Que sait-on de la branche afghane de l'État islamique, qui a revendiqué l'attentat de Kaboul?

·3 min de lecture
Un combattant taliban monte la garde sur le site d'un attentat meurtrier commis la veille, à l'aéroport de Kaboul le 27 août 2021 - WAKIL KOHSAR © 2019 AFP
Un combattant taliban monte la garde sur le site d'un attentat meurtrier commis la veille, à l'aéroport de Kaboul le 27 août 2021 - WAKIL KOHSAR © 2019 AFP

Au moins 85 personnes sont mortes, dont treize soldats américains et des centaines ont été blessées lors de l'attaque-suicide qui a frappé l'un des points d’accès à l’aéroport de Kaboul ce jeudi. L'attentat a été rapidement revendiqué par la filiale afghane du groupe État islamique, l'"ISIS-K". Que sait-on de cette filiale? BFMTV.com fait le point.

Rejoint par des Afghans déçus des tablibans

Peu après la proclamation par l'État islamique (EI) d'un "califat" en Irak et en Syrie, en 2014, d'anciens membres du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP, les talibans pakistanais) ont proclamé leur allégeance au chef du groupe, Abou Bakr al-Baghdadi. Ils ont ensuite été rejoints par des Afghans déçus par les talibans et ayant fait défection. Début 2015, l'EI a officiellement reconnu la création de sa province (wilaya) du Khorasan.

Le Khorasan, qui donne son nom à "ISIS-K", l'appellation anglophone du groupe terroriste, est l'ancien nom donné à une région qui englobait des parties de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Iran et de l'Asie centrale actuels. L'ISKP (État islamique Province du Khorasan) a établi sa tête de pont en 2015 dans le district montagneux d'Achin, dans la province orientale de Nangarhar, la seule où il parviendra à s'implanter durablement avec celle voisine de Kunar.

Partout ailleurs, le groupe s'est heurté aux talibans, même s'il a réussi à former des cellules dormantes autre part en Afghanistan, notamment dans la capitale, et au Pakistan, selon les Nations unies. Les dernières évaluations de ses effectifs varient d'un minimum de 500 à quelques milliers de combattants, selon un rapport du Conseil de sécurité de l'ONU paru en juillet.

Attaques meurtrières en Afghanistan et au Pakistan

Malgré un ancrage en perte de vitesse, l'ISKP a revendiqué certaines des attaques les plus meurtrières commises ces dernières années en Afghanistan et au Pakistan. Il a massacré des civils dans des mosquées, des hôpitaux et dans d'autres lieux publics.

Le groupe a surtout ciblé des musulmans qu'il considère comme hérétiques, en particulier les chiites. En août 2019, il a ainsi revendiqué un attentat contre des chiites à un mariage à Kaboul, dans lequel 91 personnes ont été tuées.

Il a aussi été fortement soupçonné d'avoir été derrière une attaque en mai 2020 contre une maternité d'un quartier majoritairement chiite de la capitale qui a coûté la vie à 25 personnes, dont 16 mères et des nouveaux-nés.

Dans les provinces où il s'est implanté, sa présence a laissé des traces profondes. Ses hommes ont tué par balle, décapité, torturé et terrorisé des villageois et laissé des mines partout.

Ennemis des talibans

Même si l'EI et l'ISKP partagent une lecture rigoriste de l'islam, les deux groupes sunnites radicaux ont de fortes divergentes à la fois stratégiques et théologiques. Alors que les talibans s'inscrivent dans une logique nationale, l'EI veut imposer le djihad sur le plan international. Signe de la forte inimitié qui les oppose, l'EI a qualifié les talibans d'apostats dans des communiqués.

L'EI s'était notamment montré très critique à l'égard de l'accord de retrait des troupes américaines et étrangères d'Afghanistan conclu en février 2020 à Doha entre Washington et les talibans, accusant ceux-ci d'avoir renié la cause djihadiste. Après leur entrée dans Kaboul et leur prise du pouvoir le 15 août, les talibans ont reçu les félicitations de plusieurs groupes djihadistes, mais pas de l'EI.

Le même jour, alors les talibans se sont emparés de la prison de Pul-e-Charkih dans l'est de Kaboul, ils ont libéré des milliers de prisonniers. Les hommes de l'EI, quant à eux, ont été transférés dans vers une autre prison, et l'un des dirigeants du groupe a été exécuté sur place par ceux qui règnent désormais en maîtres à Kaboul.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles