Afghanistan: que va devenir l'aéroport de Kaboul sous le contrôle des talibans?

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Des Talibans armés sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul le 31 août 2021 - WAKIL KOHSAR / AFP
Des Talibans armés sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul le 31 août 2021 - WAKIL KOHSAR / AFP

L'aéroport de Kaboul, centre névralgique des opérations d'évacuation ces quinze derniers jours, est désormais sous contrôle des talibans après le départ du dernier avion militaire américain d'Afghanistan dans la nuit de lundi à mardi. Les événements récents ont montré que l'aéroport pouvait être l'objet d'attaques terroristes, mais il n'en reste pas moins un lieu crucial pour pouvoir continuer à évacuer les ressortissants étrangers.

Un pont aérien depuis l'aéroport avait été mis en place pour exfiltrer les ressortissants étrangers et des Afghans craignant pour leur sécurité, qui a permis d'évacuer au total 123.000 personnes en deux semaines. La chancelière allemande Angela Merkel a également rappelé mardi que l'aéroport de Kaboul était d'une "importance existentielle" pour le soutien médical et humanitaire à ce pays.

• Comment assurer la sécurité de l'aéroport?

La sécurité de cet aéroport est actuellement une préoccupation majeure. L'attaque-suicide de jeudi dernier revendiquée par l’État islamique au Khorasan (EI-K), qui a fait plus d'une centaine de morts, dont 13 soldats américains, a visé l'une des portes du complexe. Et lundi, son système de défense anti-missiles a intercepté des roquettes lancées par l'EI-K.

Michael Kugelman, expert sur l'Asie du Sud au cercle de réflexion Wilson Center à Washington, estime qu'une présence sécuritaire étrangère est indispensable pour garantir le retour des compagnies aériennes étrangères, et qu'un accord est encore possible. "Vous avez affaire à un environnement très volatile en terme de sécurité", a-t-il expliqué à l'AFP. La Turquie avait proposé de se charger de la sécurité de l'aéroport, mais les talibans ont toujours répété qu'ils n'accepteraient aucune présence militaire étrangère au-delà du 31 août.

"Nos combattants et nos forces spéciales sont capables de contrôler l'aéroport et nous n'avons besoin de l'aide de personne pour la sécurité et le contrôle administratif de l'aéroport de Kaboul", a déclaré lundi à l'AFP un porte-parole des talibans, Bilal Karimi.

Le ministre qatarien des Affaires étrangères, Sheikh Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, a déclaré au Financial Times que son pays essayait de convaincre les talibans d'accepter de l'aide étrangère. "Ce que nous tentons de leur expliquer, c'est que la sécurité d'un aéroport implique beaucoup plus de choses que de simplement en sécuriser les périmètres", a-t-il dit.

• Qui assurera la logistique de l'aéroport?

Le porte-parole du Département d’État, Ned Price, a déclaré vendredi que du point de vue américain, l'aéroport était désormais rendu "aux Afghans", donc "ce n'est pas à nous de décider" a-t-il souligné, interrogé sur la gestion future de ce lieu. "Ce qui arrive à l'aéroport après le 31 août ne dépend pas de nous", a-t-il également déclaré.

Ces dernières semaines, l'Otan a joué un rôle clé, son personnel civil se chargeant du contrôle aérien, du ravitaillement en carburant et des communications. Angela Merkel a également déclaré dans une conférence de presse que l'Allemagne était prête à fournir une assistance technique pour que l'aéroport reste opérationnel, afin notamment que l'aide humanitaire puisse continuer à transiter.

Comme pour la sécurité, des discussions ont eu lieu avec la Turquie afin qu'elle fournisse son assistance technique. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a indiqué que son pays discutait avec les talibans. Mais avec l'insistance des islamistes à s'occuper de la sécurité, il a ensuite semblé abandonner l'idée. "Disons que vous prenez en main la sécurité, mais s'il y a un nouveau bain de sang là-bas, que dirons-nous au monde?", a-t-il déclaré.

• Va-t-il fermer?

Le temps que soient règlées ces questions, il est également possible que l'aéroport ferme ses portes. "La gestion d'un aéroport n'est pas une affaire simple", a déclaré le porte-parole Ned Price, ajoutant qu'avec "le départ de l'armée américaine d'ici le 31 août, il est probablement déraisonnable de s'attendre à ce qu'il y ait des opérations normales à l'aéroport le 1er septembre".

Le secrétaire d'État Anthony Blinken avait assuré la semaine dernière que les Talibans avait "clairement" déclaré qu'ils voulaient conserver un aéroport fonctionnel. "Nous et le reste de la communauté internationale avons également un grand intérêt à cela, principalement dans le but de nous assurer que quiconque souhaite partir le puisse après le 31 en utilisant cet aéroport". Mais il a ouvert la possibilité dans son discours à la fermeture du lieu pendant "un certain temps".

• Dans quel état se trouve l'aéroport?

Des responsables américains ont reconnu que l'aéroport était dans un mauvais état, l'essentiel de son infrastructure de base ayant été endommagée ou détruite. Un pilote a indiqué à l'AFP que le bâtiment du terminal passagers avait été saccagé par les personnes qui avaient pris d'assaut l'aéroport dans les heures de confusion extrême qui ont suivi la prise de pouvoir par les talibans.

La tour de contrôle pour le trafic passager devra aussi être remplacée avant que les vols commerciaux puissent faire leur retour. Les deux pistes d'envol restent encore utilisables, comme l'ont prouvé ces deux semaines d'évacuations, mais ne sont pas non plus dans le meilleur des états.

• Les vols commerciaux reprendront-ils?

Si les talibans ont insisté sur le fait qu'ils entendent garder ouvert l'aéroport civil, sans de réelles garanties sécuritaires, les compagnies commerciales ne viendront pas à Kaboul. "Il y a toutes sortes d'alarmes qui devraient sonner pour les compagnies commerciales et j'imagine qu'elles ne seront pas très confortables à l'idée d'aller dans cet aéroport", explique Michael Kugelman. Une "parfaite tempête de risques" est à attendre selon lui.

Avoir un aéroport opérationnel permettrait aux talibans d'améliorer leur image sur la scène internationale. Mais il est probable que tout cela prenne du temps.

"Si les talibans cherchent à obtenir la reconnaissance et la légitimité des gouvernements du monde entier, alors ils doivent avoir un aéroport qui marche, où la sécurité est assurée, et en lequel on puisse avoir confiance", ajoute Michael Kugelman.

• Les Afghans seront-ils autorisés à quitter le pays?

Les talibans ont insisté sur le fait que les Afghans disposant d'un passeport et d'un visa seraient libres d'aller et venir. Nombre d'Afghans et d'observateurs émettent toutefois des doutes sur cette promesse des talibans, ainsi que sur leur engagement à ne pas s'en prendre à ceux qui ont travaillé pour l'ex-gouvernement ou les forces étrangères.

Il y a également de fortes chances que les Afghans qui n'ont pas réussi à monter à bord d'un des vols d'évacuation ces deux dernières semaines soient désormais trop effrayés pour se rendre de nouveau à l'aéroport, selon Michael Kugelman. "Pour nombre d'entre eux, qui ont déjà des raisons de craindre les talibans, la perspective de tenter de fuir le pays via un aéroport contrôlé par les talibans n'est pas une pensée très agréable", a déclaré l'expert.

Selon l'ONG Action contre la faim, en Afghanistan, "la moitié de la population – 18 millions de personnes – a besoin d’aide humanitaire", qui transite en bonne partie par l'aéroport de Kaboul. "Cet aéroport est d'une importance existentielle pour l'Afghanistan car sans lui, aucune aide médicale ou humanitaire ne peut parvenir, ce qui signifie qu'il est aussi de la plus haute importance pour l'action des Nations unies", a également déclaré la chancelière allemande lors d'une conférence de presse.

Article original publié sur BFMTV.com

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