Les Taliban contrôlent la principale route reliant l'Afghanistan au Tadjikistan

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Selon plusieurs sources locales, les Taliban contrôlaient mardi l'axe stratégique reliant l'Afghanistan à la frontière tadjike dans le nord-est, après avoir paralysé la ville de Kunduz. Depuis le début du retrait des forces américaines, les insurgés multiplient leurs offensives dans presque toutes les provinces afghanes et encerclent plusieurs grandes villes.

Les Taliban ont pris, mardi 22 juin, le contrôle de la principale route de sortie de l'Afghanistan vers le Tadjikistan, un axe névralgique dans les relations économiques avec l'Asie centrale, en plein retrait des forces américaines. La veille, ils avaient encerclé la ville clé de Kunduz, située sur cet axe, accentuant leur pression sur les forces gouvernementales contraintes d'abandonner plusieurs districts, selon des sources locales.

Les insurgés tiennent désormais le poste-frontière le plus important avec le Tadjikistan et les autres voies de passage en direction du Tadjikistan, ainsi que les districts qui conduisent à Kunduz, distante d'une cinquantaine de kilomètres, ont dit plusieurs responsables locaux à l'AFP.

Le porte-parole des insurgés, Zabihullah Mujahid, a affirmé à l'AFP qu'ils "étaient en train de rétablir une situation normale" à la frontière. Il a aussi souhaité "rassurer" le Tadjikistan : "Nous ne lui voulons aucun mal et nous allons garder la frontière côté afghan", a-t-il insisté.

Kunduz encerclée "après une semaine de combats intenses"

Face à la progression éclair des Taliban dans le nord, le ministère de la Défense afghan a procédé la nuit dernière à l'envoi en renfort à Kunduz de centaines d'hommes, pour la plupart issus des commandos des forces spéciales, a assuré un responsable.

À 50 km de la frontière, cette capitale provinciale déjà tombée deux fois, en 2015 et 2016, aux mains des insurgés est maintenant encerclée. "La situation est inquiétante dans Kunduz. Les combattants talibans sont aux portes de la ville et ils affrontent l'armée", a indiqué à l'AFP Amruddin Wali, membre du conseil provincial.

"Ce matin, ils ont pris le contrôle du pont d'Achin [au nord de la ville, NDLR] et bloquent les accès à Kunduz" depuis la frontière avec le Tadjikistan, au nord et sur l'axe principal menant à Kaboul, vers le sud, a poursuivi Amruddin Wali. "Les forces afghanes se sont retirées. Les Taliban ont pris position sur la route principale et ne laissent passer que les civils", a-t-il ajouté.

Ces informations ont été confirmées au correspondant de l'AFP sur place par une source sécuritaire refusant d'être nommée. Selon cette source, les forces de sécurité afghanes ont perdu trois districts dont elles se sont retirées "après une semaine de combats intenses".

Inquiétude de l'ONU face à la progression militaire des Taliban

Les Taliban multiplient leurs offensives sur le terrain depuis le début du retrait des forces américaines début mai. Le Pentagone a laissé entendre lundi que ces opérations pourraient être volontairement ralenties pour faire face à ces attaques – tout en respectant la date-butoir du 11 septembre pour un départ complet.

Selon les termes de l'accord signé avec les insurgés en février 2020 à Doha, les Américains ne recourront à la force aérienne que si les insurgés menacent les villes principales.

"Les récentes percées" militaires des Taliban en Afghanistan sont "préoccupantes", a affirmé de son côté mardi la représentante du Conseil de sécurité de l'ONU dans ce pays, Deborah Lyons, en jugeant que leur positionnement vise à s'emparer des capitales provinciales. "Plus de 50 des 370 districts afghans sont tombés depuis début mai. La plupart des districts qui ont été pris entourent les capitales provinciales, ce qui suggère que les Taliban se positionnent pour essayer de prendre ces capitales une fois que les forces étrangères seront complètement retirées", a-t-elle estimé.

Les États-Unis ont, pour leur part, appelé mardi les belligérants à "cesser" les violences, dont ils jugent les Taliban largement "responsables", trois jours avant une visite du président afghan Ashraf Ghani à la Maison Blanche. "Nous exhortons les parties à s’engager dans des négociations sérieuses pour définir une feuille de route politique pour l’avenir de l’Afghanistan", a déclaré le porte-parole du département d’État américain Ned Price à la presse.

Sur le terrain, l'armée afghane est assaillie de toutes parts, en particulier dans les provinces du nord, Kunduz, Baghlan, Badakhshan, Faryab, Maimana, et perd du terrain à un rythme alarmant. Elle a récemment subi de lourdes pertes et a été contrainte d'abandonner des avant-postes assiégés dans des zones reculées.

Les Taliban sont aujourd'hui présents dans presque toutes les provinces afghanes et encerclent plusieurs grandes villes, comme ils l'avaient fait dans les années 1990 pour s'emparer de la quasi-totalité du pays et installer un régime islamique autoritaire, chassé par l'intervention américaine en 2001. Le sud est déjà largement sous contrôle taliban à l'exception des grandes villes.

Un responsable taliban a réaffirmé dimanche la volonté d'instaurer "un authentique régime islamique par la négociation", mais les pourparlers interafghans entamés en septembre dernier à Doha avec le gouvernement sont au point mort.

Avec AFP

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