Afghanistan: «Il nous faut des attestations d’accueil pour faire sortir nos collègues»

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Guissou Jahangiri, vice-présidente de la Fédération internationale des droits humains (FIDH) et directrice exécutive d’Armanshahr, se bat pour faire sortir d’Afghanistan les collaborateurs locaux de son ONG et leurs familles. Elle appelle les autorités françaises à l’aide.

RFI : Qui sont ces Afghans que vous tentez de faire sortir du pays ?

Guissou Jahangiri : Il s’agit de onze collaborateurs de mon organisation de défense des droits humains, ainsi que leurs dépendants, soit 56 personnes en tout. Ces personnes ont été associées à un ensemble de programmes menés avec la France, notamment au Centre culturel français, où nous avons animé plus d’une centaine de débats sur la question des droits humains.

Nous avons aussi été en lien étroit avec la Cour pénale internationale (CPI) pour promouvoir un processus de justice transitionnelle en Afghanistan. Nous avons aidé à créer des forums permettant aux victimes de se faire entendre.

Ces personnes qui ont travaillé avec moi sont connues. Ce sont les têtes visibles du réseau de la FIDH en Afghanistan et elles sont en danger. Par ailleurs j’essaye aussi de faire sortir des militantes actives depuis plusieurs années dans la défense des droits humains. Ces femmes sont éparpillées dans le pays et n’ont pas pu être évacuées pour l’instant.

Que demandez-vous aux autorités françaises ?

Nous avons demandé à maintes reprises aux autorités françaises d’attester de leur volonté de les accueillir. Ces papiers d’accueil leur permettraient au moins de sortir du territoire, via le Pakistan, qui est une route dangereuse. Sans ces papiers, nous n’arriverons pas à faire sortir nos collègues en danger. La France propose de se rendre à Téhéran ou à Delhi pour se présenter aux services consulaires. Mais c’est impossible pour les personnes qui sont coincées à Kaboul.

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Comment expliquez-vous que la France n’ait pas, pour l’instant, accédé à votre demande ?

D’abord, je pense que les autorités françaises ont fait de leur mieux. D’autres personnes ont pu sortir du pays : des artistes, des intellectuels, des journalistes. Il faut comprendre que le pays fait face au chaos, que les demandes étaient peut-être nombreuses et que toutes ces opérations ont été réalisées sous la menace des talibans. Je comprends que le centre de crise français ait été très sollicité.

Mais je comprends un peu moins les choses aujourd’hui, car la fiabilité de notre demande n’a pas à être prouvée. On est en train de mendier, alors que ces personnes sont en danger. Certains de nos collègues ont quitté leurs maisons après avoir reçu des « visites », d’autres ont changé de ville. Nous sommes très inquiets pour eux et nous ne savons plus quoi faire pour les aider. La France peut jouer un rôle déterminant pour nous.

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Lundi, les forces américaines se sont totalement retirées du pays. Que cela change-t-il pour ceux qui attendent une évacuation ?

La France avec ses alliés européens, avec ses alliés de l’Otan et les Américains, peut créer un corridor de sécurité en négociant avec les talibans. Il faut continuer le combat et trouver une sortie sécurisée pour ceux qui sont en danger en Afghanistan.

Quel est l’état d’esprit des personnes que vous tentez de faire sortir du pays ?

Nous sommes terrorisés par la possibilité qu’Internet soit coupé et que l’on ne puisse plus communiquer. Ces personnes rappellent qu’elles n’avaient aucune intention de quitter leur pays, mais qu’aujourd’hui elles ne sont plus en sécurité. Ces gens ont peur et ils sont dans l’attente.

La société civile afghane a joué le jeu qu’on lui a demandé de jouer pour imaginer un avenir différent pour l’Afghanistan. La jeune génération s’est engagée dans un tas de secteurs : les femmes sont devenues journalistes, les professeurs ont enseigné, les militants des droits humains ont fait un travail impeccable. Ceux qui avaient 20 ans à la chute des talibans et en ont 40 aujourd’hui ne s’imaginaient pas devoir à nouveau trouver un camp de réfugié pour que leurs enfants vivent en sécurité et que leurs filles puissent aller à l’école. Il y a une déception et une interrogation : « À quoi, finalement, ont servi ces 20 dernières années ? »

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