration se fait dans l'urgence et le criblage par le sas de la base aérienne d'Al Dhafra aux Émirats arabes avant que ces personnes n'arrivent sur le sol français".

Un travail minutieux entre les partenaires internationaux

De son côté, l'ancien adjoint du coordinateur national du renseignement Jérôme Poirot souligne que le chaos régnant à l'aéroport de Kaboul peut rendre difficile l'identification et le tri des personnes évacuées vers l'Occident.

David Rigoulet-Roze considère toutefois que les services de renseignement français ont tout intéret à réaliser ce travail "très sérieusement", car "on a en tête le spectre de 2015-2016, où des vagues migratoires avaient permis des infiltrations de personnes indésirables".

"On peut rassurer la population jusqu'à un certain point", nuance son collègue Jérôme Poirot: "Non seulement le renseignement français travaille à cribler tous les candidats à l'arrivée sur le territoire national, mais cela se fait avec un niveau de coopération considérable avec tous les services partenaires (...) à savoir des dizaines de pays partenaires de la France en matière de lutte anti-terroriste, notamment les Américains qui sont ceux qui disposent du plus d'informations sur les Afghans qui souhaitent venir en Occident". "Il y a donc des filtrages qui sont fait en temps réel, mais ça n'exclut pas qu'il y ait encore ensuite tout une série de vérifications" une fois que ces rapatriés sont arrivés sur le territoire national.

Article original publié sur BFMTV.com

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