Afghanistan: la prise de pouvoir des talibans raconté par Sadiqa Madadgar

·4 min de lecture

AFGHANISTAN – Le retrait militaire des Américains s’est achevé 24 heures avant la date butoir fixée par Joe Biden au 31 août. Comme des milliers de femmes et d’hommes en Afghanistan, la chanteuse Sadiqa Madadgar n’a pas pu quitter son pays. Depuis un lieu sûr et secret à Kaboul, elle raconte au Huffpost ces jours de chaos et sa lutte pour sa survie.

Le jour de la prise de pouvoir des talibans est gravé dans la mémoire de cette jeune femme de 22 ans. “Quand c’est arrivé, j’étais en train de faire du vélo dans les rues de Kaboul, comme tous les dimanches. J’ai pensé que ça n’allait durer que quelques jours et que le gouvernement allait reprendre le pouvoir, mais ce n’est pas arrivé”, se souvient-elle.

En quelques jours, les forces armées afghanes se sont effondrées et les talibans ont imposé leur régime. Et dès lors, dans la capitale, les rumeurs circulent. “Je crois que c’était le troisième jour, les gens disaient que les talibans fouillaient les maisons. Quand j’ai appris ça, mon cœur s’est arrêté net. Je suis une chanteuse connue, tout le monde sait où j’habite. Je n’ose pas imaginer ce qu’ils m’auraient fait s’ils m’avaient trouvée”, confie Sadiqa Madadgar.

Afghane d’origine ayant grandi au Pakistan entourée de ses six frères et deux sœurs, Sadiqa Madadgar est une self-made woman. Elle décide de revenir en Afghanistan seule lorsqu’elle termine le lycée et s’inscrit dans une université de musique. En 2018, elle participe au télé-crochet “Afghan Star”, décroche une place en finale et se fait remarquer avec sa voix puissante.

Dix jours consécutifs dans le chaos et l’enfer de l’aéroport de Kaboul

Après le choc initial, l’artiste afghane remplit une valise “pour survivre quelques jours” et commence à se déplacer entre différents lieux secrets. Elle ne sort que pour se rendre à l’aéroport de Kaboul. “Le premier jour, je n’en croyais pas mes yeux. Il y avait tellement de monde devant les portes qui voulait rentrer, des gens sans document, ni passeport, ni visa, ni carte d’identité. Parfois, juste avec un permis de conduire. Ils voulaient tous quitter le pays. Et dans la foule, il y avait moi.”

Des tentatives de départ que la jeune femme répétera dix jours consécutifs, passant même une nuit sur place. Sans succès. “C’était une situation très compliquée, en y repensant j’ai envie de pleurer. Je ne peux pas l’expliquer avec des mots. raconte-t-elle pudiquement. C’étaient les pires moments de ma vie. J’ai dû m’asseoir au sol, des gens m’ont mordue, des gens m’ont frappée, ils étaient violents avec moi.”

La chanteuse ne réussira jamais à passer les portes de l’aéroport. Le jour du départ des soldats américains, Sadiqa Madadgar a entendu les célébrations des talibans, à coup de feu et d’artifices, depuis sa fenêtre “J’ai cru que c’était le début d’une guerre”, indique-t-elle.

Pour les talibans, la musique est “haram”, la musique est un crime

Avant cette prise de pouvoir, Sadiqa Madadgar publiait chaque jour des posts sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, Instagram et sur sa chaîne Youtube, elle partageait son quotidien, parlait de maquillage et livrait les coulisses de sa vie de chanteuse. Une activité professionnelle qu’elle ne pourra plus exercer.

“Ils sont contre la musique. Selon eux, la musique est ‘haram’, la musique est interdite, la musique est un crime. Surtout si vous êtes une femme. Une femme ne devrait pas chanter, une femme ne devrait pas être une artiste”, dénonce-t-elle.

Depuis plusieurs jours, la jeune femme a reposté du contenu sur ses comptes. Elle montre son visage, en photos et vidéos, et s’exprime sans censure sur les talibans. “Je le fais pour ne pas perdre espoir et parce que je veux que le monde voit ce qu’il se passe en Afghanistan”, dit-elle.

Pour s’enfuir d’Afghanistan, Sadiqa Madadgar devra désormais passer par les routes et tenter de rejoindre des pays frontaliers plus sûrs. Elle veut “continuer son combat et devenir la voix des femmes afghanes”. Bien qu’elle soit en contact avec plusieurs ambassades, elle ne sait pas quand ni où elle sera à nouveau libre.

“Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être en prison, j’ai l’impression d’être brûlée vive. Voilà ce que je ressens. Ils ont volé ma liberté, et lorsque vous prenez la liberté de quelqu’un vous le tuez. Oui je respire, mais je ne peux rien faire. Je ne peux pas me montrer, je ne peux pas exprimer mes idées, je ne peux pas être moi.”

À voir également surLe Huffpost: À Kaboul, le visage des femmes défiguré dans les salons de beauté

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI:

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles