Afghanistan : un médecin franco-afghan raconte sa fuite de Kaboul

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Parti en Afghanistan pour présenter son enfant à sa famille, Mohammed Zaher Omar, pharmacien et médecin franco-afghan, fait partie de ces milliers de personnes qui ont voulu quitter l'Afghanistan le plus vite possible après la prise de Kaboul par les Taliban. Quelques heures après son retour en France, il raconte la panique à l'aéroport, le décès de sa belle-mère, piétinée par la foule, ainsi que le désespoir des femmes afghanes, qui "craignent pour leur avenir".

Pour Mohammed Zaher Omar, "tout a basculé si vite". Avec son épouse et son fils, ce médecin et pharmacien franco-afghan a quitté la ville de Tours pour rejoindre le reste de sa famille en Afghanistan, peu avant la prise de Kaboul par les Taliban. Sur France 24, il a raconté, mercredi 25 août, son départ précipité de son pays natal.

"Quand on a entendu que la sécurité de l'aéroport serait assurée jusqu'au moins le début du mois de septembre, je me suis dit que c'était peut-être notre dernière chance d'aller voir la famille", explique le docteur Omar, qui s'est rendu en Afghanistan pour présenter son fils à sa mère malade. Puis, "tout a basculé si vite. On n'imaginait pas du tout que l'arrivée des Taliban et la chute de l'armée afghane arriveraient si vite", raconte-il.

Quand Mohammed Zaher Omar a appris la chute de Kaboul, c'était en pleine journée, dans un taxi. "Mon épouse, ma famille et moi, nous nous sommes dit qu'il fallait que l'on quitte le pays le plus rapidement possible. Je voulais aller au bureau principal de la compagnie aérienne Emirates Airlines pour changer notre date de retour. Mais je suis resté bloqué pendant deux heures dans un embouteillage. Tout le monde courait partout. On ne savait pas ce qu'il se passait", se remémore-t-il. C'est au téléphone, en ligne avec sa famille qu'il a appris la nouvelle. "Les membres de ma famille m'ont tous dit : 'Si tu es en ville, trouve n'importe quel moyen de rentrer à la maison parce que Kaboul va tomber aux mains des Taliban dans quelques heures'", se souvient Mohammed Zaher Omar.

"Une vraie scène de guerre"

Quelques jours après, le beau-père et la belle-mère de Mohammed Zaher Omar devaient prendre l'avion pour les États-Unis. "Dans la nuit du 18 au 19 août, ils ont pu passer des checkpoints talibans et dans la nuit, comme il y avait énormément de monde, ma belle-mère a été piétinée et elle est décédée sur place. Quand je suis allé là-bas, j'ai passé presque une journée juste pour faire sortir le corps de ma belle-mère", témoigne-t-il. Aujourd'hui, Mohammed Zaher Omar ne sait pas qui est responsable de la mort de sa belle-mère. "Est-ce que c'est l'armée américaine ? La foule ? Les Taliban ?", se demande-t-il.

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Témoin de scènes de panique à l'aéroport de Kaboul, pris d'assaut par la population, le médecin franco-afghan décrit "une vraie scène de guerre". "Les gens couraient partout et dans tous les sens. Il s'agissait autant de gens sans papier et sans passeport que de personnes détentrices de visas comme mon beau-père et ma belle-mère", rapporte-t-il, expliquant qu'ils ne parvenaient pas à pénétrer dans l'aéroport. En effet, d'après Mohammed Zaher Omar, "tout le monde veut rentrer et les Taliban chassent les gens". L'homme raconte ainsi avoir vu plusieurs corps gisants à l'aéroport de Kaboul.

Un retour en France entre soulagement et inquiétude

Aujourd'hui, Mohammed Zaher Omar se dit "soulagé" d'être rentré en France. Mais il s'inquiète pour ses proches qui n'ont pas pu quitter l'Afghanistan. Il s'inquiète aussi pour le sort de ses concitoyens, notamment les femmes. "J'ai vu les larmes dans les yeux des filles, des femmes qui craignaient non seulement pour leur avenir mais aussi pour leur vie, la vie de leur famille, leur avenir, leurs études. C'est très douloureux de voir ces jeunes filles pleurer pour leur avenir, parce qu'elles n'ont plus d'avenir sous le régime des Taliban."

Dans ce contexte, il appelle la communauté internationale à aider ceux qui veulent résister aux Taliban. "La résistance, seule, ne pourra pas fonctionner. Si l'on veut qu'elle fonctionne, il faut un support extérieur", déclare Mohammed Zaher Omar, qui dit se dit déçu de la position des Américains. "On ne s'attendait pas du tout à ça, surtout de la part d'un allié", déclare-t-il.

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