Afghanistan: mobilisation des ex-interprètes de l’armée américaine

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Ils étaient entre 150 et 200 ex-interprètes afghans de l’armée américaine réunis ce jeudi 10 juin dans un gymnase à Kaboul pour alerter sur leur sort alors que les troupes américaines quittent progressivement l’Afghanistan. Le retrait total des soldats américains aurait même été avancé au mois de juillet au lieu de septembre. L’association ALBA, Afghans Left Behind Association- L’Association des Afghans abandonnés, qui compte près de 500 adhérents, appelle les États-Unis à évacuer les anciens interprètes et employés des forces américaines en Afghanistan par crainte de représailles des talibans. Ces derniers ont assuré dans un communiqué lundi qu’ils ne leur feraient aucun mal s’ils se repentissent. Une déclaration à laquelle les ex-interprètes des armées étrangères en Afghanistan n’accorde aucune confiance.

Avec notre correspondante à Kaboul, Sonia Ghezali

« Joe Biden aidez-nous », « Les gars, nous vous avons aidés », « C’est votre tour ». Certains ex-interprètes ont dissimulé leurs visages derrière des lunettes de soleil et des châles. Tous ici ont travaillé pour l’armée américaine et ont eu leur demande de visa pour les États-Unis rejetée.

« Une fois que les troupes américaines et de l’Otan partiront d’Afghanistan, je suis sûr que le gouvernement s’effondrera face aux talibans, confie Omid Mahmoodi. Nous demandons au gouvernement américain, s'il vous plaît, lancez un plan d’évacuation aussi vite que possible. Ils doivent au moins nous envoyer dans un pays tiers. Nous demandons à être en sécurité, à être protégés. »

Omid Mahmoodi est l’un des membres de l’Association des Afghans abandonnés à l’origine de la mobilisation, il a été interprète pour l’armée américaine à Kandahar, le berceau des talibans : « Pour les talibans, nous sommes des traîtres, des traîtres vis-à-vis de l’islam. Les talibans nous surnomment "infidèles". Ils disent que nous sommes des espions. Les interprètes étaient les yeux et les oreilles de l’armée américaine. C’est pour ça qu’ils s’en prennent à nous. »

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Abdul Rashid était traducteur durant 5 ans pour les Seals, la principale force spéciale de la marine de guerre des États-Unis. Son contrat a été interrompu et c’est la raison du rejet de sa demande de visa.

« Le plus gros problème, c’est lorsqu’on a été licenciés, dit-il. Quand vous faites une demande de visa, elle est rejetée systématiquement. Nous élevons nos voix pour que le gouvernement, le Congrès américain, nous entendent et qu’ils nous fassent sortir de là, qu’ils ne nous laissent pas derrière eux. »

L’ambassade des États-Unis à Kaboul indique avoir reçu près de 18 000 demandes de visa en attente, parmi lesquelles des centaines qui ont été déposées par d’anciens employés afghans sur les bases américaines.

Jeudi soir, le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a affirmé : « Je peux vous assurer que le gouvernement américain fera le nécessaire pour assurer la sécurité et la protection de ceux qui ont coopéré avec nous pendant deux décennies ». Le plus haut gradé américain était questionné au Congrès sur ce « devoir moral » des États-Unis à l'égard de ces interprètes afghans.

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