En Afghanistan, il faut en urgence «de l’argent pour faire fonctionner le système de santé»

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Le système de santé afghan est sur le point de s’écrouler. C’est le cri d’alarme des ONG sur place. La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a lancé un appel urgent : il leur faut aujourd’hui au moins 33 millions d’euros pour soutenir les structures de santé dans le pays. Pour Necephor Mghendi, le chef de la délégation afghane de la FICR, si les fonds ne sont pas débloqués rapidement, le pays pourrait plonger dans le chaos.

RFI : Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation ?

Necephor Mghendi : Il y a deux façons de décrire la façon dont la situation a évolué : d’un point de vue humanitaire et d’un point de vue politique. Au niveau politique, il y a de nouvelles autorités en Afghanistan, et elles sont en train d’établir le genre de structures qu’elles souhaitent pour diriger le pays, ce qui inclut le volet humanitaire aussi. Il y a donc une transition : la composition du gouvernement n’est pas encore complètement finie. Mais nous voyons émerger de nouveaux ministres, dont ceux qui vont s’occuper des affaires humanitaires. Ensuite, sur le plan humanitaire, ce que l’on voit, c’est que même avant les événements du 15 août, l’Afghanistan se trouvait déjà au cœur d’une crise humanitaire, faisant face à des sécheresses dans plus de 80% du pays. Le système de santé était déjà fragile, et il est à présent sur le point de s’effondrer, surtout parce qu’il se reposait presque à 100% sur les aides internationales ou celles de donateurs.

Pour vous donner un exemple, le système sanitaire afghan était financé par un programme de la Banque mondiale appelé Sehatmandi, qui aidait plus de 2 000 structures de soins à travers le pays. Mais au vu de l’avancée des talibans dans le pays, la Banque mondiale a gelé les fonds qui passaient par le gouvernement. Des solutions alternatives sont en train d’être mises en place, mais si elles n’arrivent pas bientôt, le système s’effondrera. Si vous combinez le Covid, un système de santé fragile, la sécheresse, l’insécurité alimentaire, une pauvreté extrême et maintenant des déplacements internes qui résultent du conflit, vous vous retrouvez dans une crise humanitaire importante.

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Quelle est votre principale inquiétude aujourd’hui ?

En plus de tout ce que je viens de mentionner, c’est le fait que le système international bancaire se soit arrêté. Les actifs afghans à l’étranger sont gelés, le système bancaire ne fonctionne plus, donc les gens ne peuvent pas avoir accès à leur argent, et cela inclut les organisations telles que la nôtre : nous ne pouvons pas trouver d’argent localement. Notre plus grande préoccupation aujourd’hui, c’est de s’assurer que l’Afghan moyen puisse obtenir l’assistance humanitaire minimum et nécessaire, et c’est très compliqué dans les circonstances actuelles. Nous ne pouvons pas apporter d'approvisionnement sur le terrain. Nous avions un programme de distribution d’argent liquide : nous donnions de l’argent en espèce aux gens pour qu’ils puissent se procurer ce dont ils avaient besoin. Mais nous ne pouvons plus faire cela, car l’argent ne circule plus pour le moment. Cela a un impact énorme.

Nous ne pouvons pas suffisamment subvenir aux besoins des plus démunis, s’assurer que les enfants mangent à leur faim, s’assurer que les mères accouchent en toute sécurité. Il est essentiel pour nous qu’ils aient cette sécurité-là. Ce qui nous amène à un autre problème : si nous voulons procurer de bons soins médicaux, nous devons avoir accès à de l’eau potable et à de l’assainissement. Sans cela, les maladies peuvent se développer. Donc, nous voulons nous focaliser sur tout cela : avoir de l’argent qui circule dans le pays, un système de santé qui fonctionne et enfin de l’eau potable et l’assainissement.

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Que faut-il mettre en place pour éviter que tout cela ne s'effondre ? Comment la communauté internationale peut-elle aider ?

Avant tout, des organisations telles que la nôtre ont besoin du soutien de nos donateurs pour pouvoir avoir les fonds nécessaires pour agir. Nous avons lancé un appel urgent pour recevoir 33 millions d’euros. Si nous obtenons cette somme, nous pourrons établir un grand nombre de structures de santé qui pourront être dirigées par le Croissant-Rouge afghan localement. Mais ce n’est qu’une goutte dans l’océan : ce qu’il nous faut, c’est une solution pour maintenir et soutenir ce programme qui apporte son soutien à plus de 2 000 structures qui étaient financées par la Banque mondiale et d’autres donateurs qui passaient alors par le gouvernement. C’est cela qui doit « survivre ». Mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi le Covid, donc nous devons impérativement augmenter rapidement la vaccination, car nous avons vu que de nouvelles vagues émergent. Sans vaccin, la population en subira les conséquences. Si cela arrive au moment où le système de santé est au bord du gouffre, les conséquences seront terribles.

23 000 travailleurs de santé, dont 7 000 femmes, ne reçoivent plus de salaire ou ont dû s'arrêter de travailler. Les femmes du secteur peuvent-elles tout de même travailler ?

Les talibans l’ont dit très clairement, et je l’ai vu de mes propres yeux : tous les travailleurs de santé sont requis pour travailler, tous, hommes et femmes. Le Croissant-Rouge afghan gère 140 centres de santé et les femmes en font partie. Nous avons des équipes mobiles : dans chacune d’entre elles, il y a un médecin, une sage-femme, un pharmacien et quelqu’un qui vaccine. Les sages-femmes sont toutes des femmes. Il y a donc au moins une femme dans ces équipes. Il y a également le problème lié au fait que certains ne sont plus payés, ce qui inclut nos propres salariés : nous n’avons pas pu payer certains d’entre eux pour le mois de septembre.

Nous avons l'argent, mais nous ne pouvons pas y accéder. Les fonds venus de l’étranger, nécessaires pour payer les gens, passaient par le gouvernement auparavant. À présent, la plupart de nos donateurs refusent de faire transiter leur argent via le régime en place actuellement tant qu’ils n’ont pas de garanties. Et avant que cela ne se produise, les salariés ne seront pas payés. Nous espérons donc qu’une solution sera vite trouvée. Car il ne s’agit pas seulement de les payer : il y a des gens qui comptent sur cet argent pour nourrir leurs familles.

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