Afghanistan: les survivants de la mosquée de Kunduz racontent la terreur et l'effroi

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L'imam venait d'exhorter les fidèles à s'exclamer "Allah akhbar" (Dieu est le plus grand) quand Abbas se souvient avoir entendu un "son terrible" avant d'être jeté à terre.

"Je n'avais jamais entendu un fracas pareil" raconte à l'AFP le jeune homme de 24 ans, couché dans son lit d'hôpital à Kunduz, grande ville du Nord afghan.

C'était l'explosion du gilet piégé que le kamikaze a déclenchée dans la foule lors de la grande prière du vendredi à la mosquée chiite de Gozar-e-Sayed, tuant des dizaines de fidèles.

Mais malgré le traumatisme et les blessures, Abbas s'est juré de ne pas abandonner sa tâche de muezzin et de Qari (récitant du Coran) à la mosquée.

L'attaque de vendredi, qui a tué une centaine de fidèles, selon des habitants, est la dernière en date d'une série visant la communauté chiite, minoritaire en Afghanistan et qualifiée d'hérétique pas les extrémistes sunnites, notamment la branche afghane du groupe Etat islamique (IS-K) qui a revendiqué l'attentat.

Après avoir réalisé qu'il était blessé à la jambe, Abbas a rampé jusqu'à un mur de la salle octogonale.

"J'avais peur qu'il y ait une seconde explosion donc, avec d'autres, nous nous sommes jetés par la fenêtre", a-t-il raconté. Il a ensuite été emmené à l'hôpital en rickshaw (tricycle motorisé).

- 'Sous pression'-

Dans la salle du service d'orthopédie, sous des draps bleus, des bandages sur sa jambe et son bras droit blessés par des éclats, il décrit les auteurs de l'attaque comme "pires que des animaux".

"La mosquée est le lieu où tout musulman doit pouvoir aller et prier", tranche-t-il.

"Les terroristes qui veulent semer la discorde parmi nous ou veulent que nous abandonnions notre foi doivent savoir que leur souhait ne se réalisera pas et que nous continuerons jusqu'à la mort".

Dimanche, l'hôpital régional Azizullah Safar soignait encore 16 patients, ont indiqué les médecins.

Des infirmières, certaines portant des voiles à motifs fleuris, s'occupent des blessés reliés à des perfusions et à des moniteurs de fréquences cardiaques.

Depuis leur prise du pouvoir à la mi-août, les talibans ont imposé des restrictions aux femmes dans le monde du travail, mais, selon Nuriya Ahmadi, infirmière au service de soins intensifs depuis cinq ans, le personnel des soins intensifs n'a pas rencontré de problèmes pour l'instant.

"Dans ce service, il y a une section réservée aux femmes et deux autres aux hommes", dit-elle, et si certains soins sur les hommes ne peuvent être réalisés que par des membres masculins du personnel, mais en général "on continue de travailler comme avant".

Face à l'afflux de victimes, comme ce fut le cas lors de l'attentat contre la mosquée, "nous utilisons toutes nos ressources", explique à l'AFP le Dr Ghulam Rabbani Sherzai, un médecin de l'hôpital, si trop de patients arrivent en même temps, nous n'avons pas les installations suffisantes".

- 'Mes amis ont péri' -

Face à des victimes, grièvement blessées et traumatisées, le personnel soignant est lui aussi touché psychologiquement.

"Les patients dans un état grave affectent notre santé mentale, particulièrement ceux qui sont emmenés après ce genre d'incidents", explique l'infirmière Nuriya Ahmadi à l'AFP. Mais "nous faisons notre possible pour remplir notre devoir envers eux".

Le Dr Ghulam confirme: "un médecin est aussi un humain. Nous sommes tristes, car ce sont nos compatriotes".

Parmi les patients hospitalisés se trouve un garçon d'à peine dix ans. Couché sur un lit à côté de son père Mohammad Jawad, Ali Akhbar a la jambe cassée et se souvient seulement de "beaucoup de fumée et de feu".

Soigné dans la même salle, Sayed Jawad, 19 ans, souffre de brûlures sur tout le corps, de blessures à la poitrine et l'abdomen et de fractures de la jambe.

"Je suis heureux d'avoir survécu", dit-il, "mais beaucoup de mes amis ont péri".

Saber, 16 ans, se souvient avoir rejoint ses amis à la mosquée avant que "le feu frappe nos têtes et nos visages".

L'adolescent a perdu plusieurs amis et un oncle dans l'explosion, et pense qu'il a eu la vie sauve car il se trouvait sur le côté de la pièce.

"Mon ami est allé à la mosquée un peu plus tôt que moi et s'est assis dans le coin gauche", raconte Saber.

"Je suis allé m'assoir à côté de lui. Sans lui, si je m'étais assis au milieu, je ne serais peut-être plus en vie".

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