Afghanistan : retour sur un an d’intox autour de l’arrivée au pouvoir des Taliban

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Il y a un an, le 15 août 2021, la ville de Kaboul tombait aux mains des Taliban. Cet événement a été accompagné pendant plusieurs semaines de très nombreuses fausses informations diffusées sur les réseaux. Retour en image sur ces intox mêlant critique du départ de l’armée américaine, soutien aux nouveaux maîtres du pays, et dénonciation de violences.

Le 15 août 2021, soit un peu plus d’un mois seulement après l’annonce officielle du retrait de l’armée américaine, les Taliban reprenaient la ville de Kaboul et ainsi le pouvoir en Afghanistan. Sur les réseaux sociaux, cette prise du pays a entraîné la diffusion de très nombreuses fausses informations.

Parfois partagées dans le but de vanter la victoire des Taliban, de critiquer le départ de l’armée américaine, ou encore de faire croire à des exactions en utilisant d’anciennes images, ces publications ont été massivement diffusées en août et septembre 2021 avant de se raréfier dans le courant de l’année 2022.

De fausses images utilisées pour vanter la victoire des Taliban

A Kaboul, la journée du 15 août 2021 a été marquée, entre autres, par le départ précipité de Ashraf Ghani. Quelques jours seulement après avoir dénoncé le départ de l’armée américaine, celui qui était alors encore président de l’Afghanistan a finalement fui la capitale avant que celle-ci ne tombe aux mains des Taliban.

Ce départ, ainsi que celui d’autres membres du gouvernement afghan de l’époque, et surtout celui de l’armée américaine, ont été accompagnés de l’utilisation d’images sorties de leur contexte. Par exemple, dès le 15 août, plusieurs comptes Twitter ont partagé une vidéo sur laquelle on aperçoit Ashraf Ghani embarquant dans un avion.

Ces images avaient en fait été tournées le 15 juillet 2021, lorsque l’ex-président afghan partait assister à une conférence intitulée "Asie centrale et du Sud : Connectivité régionale, opportunités et défis", qui se tenait le lendemain à Tashkent, en Ouzbékistan.

Aux alentours du 20 septembre 2021, des comptes pro-talibans ainsi que plusieurs médias afghans ont ensuite partagé des images censées prouver que Amrullah Saleh, ancien vice-président d'Afghanistan, aurait “volé de l’argent appartenant au peuple afghan”, avant de fuir le pays. En réalité, ces photographies prises dans une banque des Emirats arabes unis sont antérieures à avril 2020.

En France, certains utilisateurs des réseaux sociaux se sont alarmés suite à la diffusion d’une vidéo montrant plusieurs Taliban posant fièrement devant des blindés militaires. À l’image du député français Eric Ciotti, ces utilisateurs ont affirmé qu’il s’agissait de tanks laissés par l’armée américaine qui auraient ensuite été récupérés par les Taliban. Il s’agissait en fait d’images tournées devant des chars abandonnés datant de l’époque soviétique.

Les femmes afghanes visées par des intox

En Afghanistan, le retour au pouvoir des Taliban a rapidement entraîné la multiplication de privations de liberté et de violences visant les femmes afghanes. La dernière en date étant la répression d’une manifestation organisée le 13 août 2022 dans les rues de Kaboul par des femmes militant pour leurs droits au travail et à l’éducation.

Mais au cours des mois d’août et de septembre 2021, plusieurs publications ont diffusé sur les réseaux sociaux des fausses images censées représenter ces privations de liberté. Par exemple, plusieurs comptes ont partagé des photographies montrant des femmes afghanes enchaînées dans les rues de Kaboul. Il s’agissait en réalité de photomontages et d’anciennes images sorties de leur contexte.

D’autres comptes ont également affirmé, vidéo à l’appui, que des femmes réduites en esclavage auraient été vendues aux enchères dans les rues de Kaboul. Il s’agissait en réalité d’images prises lors d’une manifestation organisée à Londres en octobre 2014 par des activistes kurdes dénonçant le trafic d’êtres humains mené par l’organisation État islamique.

De fausses images de persécutions

Enfin, d’autres comptes se sont indignés suite à la diffusion de plusieurs images censées démontrer l’ampleur des persécutions et des restrictions imposées par les Taliban à l’ensemble de la population afghane.

Il s’agit notamment d’une vidéo, publiée au début du mois de septembre 2021, sur laquelle on aperçoit des personnes emballées sous plusieurs couches de plastique. Ces images ne montraient pas des chrétiens persécutés par des Taliban. Elles ont été tournées lors d’une performance artistique et politique organisée en mai 2021 en Colombie.

Plus tard, en janvier 2022, des internautes ont affirmé que les Taliban avaient interdit la possession de téléphone portable. Cette fausse information était accompagnée d’une vidéo montrant des hommes en armes piétinant des centaines de téléphones. En réalité, il s’agissait d’une vidéo tournée à Karachi au Pakistan, alors que les autorités du pays détruisaient, le 29 décembre 2019, des téléphones de contrebande.

Quelles conséquences de ces intox ?

Si la diffusion de fausses informations s’est raréfiée depuis le début de l’année 2022, elles ne sont pas sans conséquence. Comme l’explique le site Southasianvoices.org, site internet d’analyse stratégique sur l'Asie du Sud basé aux États-Unis, la diffusion de ces fausses informations profite aux Taliban. Le site écrit notamment :

“Les fausses informations sur les abus des Taliban détournent l'attention de leurs abus réels, qui ont continué à proliférer depuis leur prise de pouvoir. [...] Le vide d'information qui entraîne cette vague de désinformation donne aux Taliban une couverture pour mener des activités plus violentes. [...]

Des informations fausses ou non confirmées axées sur le comportement des Taliban - comme par exemple la prétendue menace de lancer une offensive dans le Panjshir - compliquent les efforts pour avoir une idée précise du bilan des Taliban.

Ces considérations s'appliquent également aux pays donateurs plus largement, en particulier en Occident : ils voudront avoir une idée plus claire du bilan des talibans avant de décider d'augmenter considérablement l'aide financière qui va au-delà de l'aide humanitaire. Mais avec tant d'informations erronées, il ne sera pas facile de rassembler les informations nécessaires à cette évaluation.”