Afghanistan: les talibans interdisent désormais les salles de gym et bains publics aux femmes

Afghanistan: les talibans interdisent désormais les salles de gym et bains publics aux femmes
Sarah, 20 ans (à gauche), échange avec sa soeur Fatima, 19 ans, à Charikar, en Afghanistan, le 15 octobre 2022 - Wakil KOHSAR / AFP
Sarah, 20 ans (à gauche), échange avec sa soeur Fatima, 19 ans, à Charikar, en Afghanistan, le 15 octobre 2022 - Wakil KOHSAR / AFP

Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont restreint très fortement les droits et libertés des femmes. Les écoles secondaires pour filles ont notamment été fermées.

Les gymnases et les bains publics sont désormais également interdits aux femmes afghanes, a-t-on appris ce dimanche auprès des autorités talibanes qui avaient déjà annoncé récemment leur exclusion des parcs et jardins de la capitale.

"Les salles de sport sont fermées aux femmes parce que leurs entraîneurs étaient des hommes et que certaines (des salles) étaient mixtes", a déclaré ce dimanche Mohammad Akif Sadeq Mohajir, porte-parole du ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu.

Il a également ajouté que les "hammams", bains publics où traditionnellement hommes et femmes sont séparés, sont aussi interdits à ces dernières.

"Actuellement, chaque maison a une salle de bain, donc cela ne pose aucun problème aux femmes" pour se laver, a-t-il ajouté.

"Les femmes sont emprisonnées entre les quatre murs de leur maison"

Pour Sana, 23 ans, étudiante à l'université, l'explication est différente: "La principale raison de la fermeture des portes des parcs, des gymnases et des hammams réside dans l'idéologie anti-femmes des talibans".

"L'Afghanistan d'aujourd'hui s'est transformé en un donjon pour les femmes. Ils veulent envoyer les femmes dans un trou noir. Aujourd'hui, avec la fermeture de ces installations, elles sont emprisonnées entre les quatre murs de leur maison", a dénoncé l'étudiante.

Retour du voile intégral et écoles secondaires fermées aux filles

En dépit de leurs promesses de se montrer plus souples à leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans sont largement revenus à l'interprétation ultra-rigoriste de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir (1996-2001), restreignant très fortement les droits et libertés des femmes.

Les écoles secondaires pour filles ont été fermées et ils ont ordonné qu'elles portent le voile intégral. Exclues de la plupart des emplois publics, les femmes sont aussi empêchées de voyager seules en dehors de leur ville. En début de semaine, les talibans ont aussi annoncé qu'elles n'avaient plus le droit de fréquenter les parcs et jardins de Kaboul.

"J'ai été dans des parcs et des hammams de nombreuses fois, j'étais joyeuse", a déclaré Fatima, 19 ans. "Je n'ai jamais pensé que ma présence dans les hammams ou les salles de sport pouvait être un problème pour qui que ce soit".

Des restrictions croissantes

Un clip vidéo circulant sur les médias sociaux - qui n'a pas pu être vérifié immédiatement - montre un groupe de femmes, dos à la caméra, déplorant l'interdiction des salles de gym. "C'est une salle de sport réservée aux femmes. Les professeurs et les entraîneurs sont tous des femmes", déplore l'une d'elles.

"Vous ne pouvez pas tout nous interdire", ajoute la jeune femme, la voix brisée par l'émotion.

Selon les militants, les restrictions croissantes imposées aux femmes visent à les empêcher de se rassembler pour organiser l'opposition au régime des talibans.

Des manifestations éclair

De petits groupes de femmes ont organisé plusieurs manifestations éclair à Kaboul et dans d'autres grandes villes, au risque de s'attirer les foudres des responsables talibans. Ces rassemblements sont généralement dispersés avec brutalité et des participantes arrêtées.

Au début du mois, les Nations unies ont exprimé leur "inquiétude" après que les talibans ont perturbé une conférence de presse organisée dans la capitale par une organisation de femmes. Les participantes ont été soumises à des fouilles corporelles et l'organisatrice de l'événement ainsi que plusieurs autres personnes ont été arrêtées.

Article original publié sur BFMTV.com

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